Profession de foi d’une adepte caodai

Dernier ajout : 24 janvier 2011.

Le touriste occidental visitant le Vietnam est frappé par les monuments et les cérémonies des Caodai ; ce qui lui échappe, c’est la dimension sociale de leurs pratiques. En effet, comme le montre le texte qui suit, les conceptions des Caodai influent sur leur comportement social tout au long de leur vie.
Le récit de Dinh Thi Thanh Tung, membre de l’une des deux principales branches de cette nouvelle religion « révélée » dans les années 1920 expose ses préoccupations et son éthique bien spécifique.
Dinh Thi Thanh Tung est chargée des relations extérieures et des rapports avec le comité populaire local dans le premier arrondissement d’Ho Chi Minh Ville.

DU SENS DE LA VIE ET DE LA MORT

La mort c’est quelque chose que l’on déteste. On évite d’en parler parce que rien n’est plus terrible que la mort. Au contraire, pour la plupart des gens, rien n’est plus précieux que de pouvoir vivre aussi longtemps que possible. En général la naissance d’un bébé apporte toujours le bonheur dans la famille et le décès de quelqu’un donne du chagrin à nombre de personnes.

La mort d’une personne peut affecter les uns et ne recevoir que du mépris des autres.
On regrette la mort de ceux qui ont consacré leur temps à s’occuper des pauvres et des malheureux, qui ont sacrifié leur vie pour le développement de leur pays ou qui ont contribué à la recherche scientifique pour améliorer la vie humaine. C’est la mort dans l’honneur. Les personnes mortes pendant la guerre pour un idéal de paix, ou pendant des inondations ou des incendies pour sauver les autres sont nommées « héros ». On méprise les gens égoïstes comme par exemple ceux qui s’enrichissent en participant aux ventes de drogue ou d’opium. Ils ne pensent qu’à eux-mêmes bien qu’ils sachent que leurs actes vont sacrifier voire tuer des générations et des générations de personnes.

La mort pourrait venir nous chercher n’importe quand et personne ne connait la date exacte. Au Vietnam, avec l’influence de la culture chinoise, dans certaines familles, on se réunit pour fêter la personne qui pourrait atteindre le seuil de 60 ans. Les gens âgés d’
environ 80 à 90 ans, commencent à écrire leur testament avant qu’ils aillent rencontrer leurs ancêtres. Ils s’attristent en pensant au moment de la séparation d’avec leurs enfants et petits enfants quand la mort arrive. Leurs enfants ne veulent pas les laisser tout seuls de peur que leurs parents soient « partis » sans le savoir. Ils attendent la mort sans complaintes bien qu’ils ne le veuillent pas du tout parce que c’est évident de mourir, tôt ou tard selon l’état de santé de chacun. La vie la plus longue dure rarement au-delà de cent ans. La vie parfois est même très courte. C’est le cas des gens encore jeunes mais gravement malades pour des raisons diverses, des bébés qui peuvent mourir avant leur naissance et des enfants ayant contracté des maladies contagieuses ou porteurs de déficits héréditaires. C’est aussi le cas des personnes mortes d’accidents, des catastrophes naturelles, de la guerre et aussi, hélas, à la suite de querelles banales qui pourraient être évitées. Bref, dans tous ces cas là, la mort est imprévue. C’est ainsi que quiconque avec qui l’on vient de passer un bon moment, pourrait disparaître pour toujours, immédiatement après nous avoir quitté.

On ne souhaite pas mourir et nous possédons tous une forte envie de vivre. Évoquer la mort engage à parler des différentes façons de vivre. Il se peut qu’on passe son temps à accumuler des richesses et jouir des plaisirs de la vie. Parmi ceux qui n’ont pas de possibilités, et pour obtenir de quoi mener une vie faste, certains cherchent des moyens basés sur la violence, le mensonge ou la fraude.. Pour ceux-là, la vie est si courte, qu’il faut profiter de chaque instant disponible aux jouissances. En même temps ils cherchent à prolonger leur longévité. Ils se nourrissent de toutes choses nutritives, se régalent même de la viande des chiens qui nous sont si familiers et aussi du cerveau des singes vivants en espérant qu’ils puissent avoir une intelligence remarquable et une santé formidable. Ils mettent du charbon brûlé sur le crâne au niveau du cerveau qui sera mangé au fur et à mesure que cette partie devient cuite. Rien n’est plus cruel que de faire souffrir ces bêtes, parmi les animaux les plus évolués, en les faisant mourir petit à petit avec des sensations de douleur terrible.
Pourtant il y a aussi des gens qui comprennent que tout corps humain, comme un moteur, devra un jour s’arrêter de fonctionner et être décomposé avec toute autre chose. À quoi bon de s’effrayer parce que toute vie va aboutir à la mort, suivant le cycle suivant : naissance-croissance et vieillesse - avec souvent des maladies - et enfin, venue de la mort pour laisser de la place aux nouvelles naissances. Ils savent ne pouvoir garder leurs richesses et emmener leurs possessions dans la mort. Même un incendie, une inondation ou un typhon pourrait détruire tout en quelques minutes. Des maladies prolongées feraient aussi dépenser tout ce qu’on gagne pour des frais hospitaliers et médicaux. Bref, ils comprennent que « tout ce qui est matérialisé sera dégénéré ».

