Rapport d’Hélène Luc à l’AG du 12 juin 2009

Dernier ajout : 4 juillet 2009.

RAPPORT DE LA PRÉSIDENTE DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

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Hélène LUC, Paris, le 12 juin 2009

Cher(e)s ami(e)s,

Nous vous avons donné des nouvelles de la santé de Charles Fourniau, d’Henri Martin et de Madeleine Riffaud.
Notre assemblée générale se tient un an après notre XIIème congrès, au terme duquel j’avais été élue présidente de l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne. Bien que j’en eusse été membre depuis des décennies, c’était la première fois que j’assumais des responsabilités en son sein, ce qui signifie qu’un certain temps d’apprentissage a été nécessaire. Celui-ci est achevé. Je pense être désormais en mesure et de faire un bilan au terme d’une année de travail et de vous présenter des propositions qui, si elles ont été débattues en Bureau national et, ce matin, en Conseil national, conservent un accent personnel.

1- Dès la rentrée de septembre dernier, nous avons été saisis par nos amis de l’Union Générale des Vietnamiens de France du projet d’érection d’une stèle à la gloire de Tran Van Ba, le chef d’un groupe de partisans du régime fantoche, qui avait tenté d’organiser un soulèvement armé dans le sud du Vietnam et avait été condamné à mort à la suite d’un procès public. Le maire du XIIIème arrondissement avait donné son accord et nous ne disposions que de trois semaines pour nous opposer à une opération qui revenait à réécrire l’histoire, en même temps qu’elle nuisait aux relations franco-vietnamiennes et qu’elle cherchait à attiser les tensions. Par nos interventions auprès du ministère des Affaires étrangères, de la Préfecture de police et de la représentation nationale, nous avons contribué à l’annulation de la décision. Cela a eu deux conséquences : nous ne pouvions plus disposer d’une salle gratuite à la mairie du XIIIème pour l’organisation de nos conférences, mais cela a resserré nos relations avec l’UGVF et conforté l’excellence de nos rapports avec l’ambassade du Vietnam. D’ailleurs, celle-ci nous a proposé de nous rencontrer régulièrement, hors réceptions et occasions protocolaires, pour des réunions de travail amicales, proposition qui est entrée dans les faits. De même, avec l’UGVF, nous avons décidé de constituer quatre petits groupes devant permettre non seulement d’échanger des informations sur nos activités respectives, mais encore d’organiser ensemble certaines manifestations. C’est le cas du cycle de nos conférences en Ile de France, qui se déroulent donc désormais dans les locaux de l’UGVF dans le IVème arrondissement.
Le XIIème congrès avait décidé de préserver les trois axes fondateurs de notre association, à savoir aider au développement des relations franco-vietnamiennes, à tous les niveaux, dans le respect et l’intérêt mutuels de nos deux pays et de nos deux peuples ; manifester notre solidarité envers le peuple vietnamien que la rapide croissance économique de ces 15 dernières années n’a pas encore complètement sorti des séquelles de la guerre ni des affres du sous-développement. ; faire mieux connaître le Vietnam, son histoire, sa culture et les importantes évolutions qu’il est en train de vivre. Toutefois, et le congrès avait insisté sur ce point fondamental, nous ne sommes plus ni au temps de la guerre américaine ni à celui du boycottage occidental qui avait marqué les années 1980 et le début de la décennie 1990. D’une part, les relations que le Vietnam entretient avec l’extérieur se sont diversifiées et élargies, notamment avec la France, et, d’autre part, les Français qui s’intéressent au Vietnam, en particulier dans les nouvelles générations, le font avec d’autres parallaxes et suivant d’autres motivations. La situation a changé et l’AAFV devait changer, elle aussi.

2- Qu’avons nous fait en ce sens depuis le congrès ?

** S’agissant du troisième axe, faire mieux connaître le Vietnam, on apprécie généralement la qualité de notre revue « Perspectives » dont la parution est régulière, bien que les effectifs du comité de rédaction soient réduits. Nous disposons désormais de notre site Internet, dont la création a nécessité beaucoup d’efforts et dont la mise en place a induit des dépenses, qui seront moins lourdes à l’avenir. Sa qualité est également reconnue. De cela nous savons gré à Dominique de Miscault et Marie-Hélène Lavallard. Les questions qui se posent portent davantage sur la diffusion de la revue et la fréquentation du site, sur la contribution de nos adhérents et sur la manière dont ils se saisissent de ces instruments pour assurer le rayonnement de l’association.
En dépit des difficultés entraînées par l’attitude de la mairie du XIIIème, le cycle des conférences a pu se poursuivre et avec succès, si l’on prend pour critère la participation. Comme vous le savez, le groupe animé par Anne Hugot-Le Goff travaille désormais en étroite coopération avec l’UGVF et le CID Vietnam, pour la programmation et l’organisation des conférences. A noter celle organisée à Arcueil à l’occasion du Têt, en relation avec l’UGVF et les services de la municipalité. Il conviendrait sans doute de multiplier ce genre d’activité, en commençant par les municipalités qui ont tissé des liens avec le Vietnam. Il n’en reste pas moins que cet effort est circonscrit à la région parisienne et que le cercle des conférenciers ne pourra s’élargir que si l’association, dans son ensemble, va à la rencontre des chercheurs, scientifiques, techniciens et entrepreneurs travaillant sur le Vietnam, au Vietnam et avec le Vietnam. Ce que nous avons fait à ce propos n’a pas été assez systématique.
Il faut reconnaître la lenteur si l’on peut dire naturelle des choses, dès lors que notre action se fait en partenariat avec d’autres instances ou engage des personnes extérieures à l’association. Ainsi, cela fait des mois que j’ai écrit au président du Conseil régional Rhône-Alpes, que celui-ci s’est dit intéressé par notre projet de « journée Vietnam » tournée vers les entreprises publiques et privées, mais ce n’est que dans les prochains jours qu’une première rencontre de travail aura lieu. De même, près de cinq mois auront été nécessaires pour que le maire du XIème arrondissement réponde, de façon d’ailleurs ouverte, à ma lettre lui demandant s’il lui était possible d’accueillir nos conférences.

