Partenariat avec la région île-de-France

Dernier ajout : 2 avril 2010.

Les Départements du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis, la région Île de France, l’Institut des métiers de la Ville de Hanoi et le Syndicat Interdépartemental d’Assainissement de l’Agglomération parisienne ont décidé de mutualiser leurs moyens pour former les responsables des services de l’eau et de l’assainissement de leurs provinces partenaires vietnamiennes respectives (Provinces de Yen Bai et Haï Duong, villes de Hanoi et Hué). Intitulé « Action Vietnam Eau, partage d’expériences
et renforcement des Compétences » (AVEC), ce projet est tourné principalement sur l’échange d’expériences entre élus et techniciens
des collectivités vietnamiennes et leurs homologues franciliens avec des applications pratiques vues sur le terrain. Il permet de former, lors de
chaque session, vingt-cinq personnes.

- Que faire des eaux usées ? Un partenariat entre le département de
Seine Saint-Denis (France) et la province de Hai Duong (Vietnam)
Entretien avec Nicolas Londinsky [1]

- Perspectives France-Vietnam
Comment le partenariat entre le département
et la province a-t-il commencé ?

- Nicolas Londinsky
Une délégation d’élus s’est rendue à Hai Duong, capitale de la province du même nom, en 2004. Puis a eu lieu, fin décembre 2004, une mission exploratoire technique. Finalement il a été fait une proposition pour l’assainissement, en partenariat avec le SIAAP [2]. Elle porte sur la construction d’une station d’épuration pour les eaux usées d’un
ensemble hospitalier et sur les eaux d’un quartier de Hai Duong. Le financement est commun mais, techniquement, le SIAAP se charge de la station d’épuration et nous de l’assainissement du quartier.

- PFV
L’assainissement ?

- NL
Il comporte deux volets, la gestion des eaux usées et celle des eaux pluviales. Les eaux usées, venant des habitations (et des industries, selon une réglementation particulière) sont acheminées par des canalisations
vers des stations d’épuration. Les eaux pluviales ruissellent ou sont dirigées par un réseau vers le milieu naturel, directement ou au besoin après traitement. En pratique, le premier problème est de bien
séparer les deux réseaux. Ils sont parfois mêlés.

- PFV
C’est la même chose au Vietnam ?

- NL
Oui, mais les eaux de pluie posent un problème considérable.
La pluviométrie est élevée et intense au moment des moussons. L’urbanisation rapide provoque à la fois une imperméabilisation des sols et davantage d’eaux usées. Le ruissellement se fait mal en terrain
plat. Hai Duong, à 40 km de la côte, est au niveau de la mer.
La Province veut devenir un pôle économique majeur. La population de la ville de Hai Duong, de 150 000 habitants, devrait doubler en 10 ans. À sa périphérie naissent des villes nouvelles Le cœur de la vieille ville est à rénover entièrement.

- PFV
Que proposez-vous pour cette vieille ville ?

- NL
Il faut commencer par un projet de petite taille pour se connaître, se comprendre et travailler plus tard à plus grande échelle. Nous commençons
par un petit quartier, de 250 à 300 foyers, soit 800 à 1 000 habitants.
Notre projet est couplé avec un projet de la coopération avec l’Allemagne, bien plus considérable, de restructuration de tout le réseau des eaux usées
de la vieille ville, pour que ce qui se déverse aujourd’hui dans des canaux à ciel ouvert soit récupéré avant ce rejet et dirigé vers une station d’épuration à l’extérieur de la ville, pour laquelle un appel d’offre a été lancé. Mais actuellement, 60 à 70 % seulement des habitations
sont raccordées, celles qui sont le long des rues. Il faut traiter le problème des ruelles. C’est notre projet [3].

- PFV
Ainsi, 100 % des eaux usées du quartier seront collectées,
il n’y aura plus de problème ?

