Quarante ans après

Dernier ajout : 23 avril 2008.

La date du Têt 68 est entrée à juste titre dans l’Histoire. Quarante ans après, il est opportun de voir quel rôle les longues années de guerre ont joué dans l’histoire du Vietnam comme dans celle des Etats-Unis.

Pour les Américains, qu’ils aient ou non combattu au Vietnam, la défaite n’est pas encore oubliée ; elle est ressentie comme une humiliation qu’il faudra encore bien des années pour oublier.

Le Vietnam avait fait preuve d’un incroyable courage pendant et après la deuxième guerre mondiale. Il avait vaincu des puissances coloniales majeures et conquis la liberté et l’indépendance en 1954.

Mais la liberté et l’indépendance ne devaient pas durer et les Etats-Unis sont vite devenus les troisièmes envahisseurs du pays. Dans de nombreux pays est alors apparu un puissant mouvement de colère conte la guerre américaine. Il est remarquable qu’aux Etats-Unis même, des milliers de gens s’organisèrent pour s’opposer à la guerre et des appels à rappeler les troupes s’élevèrent en maints endroits. Le retour dans des sacs en plastique des combattants morts au front, qu’on pouvait voir à la télévision, joua un grand rôle dans cette exigence.

Le gouvernement américain s’est souvenu de ces scènes, car lorsque des hommes et des femmes mobilisés trouvèrent la mort en Irak et en Afghanistan, on donna l’ordre de ne pas montrer les cercueils à la télévision.

Pendant ce temps, les Etats-Unis, qui avaient toujours été présents en Indochine, lancèrent leur action pour éviter « une prise de pouvoir communiste » - comme ils disaient - en racontant que des avisos vietnamiens avaient tiré sur un navire américain, l’US Maddox, ce qui leur donnait un prétexte pour débarquer des milliers d’hommes à Danang.
La prétendue attaque, bien entendu, était un mensonge, exactement comme le mensonge sur les armes de destruction massive qui a conduit à une guerre illégale en Irak.

Ici au Royaume Uni, un mouvement de masse contre la guerre se développa dans des organisations et chez des individus qui se rassemblèrent pour des défilés, des meetings, des protestations et des manifestations dans les grandes et les petites villes de tout le pays. Des gens de toutes conditions et de tous âges vinrent soutenir le peuple du Vietnam, rassemblèrent des fonds pour fournir les aides si urgentes et attirèrent l’attention sur les terribles souffrances du peuple d’un pays de l’autre bout du monde.

Ceux qui avaient subi les bombardements de la IIe guerre mondiale sur Londres, sur Liverpool, sur Glasgow et Coventry et sur bien d’autres grandes villes industrielles, sans oublier les docks où les navires de commerce déchargeaient leur cargaison – beaucoup furent coulés avec de grandes pertes en vies humaines- , ceux-là se rappelèrent ce qu’ils avaient enduré et purent le relier à ce que le peuple du Vietnam traversait avec les bombardements massifs des B 52 et les tirs d’obus de la 7e flotte.

On avait écrit des livres sur les épreuves des gens dans les pays occupés d’Europe, des documentaires utilisant des prises en vues en direct avaient fait comprendre chez nous ce que signifiait l’occupation. Tout cela facilita le mouvement au Royaume-Uni. Des artistes de renom donnèrent des concerts, les Syndicats et leurs membres apportèrent leur soutien au Vietnam de mille manières, en collectant des fonds pour des ambulances, des équipements médicaux, du plasma, des pansements, etc.

La guerre du Vietnam allait être la plus horrible que l’humanité ait connue et l’armement utilisé ne l’a pas moins été. Il a laissé aux vietnamiens un héritage qui perdure aujourd’hui, quarante ans après le Têt de 68. Un rapport récent montre que 21% de la terre vietnamienne est contaminée par des mines, des obus et des bombes, dont des bombes anti-personnelles, toutes armes qui encore aujourd’hui tuent des hommes et du bétail.

Un autre héritage tragique est celui laissé par les armes chimiques, à savoir l’Agent orange. Ici, je voudrais informer le lecteur du travail de l’Association d’Amitié Grande-Bretagne – Vietnam (Britain-Vietnam Friendship Society, BVFS). Fondée en 1992, c’est une tard venue dans la campagne de soutien au Vietnam.