** En définitive, c’est le volet solidarité qui est le plus satisfaisant. On ne peut que se féliciter des projets menés sous l’impulsion d’Alain Dussarps, en partenariat avec la Croix rouge vietnamienne, tant pour leur pertinence sociale que pour leur réalisation totale. Ce qui est également appréciable, c’est la mobilisation des comités locaux autour de ces projets et les prolongements qu’ils leurs donnent à travers les voyages solidaires. Par contre, on ne peut pas dire que cela mobilise l’ensemble des adhérents, ceux que nous appelons « du siège » ni, pour l’instant, ceux de l’Ile de France.
La solidarité humaine et politique, c’est aussi ce que nous faisons pour les victimes de l’Agent orange dont Marie-Hélène Lavallard et Jacques Maître ont assuré la conduite toutes ces dernières années. Cela occupe beaucoup du temps de notre BN. Certains diront trop. Rappelons ce qui a été fait au cours de l’année écoulée : édition au Vietnam d’une traduction anglaise de notre livre et d’un volume contenant les traductions anglaise et vietnamienne. Par ailleurs, une traduction italienne est parue et une traduction partielle est en cours en Suède. Participation, en décembre dernier, au 2ème congrès de la VAVA. En février, nous avons monté une conférence publique à Montreuil, sous le titre « De l’Agent orange aux OGM, Monsanto toujours ! », laquelle a été un véritable succès : intérêt de la réunion, affluence, présence d’un public varié et différent de notre public habituel. Cette initiative est reproductible, rappelons le, et tout devrait être fait pour qu’il en soit ainsi.
Nous avons participé depuis décembre dernier au comité de mise en place du tribunal international d’opinion organisé par l’Association internationale des juristes démocrates et de sa filiale française, Droit et solidarité. Ce tribunal s’est réuni le mois dernier à Paris, pendant deux jours. L’intérêt intrinsèque des séances est indéniable, mais force est de remarquer que les médias, qui avaient été pourtant contactés, ont brillé par leur absence. La question qui est posée est de savoir ce qui doit et peut être fait, maintenant que la Cour suprême des Etats-Unis a décidé de ne pas ouvrir la requête de la VAVA. Cette question, les Vietnamiens se la posent et nous ont demandé notre opinion. Il nous faut y répondre.

** Le troisième volet a été négligé depuis longtemps. Nous ne savons pas et n’avons pas cherché à savoir où en étaient les relations franco-vietnamiennes, sur le plan gouvernemental, sur celui des entreprises et sur celui de la coopération culturelle et universitaire. Du même coup, nous nous sommes coupés de nombreux acteurs engagés concrètement et, on peut le penser, durablement dans la relation bilatérale. Deux bémols cependant. Primo, Paul Fromonteil a présenté à notre CN un état de la coopération décentralisée qui laisse apparaître des espaces pour l’action de l’AAFV, mais il faudra qu’à la rentrée prochaine nous prenions cette question à bras le corps. Secundo, l’association a publié un communiqué s’insurgeant contre la réduction dramatique des crédits accordés par le gouvernement français à la coopération culturelle en général et à celle avec le Vietnam en particulier. Mais cela s’est arrêté là. Nous pouvons espérer que les rencontres prochaines avec les groupes parlementaires d’amitié avec le Vietnam seront utiles.

3- En bref, nous ne sommes pas restés les pieds dans le même sabot, mais nous sommes encore loin des objectifs que nous nous étions fixés lors du XIIème congrès, d’une manière, il faut dire, très générale et sans objectifs un tant soit peu précis.