- NL
Pour les déchets liquides, non. Mais il reste les déchets solides, les ordures. Dans les ruelles, elles doivent être ramassées par des femmes qui passent avec une charrette et une petite clochette, mais elles sont
souvent aussi jetées dans les caniveaux, ce qui obstrue les réseaux et les bouches d’égout. Il faut installer des poubelles.

- PFV
Est-ce une difficulté ?

- NL
Cela a nécessité de longues discussions, parce que les gens n’en voulaient pas devant chez eux. On ne pouvait pas bouleverser les habitudes ni priver les ramasseuses du revenu qu’elles tirent de la revente de certains
déchets. D’ailleurs, les ruelles sont trop étroites pour y faire passer autre chose qu’une petite charrette. Il y a eu des réunions publiques très animées et très riches, grâce à l’activité des responsables du quartier. Nous avions apporté un modèle de poubelle que nous avons laissé sur place. Du coup la discussion s’est déplacée de « pour ou contre les poubelles » à « quel modèle de poubelle ? ». Plusieurs mois plus
tard, un modèle satisfaisant était mis au point par les Vietnamiens : une double poubelle, une rouge et une verte, pour un tri préalable, en plastique dur à cause d’animaux errants, avec un couvercle pour les odeurs
et pivotant sur un axe horizontal pour se déverser facilement dans la charrette. Nous avons beaucoup appris de ces discussions. Les
gens parlaient de ce qui les touchait, de manière très sensée. Nous nous sommes rendu compte que les aspects techniques et les aspects relationnels étaient indissociables. La solution a résulté d’une élaboration
conjointe, c’est pourquoi elle s’est montrée viable, même si le tri laisse encore à désirer, comme en France…

- PFV
Vous aviez un interprète ?

- NL
Oui, la langue est une difficulté, bien sûr. Et puis, il y a le style des discussions, avec les responsables. Elles sont moins directes, plus protocolaires que chez nous. Il n’est pas facile de comprendre comment les services sont organisés, qui est responsable de quoi.
Nous avons été amenés à réfléchir à nos questions, à les préciser. L’éloignement est gênant. Sur place, les choses se débloquent. Nous avons fait une mission par an, au début, puis deux par an. C’est le bon rythme.
Nous avons travaillé avec les techniciens vietnamiens pour établir le nivellement du quartier. Nous n’arrivons pas avec des solutions toutes faites que nous mettrions en œuvre nous-mêmes. Il y a un transfert de
compétences et les Vietnamiens prennent en main leurs propres affaires. Nous laissons le matériel sur place pour qu’ils puissent continuer le travail.
Maintenant, nous arrivons au bout de la réalisation. Il faudra seulement veiller à ce qu’elle soit complète et fonctionne bien, l’améliorer au besoin. Nous avons poussé aussi loin que possible la réflexion avec nos
partenaires. C’est un projet-pilote, qui pourra être répliqué ailleurs. Il sera entièrement géré par les Vietnamiens.

- PFV
Que tirez-vous de cette expérience ?

- NL
Une remise en cause de certaines de nos façons de faire. Là-bas, on revient à des choses basiques : que ce qui s’écoule aille où il faut... Comparés à ceux du Vietnam, nos moyens sont énormes. Il faut les employer mieux. La question de l’assainissement ne se limite pas au domaine public. C’est en amont qu’il faut l’aborder, au niveau des habitations, et avec le concours des habitants. Il faudrait développer un nouveau service public, qui ne travaille pas seulement sur le réseau public mais se soucie des raccordements des habitations. On en est au tout début de cette démarche, dont l’enjeu environnemental est considérable.

propos recueillis par Marie-Hélène Lavallard

Notes

[1Chef du Bureau Exploitation Sud. Service Exploitation et Entretien des
Réseaux. Conseil Général de Seine-Saint-Denis

[2Syndicat Interdépartemental d’Assainissement de l’Agglomération Parisienne

[3Les ruelles sont des impasses qui se greffent sur les rues. Parfois elles
se ramifient

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