Rencontrer Georges Condominas, une fin d’après-midi de cet hiver printanier - (...)

Dernier ajout : 8 août 2008.

Georges CondominasRencontrer Georges Condominas, une fin d’après-midi de cet hiver printanier !

On peut côtoyer certaines personnes depuis plusieurs années sans se poser la question de leurs origines car leur image d’aujourd’hui a largement pris le dessus sur tout le reste, c’est le cas de Condo.
Voici une partie de l’échange que j’ai eu avec Condo puisque c’est ainsi qu’il se nomme, mais je dois mentionner qu’il n’en n’a pas toujours été ainsi au cours de sa vie.

« Vous autres métisses, vous ne pouvez rien faire, vous avez le cul entre deux chaises », ce à quoi Georges Condominas a toujours répliqué en en faisant sa devise : » non nous avons le cul sur deux chaises, ce qui est un grand avantage ».

Condo est né le 29 juin 1921 à Haiphong, bâtard d’un père français, capo chef et athée et d’une mère métisse, taoïste (portugo-sinovietnamienne). Elle était l’une des huit enfants de l’un des trois frères (deux d’entre eux ont eu 8 enfants et le troisième après le décès prématuré de ses deux frères a du éduquer les dix neuf enfants), « gosses d’aristo », qui avaient été chassés de Macao. Ils ne « foutaient » rien et finalement se sont résolus à chasser l’aigrette. Elle était très vietnamienne ; la petite vendeuse du port de Haiphong et les parents de Georges ont été forcés de se marier à la faveur de la mutation suivante, en quittant l’Indochine.
Georges Condominas a passé son enfance entre la France, la Tunisie et de retour en Indochine en 1939, voulant avec sa mère retrouver le berceau de la famille les cousins et neveux le voyant arriver se sont enfuis comme une volée de moineaux ! « A ce moment, seulement, je me suis rendu compte que les métisses étaient des marginaux ». Ce fut la première prise de conscience du jeune homme maladivement timide et qui se trouvait fort laid du problème soulevé par les eurasiens ! Durant la traversée en bateau, une jeune femme avait bien essayé d’attirer l’eurasien dans ses filets, mais en vain malgré les propos provocateurs concernant les mères de métisses annamites ou tonkinoises !
A cette époque, Georges Condominas pensait être peintre, il entreprit des études aux Beaux-arts de Hanoi, mais cela n’étant pas considéré comme un vrai métier son parcours pris d’autres voies : il devint matelot dans les bureaux de la 2ème DB mais surtout curieux des hommes et de leur coutumes il devint au fil des années l’ethnologue que nous connaissons bien.
Quelques années plus tard, avec un ami martiniquais « horrible colonialiste mais très intelligent », ils ont entrepris de faire l’inventaire des grands métisses : du côté des afro - antillais le nombre était respectable mais en ce qui concerne l’Asie, Condo a eu du mal à en trouver !

Georges Condominas a tenu à rappeler la mémoire d’un grand militaire français Colonel Auguste Bonifacy, lui-même marié à une vietnamienne qui a réussi à faire reconnaître les enfants métisses abandonnés, le général Schneider rencontrant le petit fils d’A. Bonifacy s’est rappelé avec émotion qu’il devait simplement la vie à ce Colonel courageux.

Condo n’a pas souffert de son métissage au contraire ce fut un aiguillon, c’est la francophonie qui l’intéresse. Il n’a pas appris le vietnamien, par contre il connaît deux langues de minorités dont le Mnong Gar… DdM
 [1]

Notes

[1Des amis ont eu d’autres trajectoires, c’est le cas de Philippe Franchini qui parle du métissage dans « Continental Saigon »
Livre broché, 17,00 € 287 pages 220 mm x 140 mm x 19 mm
Ou dans un roman de Kim Lefèvre, intitulé « La Métisse blanche » qui raconte
l’histoire tragique malgré sa fin joyeuse de l’auteur elle-même, une métisse, jusqu’a l’âge de 25 ans dans la société indigène - l’Indochine.