Rapide tour d’horizon

Dernier ajout : 24 janvier 2011.

En général, la Mort est regardée avec respect. On en a peur. Pourquoi ?
D’abord parce qu’on pense que c’est définitif. On préfère être en vie, même si la vie ne comporte pas toujours que des joies. Puis, souvent, confusément, il y a l’idée d’une punition pour des fautes, des erreurs commises, en cette vie ou dans sa vie antérieure, et même dans celle de ses parents, de ses ancêtres plus ou moins lointains. Car il existe la croyance qu’on ne disparaît pas avec la mort, qu’il existe une deuxième voire plusieurs autres vies, que si l’on a observé une vie morale, exemplaire, on reviendra, un jour, sur terre et y jouira d’une vie parsemée de bonheur. Ce qui entraîne l’observation d’un parcours de bonne conduite - en vue probablement d’éviter des punitions. Cette peur se reflète d’ailleurs dans la langue. Souvent et c’est de bonne culture, on ne prononce pas crûment le mot « chết » - mort dans les échanges, mais des euphémismes, genre « mất » - disparu, « khuất » - caché… ou encore « trăm tuổi » - avoir cent ans (expression apparue certainement à une époque très éloignée où la longévité moyenne tournait autour de 40, 50 ans).

Encore entourée de mystère malgré les avancées de la Science, la Mort est présente dans nombre de mœurs surannées. En particulier, son rôle dans la discrimination sexuelle, ce qui, apparemment « anodin » et très présent dans la vie quotidienne touche en vérité une bonne moitié de la population du pays, pour dire son poids sur le développement ! La coutume donnait le pouvoir de décision dans la famille à l’Homme, l’adage « Tại gia tòng phụ, xuất giá tòng phu, phu tử tòng tử » - « À la maison, la fille doit obéissance à son père, mariée, elle dépend de son époux, l’époux mort, c’est au fils de décider des problèmes de la famille » en résume toute la teneur et se passe de tout commentaire. Remarquons que l’idée de cette présumée supériorité n’entraîne pas que des désavantages aux femmes qui devaient faire beaucoup plus d’efforts pour surmonter le poids des coutumes pour s’affirmer, pour jouir de leurs droits, inscrits clairement dans la Constitution pourtant, mais aussi à l’Homme, lequel croyant ce droit acquis, ne faisait pas toujours l’effort de se réaliser et bien des drames de parcours en seraient le malheureux aboutissement.

Certaines coutumes très arriérées encore observées chez les minorités ethniques comme celle de la mise en bière de nouveau-né vivant dans la même sépulture que sa mère dans le cas de mort de celle-ci au moment de sa naissance chez certaines ethnies dans les Hauts-Plateaux du Centre avec comme argument, la maman étante morte, qui nourrira son bébé, nous donne froid dans le dos et beaucoup à réfléchir.

Présente dans beaucoup de coutumes, peu à peu, nous arrivons à amoindrir voire éliminer les mauvaises coutumes liées à la mort. Cependant, il faut du temps et cela dépend beaucoup de l’état, de la qualité du développement.

La mort est regardée généralement comme quelque chose de triste, un adage ne dit-il pas « La mort, c’est la fin de tout », toutefois, étant reconnue comme fait naturel, impossible de s’y soustraire, malgré que, dans tous les temps, l’Homme cherche toujours à prolonger la Vie, à la rendre éternelle, avec des remèdes, des exercices, des observations de l’éthique, des pratiques religieuses. Pourtant dans certaines situations, l’Homme en arrive à prendre du recul, à regarder la Mort avec défi, s’en sert comme mesure de bravoure, de patriotisme, un moyen de réalisation de soi, en fait.
L’histoire vietnamienne étant constituée de luttes contre d’incessantes agressions étrangères, dans ce contexte, la mort est inévitable. Ici on la brave le front haut, pour la noble cause de la sauvegarde de la Patrie. Les exemples sont nombreux, égrenés tout au long de l’Histoire de la fondation du pays à ce jour, des Sœurs Trung à l’Histoire moderne avec des noms comme Trương Định, Phan Thanh Giản, Nguyễn Tri Phương pendant la guerre de colonisation française ; dans la campagne de Điện Biên Phủ, ces héros morts pour la Patrie sont nombreux, dont beaucoup d’anonymes, on cite particulièrement le sacrifice du jeune Phan Đình Giót, le soldat héros qui, pour ouvrir la voie à ses coéquipiers dans la prise d’assaut de la Colline Him Lam, le 13/3/54, à l’ouverture des offensives qui duraient 56 jours, s’est servi de son corps pour obstruer la meurtrière d’un canon.

Le 10 décembre dernier, la nouvelle du décès de « Mẹ Thứ », mère héroïne du Vietnam de la province de Quang Nam, à l’âge de 106 ans, fait la une de tous les journaux vietnamiens. Le titre de mère héroïne du Vietnam est attribué aux personnes, épouse ou/et mère de soldat, mort pour la Patrie. A l’heure actuelle on en compte par milliers, à la suite de deux guerres pour la libération du pays. Le cas de « Mẹ Thứ » fait cependant exception. Elle avait au total 12 enfants, 11 garçons et une fille. Il lui en restait trois au moment de son décès, sa fille, 86 ans, elle-même mère héroïne du Vietnam, et deux fils. Les neuf autres, ont été tués, soit pendant la Résistance contre les Français, soit pendant la guerre contre les Américains. En outre son unique gendre, ainsi qu’un des petits-fils ont été aussi tués pendant la guerre. « À chaque annonce de décès, elle devenait pâle, serrait ses lèvres, les yeux fixes et n’arrivait pas à pleurer », disait sa fille. Elle redoublait alors d’ardeur dans son travail de base arrière à la résistance. Dans ses jardins, lors de sa mort, on trouve encore 5 caches souterraines secrètes où étaient logés, nourris les forces armées ou cadres en mission de passage dans la localité, par ses soins.

Ainsi considérée, la Mort n’est plus sujet de peur, mais de respect, de fièreté aussi.
Hoang Thi Phuong