Pierre-Bernard Lafont (17 février1926 – 13 avril 2008)

Dernier ajout : 23 juillet 2008.

Pierre-Bernard Lafont à Hanoi en 1954Pierre-Bernard Lafont est décédé à Paris le 13 avril 2008 à la suite d’une longue maladie qui a fini par venir à bout de sa robuste et admirable résistance. La messe a été célébrée le 16 avril par son ami le Père Gérard Moussay en la Chapelle de l’Est au cimetière du Père Lachaise. Les cérémonies entourant la crémation ont rassemblé un grand nombre de personnalités, chercheurs, enseignants et autres, tous amis du disparu. Les cendres ont rejoint le tombeau familial au cimetière de Nérac le 9 juillet.

Pierre-Bernard Lafont est né le 17 février 1926 à Damas, Syrie, de son père Régis Lafont, militaire de carrière, et de Henriette Lestrade, son épouse. Le lieu de naissance n’est dû qu’au hasard des affectations du lieutenant Lafont et ne jouera pas de rôle dans les orientations de Pierre-Bernard.

Si la vie de P.-B. Lafont est suffisamment connue à partir de son recrutement à l’Ecole Française d’Extrême-Orient en 1953, la période d’avant reste très lacunaire. Peut-être l’a-t-il voulu ainsi ! Les collègues peuvent s’en satisfaire, mais ceux dont les relations sont allées jusqu’à l’amitié voudraient en savoir un peu plus sur son enfance et ses études. S’il n’a rien écrit sur lui-même, il a laissé de nombreuses photos annotées et datées, et ces photos soigneusement rassemblées par Anh, son épouse, jalonnent la vie de P.-B. Lafont et à son insu parlent parfois de lui mieux qu’un texte. On a donc choisi ce mode de présentation peu traditionnel pour rappeler les principaux moments de la vie du disparu, laissant aux revues spécialisées le soin d’une présentation plus académique.

L’album ne nous dit rien sur la famille du père, mais on sait qu’il est né au Cheylard (Ardèche) en 1890. La mère avait pour frère le Chanoine G. Lestrade (Nérac 1913). Un biographe perspicace tentera bien un jour de comprendre ce qui a pu survivre de cette rencontre du militaire et du clérical dans le devenir de Pierre-Bernard !
Ses premières photos à Damas (1926-27) nous montrent un enfant semblable à tous les enfants de son âge. Les suivantes nous conduisent à la caserne d’Epinal (1931), ville où la famille a été affectée après la Syrie. Elle ne quittera plus la métropole. Le père pose fièrement, tête dressée et regard droit dans sa tenue militaire. Son profil volontaire annonce celui de Pierre-Bernard et on peut deviner, sans prendre trop de risques, tout ce que le caractère du fils doit à celui du père. Mais la guerre mondiale laisse ses marques, des photos montrent un père au visage amaigri à son retour de captivité.

Le jeune Pierre-Bernard fréquente l’Ecole Saint Genès de Bordeaux ; il est sur la liste de Première Communion du dimanche 26 mai 1935. Puis on le voit en tenue militaire (juillet 1944), sans aucun doute il fait son service.
Après la guerre, la famille s’est installé à Nérac, ville dont la mère est originaire. Le père a terminé sa carrière avec le grade de Commandant. On voit P.-B. Lafont au Sporting Union Agenais (1946). Il fait son droit à Bordeaux ; son nom apparaît sur un bulletin de vote dans la liste des candidats représentants les étudiants aux élections du Conseil d’Université (12 décembre 1949). Bien qu’une photo le montre en robe au tribunal de Bordeaux (17 décembre 1948), il ne fera pas carrière dans les métiers du droit. On sait par ailleurs qu’il obtient un diplôme d’ethnologie à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris, 1951). Est-ce cette double formation, droit et ethnologie, qui lui permettra d’être recruté à l’Ecole Française d’Extrême-Orient en 1953 ? Quelle occasion, quelle rencontre, quelle étincelle conduira P.-B. Lafont vers des rivages qu’il n’avait sans doute pas imaginé ? Désormais, les trois pays de l’ancienne Indochine, Vietnam, Laos et Cambodge, seront le théâtre de sa vie professionnelle jusqu’en 1966. C’est dans cette période qu’il fondera une famille dont deux enfants devaient naître, Olivier et Dominique.

Professionnellement, P.-B. Lafont se distinguera en particulier par ses recherches sur deux groupes linguistiques : les populations de langue tay dans le nord du Vietnam et le nord du Laos, et les populations de langue austronésienne du centre et du sud du Vietnam, en particulier les Cam. Dans chacun de ses terrains de recherche il amassera des données et des documents de première main qui donneront lieu à de nombreuses publications (nous n’en citerons que quelques unes) jusqu’à ces dernières années.

Peu après son arrivée à Hanoi en 1953 il est affecté à Lai-Chau, chef-lieu de l’éphémère Fédération Tay (Notes sur les familles patronymiques tay noires de Son-La et de Nghia-Lo, 1955).
- Suite à l’évacuation de la partie nord du Vietnam, il est nommé à Pleiku en plein pays montagnard (Prières Jarai, 1963 ; Toloi Djuat : coutumier de la tribu Jarai, 1963 ; Lexique français-jaraï-vietnamien, 1968).
- De 1956 à 1966, il est délégué de l’EFEO à Vientiane. Il prolonge ses premières recherches sur les Tay du Tonkin par l’étude des Tay lü du nord du Laos (P’ra Lak - P’ra Lam, P’ommachak …, 1957 ; Le royaume de Jyn Khēn …, 1998). Parallèlement à ces recherches, P.-B. Lafont mène à terme d’importants travaux documentaires et bibliographiques (Bibliographie du Laos, 1964 et 1978 ; Inventaire des manuscrits des pagodes du Laos, 1965 ; Catalogue des manuscrits cam des bibliothèques françaises avec Po Dharma et Nara Vija, 1977).
- En 1966 il est nommé directeur d’études à la IVe section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes dans la chaire "Histoire et civilisation de la Péninsule Indochinoise" qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1994. Il créera en outre le Centre d’Histoire et Civilisations de la Péninsule Indochinoise, lieu de rassemblement synergique de chercheurs en sciences humaines sur l’Asie du Sud-Est. Pendant cette période, il continuera à effectuer des séjours réguliers dans ces pays, donnant des conférences et organisant des colloques.
Son dernier ouvrage (Le Campa. Géographie, population, histoire, 2007) a été publié alors que l’implacable maladie commençait à l’affaiblir.

Pierre-Bernard Lafont avait un caractère fort qui forçait les relations et obligeait à prendre position. On pouvait être pour ou contre lui, mais il ne laissait jamais indifférent. S’il eu des ennemis, peut-être plus que d’autres, il eut beaucoup d’amis. Il fut toujours fidèle à ses amis, et ses amis le lui rendirent bien.

Adieu Lafont … Michel Ferlus

NB : Pierre-bernard Laffont faisait partie du Comité d’Honneur de l’AAFV

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P.-B. Lafont

Sources :
Notes sur la culture et la religion en péninsule Indochinoise en hommage à Pierre-Bernard Lafont, Nguyên Thê Anh & Alain Forest, éd., Paris, L’Harmattan, 1995, p. 243-249.
http://www.efeo.fr/biographies/cadreindexcherch.htm