C’est vraiment irréaliste de vouloir vivre sans mourir. L’argent ne peut pas payer une vie éternelle dans ce monde... Je connais un monsieur qui possédait une dizaine de plantations d’hévéas et beaucoup de maisons à louer. À l’âge de quarante ans un cancer se déclara. Les maux terribles de cette maladie le firent réfléchir et il souhaita pouvoir échanger entièrement sa richesse pour son rétablissement. Malheureusement personne ne pouvait le satisfaire bien que plusieurs personnes et lui-même aient prié Dieu. Prier Dieu ce n’est qu’un appel de secours, une réaction évidente quand on se sent impuissant devant les malheurs, même si avant on n’était pas croyant.

Pour expliquer cela, je vous présente, chers lecteurs, la philosophie du Caodaïsme qui est aussi appelé Dai Dao. Comme dans les autres religions (nous les considérons toutes émanant de Dieu), le premier but du Caodaïsme vise à éduquer en bien l’être humain et à construire une société d’égalité pour un monde de fraternité universelle. Cet humanisme caodaïste est pensé comme la voie idéale pour tout un chacun, appelée « Grande Voie » ou « Dai Dao ». Particulièrement, du point de vue spirituel, le Caodaïsme vise aussi à aider l’être humain à se libérer lui-même de ses conditions charnelles, de ses soucis de vie et de mort, en brisant son cycle de réincarnations successives.
D’après le Caodaïsme, un être humain a plusieurs vies successives et chacun a son propre karma. Le karma de chacun dans la vie actuelle dépend de ce qu’on a fait dans la vie précédente et aussi dans cette vie. Ce karma continue à nous suivre jusqu’aux vies suivantes. Le monsieur que j’ai évoqué précédemment doit subir un mauvais karma avec des maux physiques terribles pour des raisons que nous ignorons mais qui laissent supposer qu’il avait fait sûrement du mal : c’est la loi des causes et effets. Pourtant il pourrait alléger son karma en faisant du bien dans sa vie actuelle pour racheter du mal de sa vie précédente. Si, bien plus tôt, avant même d’être malade, il avait pensé à partager sa richesse avec les pauvres ou bien à contribuer aux activités sociales, sa situation aurait pu être meilleure. Dieu pardonne toujours mais à condition que les pécheurs se repentissent sincèrement et prennent la ferme résolution de ne plus recommencer et se consacrent à faire le bien. Il ne faut pas compter passivement sur les prières et sur le pardon de Dieu dont le jugement est toujours pertinent. Telle cause donne tel effet. Les mauvais germes de riz ne peuvent jamais donner de bonnes moissons et une goyave semée dans la terre ne fait jamais pousser un bananier.
La loi des causes et effets est liée à la loi du karma et à la loi de réincarnation. Avec ces trois lois, on pourrait comprendre pourquoi une personne est née handicapée ou bien aveugle dès sa naissance. Il se peut que quelqu’un très gentil, généreux ait toujours des malheurs dans sa vie, tandis qu’une personne méchante, osant même tuer les autres pour voler de l’argent, pourrait continuer à vivre aisément.
Une situation peut changer quand les nouvelles bonnes actions se soustraient aux anciens péchés mais aussi quand les nouveaux péchés arrivent à effacer tous les anciens bons points. Il y a des gens qui reprochent Dieu de ne pas les sauver quand ils Le prient. Ils ne comprennent pas qu’il existe tout un système d’arithmétique d’addition et de soustraction automatique. Il ne suffit pas de prier Dieu. Il faut toujours penser à faire du bien, à se rendre utile aux autres ne serait-ce que parce que l’on n’est pas sûr de quoi est constitué son propre karma, bon ou mauvais. L’important est de faire de son mieux et Dieu va aider. Appliquant ces lois dans leur vie, les Caodaïstes, acceptent tout ce qui s’est passé dans leur vie d’une manière active. Cela veut dire qu’ils ne se sentent pas désespérés quand quelque chose de mal leur arrive, et cherchent toujours à alléger leur karma. Comme dans la plupart des religions, les Caodaïstes ont l’interdiction de se suicider, quel qu’en soit le motif, parce que leur vie n’appartient pas à eux-mêmes. Ils n’aiment pas la mort mais ils n’ont pas peur de mourir. Ils ont seulement peur de n’avoir pas assez de temps pour vivre utile pour racheter les péchés de la vie précédente avant de mourir, ce qui mène à la réincarnation. Faisant parti de l’Organisme de diffusion du Dai Dao et ayant l’occasion d’apprendre à fond la doctrine du Caodaïsme, je comprends que l’accumulation de bonnes actions effectuées sans arrière pensée et sans idée d’intérêt avec arrêt des péchés peut un jour effacer notre mauvais karma et économiser un nouveau bon karma. Un bon karma nous mènera à une bonne vie prochaine. C’est pourquoi vivre et mourir sont liés simultanément et continuent successivement. Mourir c’est comme la fin d’une étape pour recommencer une nouvelle étape. Le corps charnel sera détruit quand la mort arrivera. Seulement l’âme résidant dans ce corps existera encore et continuera son trajet dans un nouveau corps, emmenant avec elle, non pas les possessions matérielles mais toutes les conséquences de ce que ce corps a fait. Une nouvelle vie recommence avec un karma qui la suit toujours, suivant la loi des causes et effets et la loi de réincarnation. Pour mener une vie au moins aisée ou bien riche suivant le vouloir de la plupart des personnes, il ne suffit pas seulement de trouver des moyens divers pour en gagner, mais l’essentiel c’est de toujours garder une vie correcte avec beaucoup de bonnes actions. A un certain moment quand la soustraction automatique entre le mal et le bien finit, le mauvais karma s’en va et laisse de la place à un bon karma. A ce moment là, la vie sera de plus en plus améliorée. Au contraire, accumuler des richesses d’une manière malhonnête va aboutir sûrement à des mauvaises conséquences, parfois la vie sera pire qu’avant.