** Nous ne sommes pas encore parvenus à insuffler du sang neuf. Les effectifs se sont stabilisés, après l’érosion de la première décade de ce siècle, mais nous n’avons pas remonté la pente. Cela passe d’abord par la création de nouveaux comités locaux, car ce sont eux, à condition de disposer d’un collectif d’animateurs, qui enracinent l’association et en assurent la pérennité. A eux seuls, les deux comités de Gard-Cévennes et de Montpellier-Hérault regroupent les 2/5 de nos membres. Deux comités locaux se sont créés très récemment, le comité Marseille-Provence et le comité de Choisy-le Roi. C’est sans doute à travers des comités de ville ou de groupements de villes que nous pourront mobiliser nos adhérents de l’Ile de France et élargir nos rangs, ce qui ne remet cependant pas en cause l’existence du comité Ile de France qui est à la recherche de son assise. Cela passe également par une ouverture déterminée et organisée de l’AAFV vers les acteurs de la coopération franco-vietnamienne - chercheurs, universitaires, médecins et ONG – sans cependant abandonner ce qui fait l’originalité de notre association, à savoir le nombre élevé de salariés parmi ses membres. Il ne saurait être question de faire de l’AAFV un cercle d’experts. Rappelons cependant que notre association – et le Comité de coopération scientifique et technique avec le Vietnam – a, pendant des décennies, regroupé de nombreux intellectuels et la plupart des chercheurs français s’intéressant au Vietnam. Cela passe enfin par un effort pour nous tourner vers les jeunes. L’action en faveur des victimes de l’Agent orange doit par exemple s’adresser aux étudiants, en relation notamment avec l’Union des étudiants vietnamiens en France, association créée en 2004 qui dispose de plusieurs comités régionaux et peut s’appuyer sur les 5.000 étudiants vietnamiens présents actuellement en France.

** On le voit bien, il nous faut réfléchir à nos méthodes et à notre style de travail. En premier lieu, ce qui nous manque, c’est un ou deux objectifs réellement mobilisateurs, c’est à dire susceptibles de mobiliser nos comités locaux, mais également les adhérents du siège et ceux de l’Ile de France. A mon sens, cela ne peut être réalisé qu’autour de la solidarité. En deuxième lieu, il nous faut des calendriers de travail sur une année et non pas uniquement, comme c’est souvent le cas pour les instances nationales, échéance après échéance, ce qui revient à nous orienter à la godille. Mais, au BN, nous ne savons pas quels sont les plans de travail des comités locaux, ni même à quels moments leurs animateurs sont disponibles ou indisponibles. Non point que nous voulions les contrôler ou leur imposer quelque décision que ce soit, mais il me paraît évident que ce style de travail conduit à fractionner notre activité. Dans les faits, les seuls liens se font par la trésorerie et par la revue. Ce sont des liens fonctionnels, non pas des liens programmatiques. Nous pourrions peut-être former des groupes de travail thématiques regroupant des membres de l’Ile de France et des membres des comités locaux, voire des adhérents isolés, les moyens de communication modernes permettant de travailler ensemble sans qu’il soit indispensable de se rencontrer physiquement à chaque fois. Par exemple : Agent orange, coopération décentralisée, connaissance du Vietnam. Certains de nos projets pour 2010 qui se montent à Paris, par exemple concernant le festival de Hué ou le millénaire de Hanoi, devraient associer des adhérents vivant « en région ». Enfin, je ne sais personnellement pas ce que les comités locaux, pour ne pas parler des membres isolés, attendent de l’association ou, tout simplement comment ils conçoivent le travail de l’association. D’ailleurs, depuis le dernier congrès, si nous avons régulièrement réuni nos instances nationales ( nous avons même organisé le déjeuner annuel avec les membres du comité d’honneur qui ne se pratiquait plus depuis quelques années), la participation des adhérents vivant en région a été limitée, exception faite du comité Gard-Cévennes.
** Il me paraît impératif de trouver des réponses à ces questions. La situation financière de notre association est en effet préoccupante. Bien que notre train de vie soit modeste, nous sommes confrontés à des coûts fixes associés à des postes sans lesquels il ne saurait y avoir d’association : location des locaux du siège, salaire et charges sociales de la secrétaire, impression et routage de la revue. Quelques économies peuvent être faites, notamment en simplifiant les procédures dans toute la mesure du possible et en recourant autant que faire se peut à l’électronique plutôt qu’aux envois postaux. Mais cela ne représente que 2 ou 3.000 euros au maximum. Or, l’érosion, si je puis dire démographique, du nombre des adhérents et la stabilité du montant des cotisations font que les rentrées n’équilibrent pas les dépenses. Nous sommes conduits depuis plusieurs années à puiser dans des réserves que nous ne renouvelons pas. A ce rythme, nous n’avons plus que deux années de vie. De cela nous allons parler après le rapport financier de notre trésorier et l’exposé des budgets prévisionnels 2009 et 2010. J’espère que notre assemblée générale sera féconde. Si il y a une chose dont vous devez être convaincus, c’est que je n’ai pas été élue avec toute notre équipe du CN et du BN pour assister à l’amenuisement de notre association, mais pour la développer en l’adaptant à la situation actuelle, avec la jeunesse en particulier. J’ai confiance en vous toutes et tous.