Nam Son, le peintre - Huu Ngoc,

Dernier ajout : 28 janvier 2009.

La création de l’École des Beaux Arts de Hanoi reste un sujet brûlant, le nouveau Vietnam préférant reconnaître Victor Tardieu que d’accepter la participation primordiale de l’un des siens : Nam Son / Nguyen Van Tho (1890-1973 )

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"Portrait de ma mère"
Huile, médaille d’argent à Paris en 1932


NAM SON est mort le 26 janvier1973
, dans sa maison du centre de Hanoi. An Kieu, l’un de ses enfants n’a de cesse de faire reconnaître la place de son père. Après bien des combats, il a su redonner à Nam Son le véritable rôle qu’il a tenu auprès de Victor Tardieu (1870-12 juin 1937 à Hanoi), dans la création de l’École des Beaux Arts de Hanoi, comme sa dimension en tant qu’artiste vietnamien.

Au cours de l’année 1920, Victor Tardieu reçoit le prix d’Indochine (qui offre aux bénéficiaires une bourse de voyage) et s’embarque pour Hanoi, où il ne devait séjourner que quelques mois mais il est séduit et rencontre Nam Son. En 1925, V. Tardieu prend la direction de l’école des beaux-arts de l’Indochine qui vient d’être créée à son initiative et grâce à la collaboration de son ami Nguyen Van Tho dit Nam Son.
Plus tard, V. Tardieu concevra une grande fresque de 180 m2 pour le grand amphithéâtre de l’Université Indochinoise « La Métropole ». Cette fresque centenaire reflétait la vie hanoienne du début du XXe siècle ; y sont représentés 200 personnages de la société de l’époque, où figurent notamment Paul Doumer et son fils Jean. Il y trois ans, pour célébrer le centenaire de l’Université, cette fresque a été hâtivement remplacée par une toile, réalisée en trois mois n’affichant plus aucune qualité esthétique. Dominique de Miscault


Nam Son était-il co-fondateur de l’ESBAI ?

Finalement, la postérité depuis une décennie a rendu hommage au mérite du peintre Nam Son (1890 - 1973), lui rendant la place qui lui est due dans la peinture vietnamienne moderne dont il était, sans conteste, l’un des pionniers.

Né a Hanoi d’un père lettré et amateur de dessin à la plume, Nam Son a appris les caractères chinois avant de suivre l’enseignement moderne franco-indigène. Passionné de dessin, il a su profiter des leçons de peinture orientale données par d’anciens lettrés confucéens, s’est instruit lui-même par la pratique et s’est initié à l’art occidental à travers les livres..
À 30 ans, il s’est fait un nom comme illustrateur de livres et de revues. C’est alors que sa rencontre avec Victor Tardieu doit donner un tournant décisif à sa carrière.
Les 2 artistes, devenus amis et collaborateurs, ont fusionné Occident et Orient dans l’art moderne vietnamien..NamSon presente a V Tardieu les oeuvres d’art, la Calligraphie ,l’architecture ,la sculpture vietnamienne seculaire...Tardieu révèle à Nam Son les secrets de l’art occidental et l’envoie se perfectionner dans de sérieuses études artistiques à Paris ( 2 Ecoles ) afin de faire de lui un pilier de sa future École supérieure des beaux-arts de l’Indochine (1925).
Les oeuvres de Nam Son ont attiré l’attention des milieux artistiques parisiens :Le tableau Portrait de ma Mere (huile ) obtint en 1932 la Médaille d’Argent au Salon des artistes français de Paris . Sur la rive droite du fleuve Rouge
ou se vend et s’achete le riz ( Encre de Chine ) 1930 fut acheté par le Ministère des Beaux-arts francais en 1930 pour figurer dans un Musee national.
L’École supérieure des Beaux-arts de l’Indochine (ESBAI) est une brillante réussite de l’acculturation Orient-Occident, allant au-delà des perspectives colonialistes. Née dans le cadre de l’Université indochinoise dont l’ouverture, la fermeture et le rétablissement obéissaient aux impératifs de la politique coloniale, elle ne pouvait dépasser certaines limites imposées par l’administration coloniale et la conception coloniale de l’époque : ainsi, son directeur Victor Tardieu a réalisé la toile murale La Métropole symbolisée par une Européenne ? rappelant une déesse grecque, entourée par des mandarins vietnamiens et les représentants des peuples d’Indochine... Corinne de Ménonville, spécialiste de l’art vietnamien, a signalé avec pertinence que cette peinture a été blanchie à la chaux "du fait de sa trop forte connotation colonialiste". L’école ne devait pas traiter de certains sujets tabous : critique de la colonisation, apologie des héros nationaux... Nam Son avait dû cacher sur l’autel de ses ancêtres le portrait a l’huile qu’il avait fait d’un lettré patriote anti-colonialiste , M. SI DUC,son professeur ,en 1923.
Malgré ses limites, l’ESBAI fut la véritable pépinière de l’art vietnamien moderne grâce à la coopération étroite et amicale de 2 vrais artistes, Victor Tardieu et Nam Son.