Notre premier projet était simple : chercher des professeurs d’anglais volontaires pour un séjour d’un an dans les provinces. A cette époque, le Vietnam s’ouvrait au monde, d’où le besoin d’anglais. L’un des volontaires resta trois ans et plus tard épousa une vietnamienne. Au titre du projet, je peux revendiquer trois mariages.

Un autre projet devait aider à « reverdir » le Vietnam. Beaucoup de forêts avaient été détruites. On nous demanda notre aide et nous lancèrent notre « Forêt de l’amitié ». Les gens offraient un arbre pour les anniversaires, les mariages, en souvenir d’un être cher, en hommage à une personnalité disparue.
Quand la forêt fut achevée, on nous remercia et on nous demanda de continuer avec une autre. Nous acceptâmes et la plantation d’arbres continue.

L’éducation est un besoin vital pour n’importe quel pays. Pendant cinq ans, nous avons collecté des fonds pour nos « Prix scolaires », sortes de bourses distribuées aux écoliers.

Mais depuis le début, nous avions en tête les conséquences de l’Agent orange. C’est lors de ma première visite au Vietnam, en 1989, que j’avais rencontré des victimes des épandages et c’est une expérience dont je me souviens encore. Je revins déterminé à faire de mon mieux, par tous les moyens possibles, pour aider ces tragiques victimes.
On fit appel aux amis et aux mécènes pour des fonds. On tint des stands où l’on vendait des souvenirs du Vietnam. On parla dans des meetings pour évoquer le cas de l’Agent orange, on diffusa des photographies des victimes.

On écrivit à la Presse en appelant le gouvernement américain à verser des compensations. On alla en délégation au 10 Downing Street demander son soutien au Premier Ministre. On discuta avec des membres du parlement, qui déposèrent des motions touchant à des aspects divers mais toutes demandant justice pour les victimes.

Puis vint la nouvelle de la création de l’Association pour les victimes vietnamiennes de l’Agent orange (VAVA) et des discussions à propos d’un procès contre les entreprises chimiques américaines qui avaient fabriqué l’Agent orange. Tous ceux qui étaient conscients de l’importance de ce pas en avant se réjouirent.

Nous discutâmes de ce que nous pouvions faire et nous décidâmes de lancer une pétition sur Internet, que l’on pouvait signer en ligne. Nous reçûmes des messages de remerciements, spécialement d’étudiants vietnamiens à l’étranger.
La pétition fut rapidement traduite, en japonais, en chinois, en coréen, etc. [1] Par moment, ce sont 10.000 à 12.000 personnes qui signaient chaque jour, jusqu’à atteindre un total de 700.000 au moment où il a fallu l’arrêter en raison d’attaques insultantes venant de voyous.

Les universités du Royaume-Uni ont commencé à m’inviter à parler des conséquences de l’Agent orange et à projeter des films. J’accepte toujours. Cela continue aujourd’hui.
On a écrit au Président des Etats-Unis, à des membres du Congrès, à des membre du gouvernement, entre autres à Colin Powells, alors Secrétaire d’Etat, qui a servi à deux reprises au Vietnam et est atteint d’un cancer de la prostate, maladie liée à l’Agent orange. Je lui ai demandé de s’inscrire pour les compensations promises par Clinton mais aussi de soutenir la cause des victimes vietnamiennes dans le même cas que lui.

Au fil des années, nous avons vu beaucoup de changements au Vietnam. C’est un pays remarquable, tout comme ses habitants.

Oui, il y a encore des problèmes, des difficultés à surmonter. Le legs de la guerre demande encore notre soutien et l’aide internationale est essentielle. En même temps, tous ceux d’entre nous qui le peuvent, en dépit des années et en dépit du jugement de la Cour d’Appel de New York le 22 février 2008, doivent continuer la campagne pour que justice soit rendue aux victimes de l’Agent orange. Nous ne pouvons et nous ne devons pas cesser notre combat.
Len AldisLen Aldis

Notes

[1L’AAFV a assuré la traduction en français, allemand, italien, espagnol, suédois, néerlandais, tchèque, grec, russe, chinois et arabe. (NDLR)