C’est pourquoi il faut considérer la mort comme un moment de repos pour passer à une autre vie et la mort n’est pas aussi terrible que l’on pense. Suivant le Confucianisme, l’honnête homme qui a travaillé toute sa vie au service des autres pourra se reposer quand la mort arrivera. Quant aux méchants, ils ne pourront plus continuer à faire du mal quand la mort les prendra. Savoir vivre nous rendra heureux et vivre n’importe quoi nous apportera seulement du malheur. Si l’on ne pense pas à la vieillesse, on sera toujours jeune et si l’on se rend compte que l’on vieillit, à un certain moment on sera fatigué. Penser à la mort nous apportera seulement de la tristesse. Une personne vivante doit se considérer comme un passager qui doit connaître son chemin. Perdre son chemin c’est comme s’égarer de sa maison et ne plus avoir sa maison. Tout le monde mépriserait la personne qui s’égare de sa maison. Pourtant personne ne fait attention au cas où tout le monde n’a pas de maison. Il existe des gens qui quittent leur patrie, leur famille et leur richesse pour aller ailleurs sans but, sans retour. Comment vont-ils devenir ? Ils seront sûrement considérés comme des fous. Il existe aussi des gens qui font trop attention à leur comportement extérieur et à leur vie, se montrant fier de leur succès et voulant se faire connaître. Comment vont-ils devenir ? Parmi les deux différents types de personnes, lequel sera apprécié par les autres ? C’est sûr que l’on va féliciter les gens du deuxième type, disant qu’ils sont bien instruits et bien rusés ; Pourtant, selon Confucius ces gens là se sont tous trompés de chemin. Etre trop extrémiste n’est pas un idéal de vie et il faut toujours garder le juste milieu. Il est difficile de reconnaître la vraie valeur de quelqu’un et il ne faut pas juger par l’apparence extérieure.

