Paroles de femmes

Dernier ajout : 28 avril 2010.

Paroles de femmes
Dans la perspective de la Journée internationale des droits des femmes, l’Espace Langevin, lieu d’activités sociales et culturelles au coeur d’un quartier
populaire, avait organisé le 6 mars une manifestation conviviale avec exposition, lectures et débat sur la condition féminine dans le monde. Le thème « femmes combattantes et combatives » a été illustré
par les exemples palestiniens et vietnamiens. Une délégation de femmes palestiniennes présente à Choisy a pu témoigner de la souffrance au quotidien des femmes palestiniennes, de leur combat pour la
justice, la démocratie et la paix. Notre Association avait recueilli le témoignage de Mme Binh sur « Les femmes vietnamiennes dans la guerre » ;
ce texte a été lu par Nicole Duchet-Trampoglieri, Présidente du
Comité local

LES FEMMES VIETNAMIENNES DANS LA GUERRE

par Nguyen Thi Binh*

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Dans la longue lutte de libération nationale du peuple vietnamien, les femmes ont apporté une grande contribution. C’est particulièrement à partir de 1945, dans les deux dernières guerres de résistance qui ont duré plus de 30 ans, que le rôle de la femme vietnamienne a été remarquable.

L’ « armée au chignon » ou l’armée aux cheveux longs était connue partout ; elles étaient jeunes, vieilles, de toutes les couches sociales, mais pour la plupart paysannes puisque 80% de la population vietnamienne était constituée de paysans.

Du Nord au Sud du Vietnam, dans les zones « libres » ou « occupées », les hommes étant partis, les femmes se sont engagées dans toutes les activités : elles participaient à la guérilla, s’accrochaient à la production et à la défense du village. Avec des armes rudimentaires, elles s’opposaient aux campagnes de ratissage et secondaient les armées régulières. Les guérilleras assuraient la liaison entre les bases de résistance, creusaient des caches pour les cadres, des boyaux de communication pour les unités régionales et régulières. Elles hébergeaient les soldats blessés, les soignaient …

Dans certaines régions, les jeunes filles formaient leurs propres unités de combat, très actives à côté des unités frères.

Sur la célèbre route Ho Chi Minh, qui longe le Vietnam du Nord au Sud sur des centaines de kilomètres, des milliers de jeunes filles - elles étaient toutes très jeunes – venues des provinces du Nord et surtout du Centre du Vietnam, constituées en unités de « jeunes volontaires » servaient dans le travail logistique. Leurs tâches étaient de désamorcer les bombes jetées par l’ennemi sur la piste et de dégager le chemin pour permettre le passage des camions de ravitaillement et le déplacement des forces armées vers le front. Nombreuses sont ces jeunes filles restées à jamais sur cette route historique.

Aujourd’hui un monument est érigé au carrefour de Dong Loc, dans la province de Ha Thinh, pour commémorer dix jeunes filles tombées sous un bombardement américain pendant qu’elles réparaient la route.

Dans le Sud du pays, les femmes vietnamiennes étaient surtout connues à travers un mouvement très vaste de lutte politique. Des milliers, des dizaines de milliers de femmes manifestaient contre les campagnes de ratissage, contre la concentration forcée dans les « hameaux stratégiques ». Souvent, lors de ces manifestations, l’ennemi n’hésitait pas à tirer sur ces femmes sans armes. Et beaucoup d’entre elles sont tombées en martyres, comme leurs époux et leurs fils sur les champs de bataille.

Pendant nos guerres de résistance, le « travail pour le front », qui devait le ravitailler en vivres, en divers produits de nécessité ainsi qu’en force humaine, était d’une importance majeure. Ce travail devait être assuré par les femmes, qui travaillaient à la terre, à la production en tous genres, et en même temps avaient à soigner leur famille, à élever leurs enfants. Si les hommes au combat étaient en mesure de bien se battre, il faut reconnaître les mérites de leurs mères et de leurs épouses à l’arrière.

Dans la culture nationale vietnamienne, l’image de la mère est légendaire, et pas seulement par son caractère sentimental et moral ; par ses comportements, par ses sacrifices historiques grandioses, la mère vietnamienne par elle-même mérite une stature légendaire. Pour une mère, ce qu’il y a de plus précieux, ce sont ses enfants. Pour la liberté et la sauvegarde de la Patrie, elle est prête à sacrifier ce qu’elle aime le plus. Et combien de mères ont vu partir leurs enfants, dont beaucoup ne revenaient jamais ! Quel sacrifice pouvait être plus grand ?

En 2000, l’Etat vietnamien a décidé d’accorder l’Ordre de la « Mère héroïne » à toute mère vietnamienne dont le fils unique ou deux de ses fils ou filles étaient morts en martyrs. Et en 2004, on comptait déjà 47.174 Mères héroïnes dans le pays. Mère héroïne, Nguyen Thi Thu, de la province de Quang Nam, a perdu 9 enfants et deux petits-fils. Elle-même était dans la guérilla.

En conclusion, je dirai que les femmes vietnamiennes dans les dernières guerres de libération ont contribué dignement à la liberté et à l’indépendance de leur Patrie. Par là, elles ont montré leurs qualités et leurs capacités. Nous avons toutes raisons de croire que dans le nouveau combat pour le développement, les femmes vietnamiennes continueront de contribuer au progrès et au bonheur du Vietnam.

22 février 2010

*Présidente de la Fondation pour la Paix et le Développement du Vietnam

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