Thiep approche la soixantaine, il se dit cardiaque et sort désespéré de l’hôpital. Il se pense proche de la mort. Ces derniers temps il s’est retiré du monde et en lui-même dans sa belle maison d’un faubourg de Hanoi.
Ce recueil de quatre très courtes nouvelles est pour moi une petite merveille de concision et de lumières, remarquablement écrit et traduit. Un raccourci vertigineux sur l’ambiguïté de l’homme qui manie la dérision pour mieux exorciser la vie. L’artiste est sans doute celui qui redoute le plus la mort mais qui ose l’affronter et la transformer en ultime chant à l’amour.

Qui est l’oncle Hoat ? L’oncle pied-bot, damné par les siens et la société, l’artiste maudit et surdoué qui trouve une identité auprès des siens en se perdant à jamais dans la capitale. Retiré et oublié pour mieux être reconnu.

Et « l’histoire de Madame Mong » la marchande d’oiseaux, qui piège et dresse tous les oiseaux comme elle a su apprivoiser son amour. Quant au marchand de merde sur fond de marché avant l’aurore, aujourd’hui métaphore assise sur une tradition disparue, décante l’absurde.

La dernière nouvelle, la plus complexe, alimente le rêve à plusieurs niveaux.
Les montagnes au dessus de Sapa en sont le cadre avec cette étrange statuette de Quan Âm en cuivre toute noircie qui met directement l’auteur en question.
Il y a cette famille de Mông qui détient la statuette, dont le père un drogué invétéré, ces jeunes institutrices qui rêvent au moment du Têt et le vol de la statuette dans la résidence secondaire de cette famille de nouveaux riches.
Les quatre nouvelles excitent l’imagination sur fond de sagesse bouddhique. Chez Thiep
DdM