Voici une autre conception de vie et de mort selon le Caodaïsme. On a tellement peur de la mort qu’on ne pense pas à vivre comme il faut. Une question est posée à tout être humain : être né dans ce monde pourquoi faire ? La réponse ne pourrait pas être : c’est pour mourir après un certain temps comme tous les êtres vivants, car ce serait une vie sans valeur. Comme tout ce qui est matérialisé sera dégénéré, la mort va arriver normalement. Il ne faut pas en avoir peur. Ce qui est important c’est de savoir qu’étant être humain, on a une mission particulière. C’est d’évoluer en se corrigeant et se perfectionnant, éclairer la lumière interne dans notre esprit et la garder toujours brillante au cours de notre vie. La lumière interne existe depuis la naissance mais au fur et à mesure qu’on grandit, elle est cachée par les sept passions et les six vouloirs (les treize diables) qui la rendent moins brillante et parfois éteinte. Cette lumière brillante va aider les gens à distinguer le bien du mal et à se repentir de ce qu’on a fait de mal. Pour que la vie ait plus de significations, on ouvre notre cœur aux autres. L’amour pour autrui éliminera toutes les querelles et les guerres possibles. Pourtant il faut aussi aider les gens à évoluer pour vivre ensemble en harmonie et établir la paix universelle. C’est à dire non seulement faire du bien, mais il faut aussi ne pas faciliter les autres à commettre des péchés. Par exemple il ne faut pas se taire devant quelqu’un en train de voler quelque chose ; il faut empêcher les membres de la famille, surtout les enfants, de trafiquer de la drogue ou de l’opium. Dans ce deuxième cas il faut absolument laisser de côté l’amour familial pour bien juger et avoir une bonne décision. Si non, on se chargera en plus des nôtres, des péchés commis par les autres.
Comme notre corps humain sera irrémédiablement détruit, à quoi bon faire trop attention à la vie matérielle ? Ce qui compte c’est la vie spirituelle. Pouvoir accomplir sa mission telle que nous la révèle le Caodaïsme, c’est déjà savoir vivre éternellement au moment même de la mort de notre corps, plutôt que d’avoir une âme morte dans un corps encore vivant.
Comme personne ne peut vivre éternellement dans ce monde avec son corps charnel et l’on devra être réincarné dans plusieurs vies successives avec son propre karma qui apportera plus de malheur que de bonheur, le Caodaïsme aide les êtres humains à briser le cycle de réincarnation en enseignant une nouvelle méthode de perfectionner la vie corporelle et spirituelle. C’est qu’il faut satisfaire en même temps aux trois conditions suivantes :
+ développer l’amour pour autrui en aidant les gens matériellement et aussi spirituellement, c’est à dire les aidant à évoluer. En plus il ne faut pas penser au profit de nos bonnes actions qui n’atteignent seulement leur vrai sens et leur bonne valeur que si elles s’ émanent d’un sentiment d’éveil, de volonté et d’ardeur. Cette condition une fois accomplie nous aidera à effacer notre mauvais karma. Pourtant il ne faut pas espérer pouvoir profiter du bon karma parce qu’un mauvais karma ou un bon karma aboutit toujours à la réincarnation dont personne ne pourrait s’échapper.
+ se corriger et se perfectionner pour ne pas créer un mauvais karma
+ et finalement pratiquer la méditation pour avoir la tranquillité de notre âme, pour pouvoir nous libérer nous-mêmes de nos conditions charnelles, ce qui nous aidera sûrement à nous échapper de tous soucis de vie et de mort.

Toutes ces conditions semblent être très difficiles à accomplir, surtout en ce moment où le matérialisme est la priorité, mais elles sont sûrement réalisables parce que Dieu a prévu toutes les solutions pour nous encourager. Pour mieux comprendre, chers lecteurs, vous êtes invités à consulter les livres sur le Caodaïsme, dont la doctrine est basée sur les meilleurs principes sélectionnés dans les autres religions par Dieu, parce que Dieu dans le Caodaïsme c’est le même que celui dans les autres religions, à condition que les pratiquants ne cherchent pas à orienter les enseignements de Dieu vers le mauvais chemin. Il ne faut pas attendre le moment des malheurs pour commencer à penser à Dieu. Pouvant appliquer cette nouvelle méthode dans votre vie, vous vous sentirez plus heureux dans votre vie, surtout au moins vous ne serez plus stressés par des soucis de vie et de mort.


Dinh Thi Thanh Tung,
Organisme de diffusion du Dai Dao, Ho chi Minh Ville
171bis Cong Quynh, 1er Arrondissement
Ho chi Minh Ville, Vietnam