Il semble acquis depuis longtemps que Nam Son était co-fondateur
de l’ESBAI. Cependant, depuis quelques années, certains chercheurs et spécialistes soucieux de vérité historique ? ont remis en question cette assertion, ce qui donne matière à discussion dans les milieux artistiques
et culturels.

L’argument principal des contestataires repose sur un texte officiel : dans la brochure Les écoles d’art de l’Indochine publiée a Hanoi en 1937 par le gouvernement général de l’Indochine à l’occasion de l’exposition internationale des arts et techniques de Paris, 1937, il a été stipulé à la page 10 : "L’École des beaux-arts de l’Indochine a été fondée par le peintre Victor Tardieu, son directeur actuel, M. Merlin, étant gouverneur général de l’Indochine (arrêté du 27 octobre 1924)". Notons que cet arrêté portant création de l’école n’a pas encore nommé Tardieu directeur, et que le directeur n’est pas nécessairement le fondateur. !

Les défenseurs de la thèse traditionnelle (Nam Son - co-fondateur) ripostent en s’appuyant sur le même texte ,de la meme brochure qui stipule à la page 16 :

"M. Nam Son, qui est un des 2 fondateurs, de l’école, a contribué pour une large part à la renaissance de l’art annamite traditionnel, qui est la doctrine, la charte de l’école".
Y aurait-il contradiction dans le même texte pages 10 et 16 ? Non ! Dans la langue française, le mot "fonder" (fondateur) a un sens très large, à la fois concret et abstrait, propre et figuré : faire le premier établissement légal d’une institution, (constituer) ou entamer le premier quelque affaire, avoir le premier une idée qu’on veut réaliser ou a commencé à réaliser !

Le document de référence, à la page 10, n’a fait état que d’un fondateur de l’ESBAI : Tardieu (fondateur dans le sens officiel, responsable légal devant le gouvernement). À la page 16, il nomme 2 fondateurs : Tardieu et Nam Son (fondateur dans le sens d’instigateur, d’initiateur, et même en fait, de réalisateur). Compris de cette façon, il n’y a rien à redire. Du côté français, personne n’a soulevé la question, à ce que je sache. Tous les documents français sont plutôt confirmatifs, y compris les lettres émouvantes du fils de Victor Tardieu, Jean Tardieu le poète, envoyées à Nam Son. en 1937 !

Le journal français L’Avenir du Tonkin (avril 1930) souligne le rôle primordial de Nam Son dans tous les domaines de la fondation de l’école. Dans une étude élaborée sur la rénovation de l’art vietnamien (Orient-Occident - Paris, Nov. 1952), A.N. Beun, suggérant la réouverture de l’école, a rappelé : "Nam Son, son inspirateur et co-fondateur est toujours là". Des documents d’avant 1925 (ouverture de l’école) témoignent que l’idée première de l’école revient à Nam Son qui devait la faire accepter par Tardieu.

Pourquoi donc certains artistes vietnamiens refusent-ils le titre de "co-fondateur" à Nam Son ? D’après moi, c’est à cause d’un malentendu linguistique.? Le terme français fondateur peut être traduit soit " nguoi thành lâp " (fondateur légal, organisateur responsable devant la loi), soit "nguoi sáng lâp" (fondateur en tant que pionnier, instigateur, participant de la première heure à une oeuvre). ! Certains n’ont prefere accepter que la première signification, d’où un débat formel qui ne tranche pas le problème pourtant si simple !
Huu Ngoc/ CVN
( 11/06/06 )

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