Les secondes funérailles chez les populations du Vietnam

Dernier ajout : 24 janvier 2011.

Les secondes funérailles chez les populations du Vietnam


Les secondes funérailles constituent une tradition commune pour la plupart des populations du Vietnam bien que leurs pratiques soient très variées d’une région à une autre.

Dans le delta du Fleuve Rouge, les Viet, population majoritaire du pays, exhument leur mort en mettant les os dans une nouvelle urne qui est enterrée désormais définitivement. Thay ao, littéralement « changer
le vêtement », est le terme le plus populaire pour cette pratique qui se déroule autour de la 3e année après l’enterrement, selon la disponibilité de
la famille. Cette cérémonie marque l’achèvement des funérailles. Les villageois considèrent que, dès lors, leur mort a sa « tombe définitive, tombe belle ».

On peut rendre visite à la tombe, mais on évite de la déplacer s’il n’y a pas de raison impérieuses. Traditionnellement, l’exhumation d’un cadavre, en
vue des secondes funérailles ou pour d’autres raisons, doit être effectuée durant la nuit, souvent avant l’aube.
Si ce n’est pas le cas, il est nécessaire de dresser un abri provisoire, souvent on étend une natte, maintenant imperméable, qui recouvre juste la fosse, car laisser « le mort à ciel ouvert » est fortement interdit.

Notons que normalement les Catholiques ne pratiquent pas les secondes funérailles. Cependant, dans certains villages où ils sont très peu nombreux par rapport aux non catholiques, plusieurs familles le font.

Sur les Hauts Plateaux du centre du pays, la tradition de la plupart des autochtones ne demande pas une exhumation du mort lors des secondes funérailles, mais la construction d’un nouveau tombeau soigneusement
décoré qui est laissé dès que la cérémonie est achevée. Ces secondes funérailles sont appelées « cérémonie de l’abandon de la tombe » qui marque la fin du deuil. Elle est attachée au cycle agricole et
se déroule au printemps, avant l’arrivée de la saison des pluies. Les Jörai, population de langue austronésienne qui est nombreuse dans la région de Pleiku, organisent l’abandon de la tombe plusieurs années après l’enterrement. Tant que cette cérémonie n’est pas organisée, la famille nourrit les morts quotidiennement.
On apporte la nourriture à la tombe, on parle avec le mort, on nettoie la tombe, etc. Bien qu’actuellement, les tombes individuelles dominent les cimetières, traditionnellement, les familles enterrent au fur et à mesure leurs morts dans une même tombe. Pour les villageois, cette cérémonie de l’abandon de la tombe a pour but de conduire définitivement les morts
dans l’au-delà pour leur nouvelle vie. C’est donc la dernière occasion pour les vivants de s’occuper de leurs morts. Ils essaient de remplir leurs devoirs et leur présentent leurs meilleurs sentiments. Le tombeau
est l’oeuvre centrale de la cérémonie. Il montre le style de la population et diffère légèrement d’une région à une autre. Les familles sont soumises à une longue préparation (parfois des mois) des matériaux, des sculptures et d’autres décors, avec la participation de presque tout le village. On monte enfin le tombeau et on y présente des jarres, des hottes, des bols, des
calebasses, ainsi que d’autres outils de travail en modèle réduit – tous les biens partagés avec les morts.
Des sacrifices de buffles et de bœufs dont le nombre d’animaux varie selon les défunts dans le tombeau et la condition des familles, sont indispensables.
L’abandon de la tombe est la cérémonie la plus importante chez les Jörai qui concerne non seulement les familles en deuil mais toute la communauté. Autour du nouveau tombeau, tout le village fait la fête
pendant au moins trois jours. Des mets traditionnels,
e la viande sacrifiée et des rangées de jarres d’alcool
fermenté sont partagés entre les villageois. Des danses collectives se déroulent aux sons des gongs.
Désormais, les veuves et veufs des morts peuvent se remarier.
Vo Thi Thuong
Elle a soutenu sa thèse en France et est l’interlocutrice
privilégiée entre le Musée du Quai Branly et
le Musée d’Ethnographie de Hanoi où elle travaille
depuis 13 ans.