Les enfants français et les enfants vietnamiens- Nguyen Khanh Trung – (...)

Dernier ajout : 4 janvier 2012.

Les enfants français et les enfants vietnamiens - le rôle de l’éducation et de la communication


Je ne sais pas s’il existe des études comparant en détail les gestes, les comportements, le mode de vie des élèves vietnamiens par rapport à leurs collègues français. Par expérience personnelle, je trouve que les jeunes vietnamiens sont en général plus « sages », et aussi plus « passifs » que la plupart des jeunes français. Peut-être cela est-il un fait collectif, un phénomène social exprimant deux habitudes différentes, deux habitus sociaux, deux cultures dans deux pays. Nous pouvons analyser cette différence sous divers angles, mais ici, j’aborderai deux aspects, celui de l’éducation et celui de la communication.
la fête des Maîtres le 20 novembre 2011
Éducation

Tout d’abord, en ce qui concerne l’éducation, les slogans que l’on trouve souvent dans les écoles du Vietnam, sont : « Con ngoan trò giỏi – enfant sage, bon élève », et ensuite : « Tiên học lễ, hậu học văn – apprendre les rites d’abord, apprendre les lettres après ». Autrement dit, avant de devenir bon élève, avant d’acquérir les savoirs scientifiques et professionnels, les enfants se doivent de devenir sages, d’apprendre les rites, les règles pour vivre avec les autres. D’une certaine manière, on définit un élève sage comme un élève obéissant aux adultes. Conçus pour être obéissants, les enfants ne remettent pas en question la parole des adultes. Ils doivent accepter tout ce que les professeurs leur apprennent. Ce que les adultes trouvent juste est juste, ce qu’ils disent mal est mal. Parler trop, bouger beaucoup, parfois, est mal vu par les professeurs et les parents. De tels slogans n’apparaissent pas seulement dans les écoles maternelles et primaires ; ils suivent les élèves jusqu’à l’université et deviennent les normes communes pour la société tout entière. Sur cette base, les adultes jugent l’enfant bon ou mauvais. Les enfants eux-mêmes considèrent ces normes comme des repères dans leurs actions afin d’éviter d’être critiqués. Est-ce de cette façon que les Vietnamiens fabriquent la passivité chez leurs enfants ? Est-ce une cause de ce phénomène qui est décrite ainsi par un ami : un enfant vietnamien, à l’âge de commencer à parler, est très ouvert ; d’une manière très naturelle il pose plein de questions aux adultes, mais, ensuite, le nombre de questions se réduit avec l’âge et le niveau d’étude, de sorte qu’à l’université, les étudiants partagent la même pensée, peu de débat, de critique, de remise en questions des choses dans les études...

En France
, la situation est différente. Dès la naissance, l’enfant a été éduqué à l’indépendance, déjà dans un lit individuel. À la maternelle, il doit faire des choses par lui-même, comme l’auto-emballage de ses jouets, de son sac d’école, le rangement des manteaux à l’école et à domicile, etc. Les adultes français ne veulent pas travailler à la place de leurs enfants, mais éduquer à l’autonomie, à l’auto-responsabilité de l’enfant. Un enfant français comme un enfant vietnamien, en âge de parler, d’explorer le monde, a envie de poser toutes sortes de questions, mais la plupart des adultes français agissent très différemment par rapport aux adultes vietnamiens ; les premiers répondent avec patience à leurs questions, tandis que le plus souvent les adultes vietnamiens réagissent négativement. Les notions de sagesse, d’obéissance pourraient aussi être différemment définies dans la culture française. Pour la vie commune, les enfants doivent acquérir un certain nombre de normes sociales pour vivre avec les autres, donc la plupart des français sont prêts à expliquer aux enfants pourquoi il faut les accepter. Ainsi, les professeurs n’encouragent pas les élèves à l’école à leur obéir passivement, mais font en sorte que les enfants posent des questions et montrent activement leurs talents. À l’université, les étudiants sont encouragés à remettre en question même des normes auxquelles ils ont été obligés de se conformer. Ce concept vient de la philosophie européenne éducative depuis plusieurs siècles.

Communication

Un enfant vietnamien doit acquérir une multitude de relations sociales complexes concernant la famille et la société. Il apprend non seulement à prononcer les mots, mais en même temps les règles associées. Face à ses tantes, oncles, il doit s’identifier comme neveu ; avec les parents, comme enfant ; avec les grands-frères et grandes-sœurs, comme petit frère, etc. Lorsque l’enfant se met dans chacune des positions, il doit avoir les attitudes, les comportements convenables pour être loué comme bon. Ce vocatif de la famille est élargi dans la société. Par exemple, face à une personne à l’âge de son propre oncle, l’enfant l’appelle oncle, et bien sûr, il doit se conformer aux normes pour le rôle d’un neveu. Dans la communication quotidienne, le vocatif doit être spécifique à chaque cas, la culture vietnamienne ne favorise pas le mot "je". L’ordre social hiérarchique se développe dans la communication quotidienne. Tout cela devient les traits de caractère, de l’habitus des vietnamiens, et c’est probablement l’une des raisons qui explique leur passivité, car il est difficile pour un élève, en tant que petit jeune, d’avoir un échange franc et juste avec ses enseignants et les grands.
Ho Chi Minh Ville le 19 novembre 2011
En France, par contre, il y a aussi plein de termes tels que les grands-parents, oncles tantes... Mais dans le vocatif direct, l’enfant n’est pas obligé de jouer un rôle précis selon chaque personne. Face à toute personne l’enfant utilise également le mot « je », et appelle l’autre comme « toi » ou « vous », et l’autre prend les mêmes mots pour lui répondre. C’est à dire, dans le vocatif quotidien, c’est déjà égal, sans distinction, l’enfant n’a pas besoin de changer de rôle, de se conformer aux règles associées. Avec n’importe qui, les petits français utilisent également « oui » ou « non », pas comme les Vietnamiens à distinguer oui, non, ouais, hein ... selon la place de chaque personne dans l’échelle hiérarchique. Selon cette logique, un jeune français peut débattre de façon franche avec les grands sur telle ou telle histoire dans la vie quotidienne ainsi que la vie d’études, et cela favorise à long terme le développement en général et celui des sciences en particulier.

Comme fondateur de la sociologie française, E. Durkheim dit : l’éducation (éducation familiale, scolaire) n’est-elle pas le chemin qui amène les enfants à la société ? Oui, c’est vrai, la personnalité humaine, l’habitus d’une nation, dépendent entièrement de l’éducation. Et la personnalité, les habitudes d’une personne décident de son sort ; pareillement, l’habitus d’une nation décide aussi du sort de cette nation. C’est à dire, pour changer le destin d’une nation, il faut changer l’éducation.

Nguyen Khanh Trung – IRED

Nguyen Khanh Trung a terminé ses études de sociologie et passé son doctorat à Toulouse. Il s’est marié à une vietkieu. Le couple a trois enfants en bas âge et vit dans une petite ville de Vendée où il aide sa femme qui tient un magasin de produits vietnamiens, mais il travaille pour l’IRED à Ho Chi Minh Ville, où il passe la moitié de l’année.