Sceau du roi d’Annam

Dernier ajout : 6 janvier 2011.

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Sceau du roi d’Annam

Empreinte du sceau du roi d’Annam

Stanislas Meunier. "Sceau en météorite du roi d’Annam." Nature (Paris), 1888 : Seizième année, premier semestre, p. 32.

SCEAU EN MÉTÉORITE
La substance des météorites est une matière peu commune qui a rarement été travaillée pour la confection d’objets d’art : nous allons indiquer dans quelles circonstances le cachet que nous représentons ci-dessus a été confectionné.

Le résultat le plus net de notre intervention au Tonkin a été de faire passer sous notre suzeraineté le royaume d’Annam jusque-là inféodé à la Chine. Un intrépide voyageur que sa profonde érudition avait de longue date préparé à l’étude de l’extrême Orient, M. Pène-Siefert, ayant passé huit mois dans l’intimité de Dong-Khan, reconnut la nécessité pour nous de prendre, vis-à-vis de ce dernier, exactement la situation occupée jusqu’alors par l’Empire chinois. Il exposa ses vues à M. Flourens, Ministre des affaires étrangères, qu’il décida à envoyer au roi, suivant la tradition, et comme signe de son investiture, un sceau dont le souverain revêtirait à l’avenir ses communications officielles. Nos lecteurs ont sous les yeux la représentation exactement donnée par la photographie de l’empreinte du sceau. On y voit le chiffre du roi, tel que M. Pène-Siefert a pu le fournir d’après une lettre à lui adressée, et en exergue une formule d’envoi.

Mais pour que le sceau fût digne à la fois de la République française et du royaume d’Annam, il fallait le tailler dans une substance suffisamment précieuse, pour en faire un objet exceptionnel. On voulut bien me demander mon avis à cet égard, et il me parut qu’à un « fils du Ciel », comme s’intitule Dong-Khan, il convenait d’offrir un joyau venant du ciel. C’est donc dans la substance d’un météorite que j’ai proposai de tailler le cachet.

Il faut savoir que parmi les météorites se rencontrent plusieurs roches susceptibles du plus beau poli, et que les granules météoriques qui y sont disséminés parmi des minéraux cristallins produisent un effet des plus agréables.

Mon idée, soumise à M. Kaempfen, alors directeur des Beaux-Arts, reçut son entière approbation. Ce n’était pas la première fois qu’une masse tombée des espaces extra-terrestres, recevrait une application artistique et utilitaire. On sait que le seul objet de fer trouvé, par M. Schliemann, dans les ruines de l’antique Troie, est un poignard en métal météorique. Tout le monde connaît l’épée forgée en 1620 dans la substance céleste pour D’Gehan-Guir, empereur du Mogol ; et Boussingault racontait comment Bolivar réservait pour les cérémonies une arme analogue, cependant plus diplomatique, suivant lui, que guerrière.

Je fus chargé de trouver la matière première nécessaire au travail, et la chose présentait plus de difficultés qu’on aurait cru tout d’abord. Après de nombreuses tentatives en France et à l’étranger, c’est chez un marchand de minéraux de Vienne en Autriche, que fut enfin rencontré, au prix de 400 francs, un bel échantillon provenant de la chute qui eut lieu le 30 janvier 1868 à Pultusk, en Pologne, n’ayant pas de fissures, et présentant un volume et une forme favorables. On voit par la figure jointe à cet article, l’aspect qu’on lui a donné : à sa partie inférieure la pierre enchâssée dans un disque ovale en or massif, où la signature royale a été gravée...

STANISLAS MEUNIER

Stanislas Meunier. Les pierres tombées du ciel, H. Gautier (Paris), 1938, p.4-6.

Les météorites sont souvent de très belles roches et, n’était leur prix, on en ferait souvent des objets d’ornement comme des épingles de cravate ou des boutons de manchette. Ce ne serait d’ailleurs que retourner à un usage fort antique, et le professeur Putnam a dessiné des pendants d’oreilles faits en météorites qui ont été découverts dans un tertre préhistorique dans le comté de Carroll aux Etats-Unis.

Lorsque, en 1888, il fut nécessaire de régler nos relations diplomatiques avec l’empire d’Annam, le gouvernement adressa au jeune roi Dong-Khanh, qui régnait alors, un sceau devant servir à estampiller ses communications officielles. Sur l’avis qu’on voulut bien me demander, M. Flourens, qui était alors ministre des Affaires Etrangères, choisit une météorite comme matière première de ce cadeau destiné à un « fils du ciel ». Je trouvai à faire à Vienne, pour la somme de 400 francs, l’achat d’un bel échantillon de la chute de météorites qui eut lieu le 30 janvier 1868 à Pultusk, en Pologne, n’ayant pas de fissures et présentant un volume et une forme favorables. C’est une roche susceptible d’un très beau poli dans laquelle des granules métalliques disséminés parmi les minéraux cristallins produisent un effet des plus agréables. On a donné au fragment la forme d’une spirale élégante ; la partie inférieure est enchâssée dans un disque ovale en or massif sur lequel est gravé le chiffre du roi avec la légende en exergue :
Le gouvernement de la République Française à S. M. Dong-Khanh, roi d’Annam.

A la réception de ce bijou, le monarque asiatique, désireux de marquer, d’une façon solennelle et publique, quel prix son esprit attachait au cadeau, adressa à ses sujets un édit dont on lira avec intérêt l’extrait que voici :

« Notre royaume s’était, dans le temps, allié avec la France par des relations et des traités qui existent encore : les liens d’amitiés ayant été interrompus par suite d’évènements malheureux, le grand Empereur de France (sic) les a fait renouer en désignant ses hauts représentants pour nous élever, de concert avec nos grands mandarins, à la succession de ce grand pouvoir et pour mettre à exécution le traité, après avoir échangé les ratifications. Telle est sa fidélité sincère et constante de notre amitié. Seulement, notre domaine étant éloigné de son empire (sic) par les espaces des océans, il nous restait une inquiétude, c’était de n’avoir aucun signe pour faire foi dans nos communications avec lui.
Aujourd’hui, son représentant, M. Hector, résidant dans notre capitale, m’a remis de sa part un sceau royal, confectionné avec une pierre précieuse extraie d’un météore céleste, qu’on a taillé pour en retirer cette belle matière. Ce cadeau est donc une chose fort rare, d’autant plus que ce n’est que par une opération délicate qu’on a pu obtenir d’une pierre grossière un bijou si joli.
Il faut donc que tous se conforment à ces relations et servent la patrie avec la même sincérité et fidélité, de façon que, les relations d’amitié étant facilitées de part et d’autres, les liens d’alliances deviennent encore plus serrés et que la paix et le bonheur règnent à jamais entre le deux nations.
Que nos sujets sachent cette affaire et s’y conforment tous.
Donné en notre pli impérial, le 1er mai de la troisième année de notre règne.
Signé : DONG-KHANH. »

STANISLAS MEUNIER