Un entretien avec LÊ Ylinh

Dernier ajout : 27 janvier 2009.

Un entretien avec LÊ Ylinh, Directrice de
« NostalAsie – NostaLatina, le véritable voyage sur mesure ».



Anne Hugot Le Goff intérroge Ylinh
- Un constat : les voyageurs qui reviennent actuellement du VietNam sont souvent un peu déçus. Ils n’ont pas forcément envie d’y retourner

Ylinh - Il faut relativiser certains aspects de ce constat : nous sommes un tour-opérateur assez spécifique, le Vietnam est pour nous une des destination sur l’Asie et l’Amérique Latine, nous ne proposons que du voyage sur mesure, donc pas de programme type ni de départ regroupé. Ayant beaucoup discuté avec les clients avant le départ, nous n’avons pas de retour mécontent.

Il n’y a pas de voyages ratés, il y a sûrement des voyageurs mal préparés à leur voyage. Ils prennent un programme proposé pour son prix, parce que les amis y vont, parce qu’ils ont toujours envie d’aller voir comment est ce pays, mais eux-mêmes n’investissent pas assez dans la préparation de leur voyage.

Sur la notion « déception puisqu’on n’y retourne plus » : il y a des touristes qui aiment retourner plusieurs fois au même pays (cela peut être le pays d’Auge !) parce qu’ils aiment bien avoir des repères et être sûrs de les retrouver lors de leur vacances. Il y a tant de types de voyageurs : les globe-trotters, qui ne veulent jamais retourner dans un pays où ils ont déjà été, puisqu’il faut découvrir ce vaste monde dans la courte vie que chacun possède, si on retourne à chaque fois dans un pays où l’on aime, quand pourrait on voir d’autres pays ! A l’exception des grands pays continents qu’on ne peut parcourir en une seule fois. Et ceux qui tombent amoureux d’un pays et trouvent d’autres raison d’y aller, au delà du tourisme tout court. Et les plaques tournantes faciles d’accès : Bangkok. Beaucoup de compagnies aériennes, billets pas trop chers, la vie sur place facile et agréable, proximité pour les prolongations sur d’autres destinations en Asie du Sud Est, pas de visa, etc…. C’est peut être le seul pays en Asie qui offre tant de facilités logistiques aux voyageurs.

Certains de nos clients retournent au VN pour la dixième fois. Certes, il n’y a pas beaucoup de vestiges historiques ou culturels au VN, mais quelqu’un qui retourne en Egypte ou en Chine, ce n’est pas pour revisiter un temple particulier mais pour découvrir d’autres vestiges. Le VN est attachant, encore faut-il savoir découvrir son charme. Le charme du VN, comme de beaucoup d’autres pays, réside dans la façon dont on le découvre. Si l’on arrive humblement en pensant qu’on est l’intrus et qu’on est ouvert à découvrir la culture du pays d’hôtes, je me répète, ce n’est pas possible qu’on en revienne déçu. On est déçu devant quelque chose lorsqu’on part avec certaines idées reçues, n’est ce pas ?

AHLG - L’irruption du capitalisme au VN modifie-t-elle les relations avec les touristes ?

Ylinh -Sûrement. Les moyens de communication vont vite, les vietnamiens apprennent très vite. Pourquoi ne dit on pas qu’avant que les vietnamiens apprennent à facturer correctement les touristes comme la majorité des autres peuples dans le monde le font, c’étaient les touristes qui profitaient des vietnamiens ? Dépenser 1500 – 3000 € pour un voyage, tout en voulant acheter des billets de train à 10 USD, dormir dans les beaux hôtels (certes pas rénovés à l’époque) pour 15 USD, manger un bon pho dans la rue pour 25 cts, et set révolter de devoir payer son train 50 USD par rapport à un vietnamien qui le paie 10 USD (oh la fameuse tarification pour étrangers tant décriée) : ce n’est pas un raisonnement décent. A l’époque, on descendait au désuet Thông Nhât avec chambre coloniale très haut plafond pour 25 USD, maintenant la chambre est devenue la suite, gérée par Sofitel, est se vend à partir de 300 USD. Soyons clairs : le poste le plus cher pour aller au Vietnam reste le billet d’avion international. Et là, ce n’est vraiment pas le peuple vietnamien qui en tire profit. Puis, l’hôtellerie, et là, c’est rare qu’on puisse avoir une gamme large de choix, mais il y a tout de même le choix. Le plus haut de gamme est géré par des consortiums étrangers avec des marges vertigineuses, le montant de facturation est imposé, personne ne dit mot, et on gueule lorsque la petite vendeuse de nappes brodées à la main dans la rue nous gruge de 3 USD !

Les touristes vietnamiens voyageant dans leur pays se font aussi rouler, mais voyons sur le montant, c’est parfois ridicule. C’est une loi normale du commerce dans tous les pays où il n’y a pas de réglementation, et encore dans les pays où il y en a une, c’est normal que les axes plus « touristiques » facturent plus cher aux passants que les magasins ou marchés pour autochtones, ceci est universel et non pas spécifique au Vietnam.

AHLG - Ou en est l’hôtellerie ? y a-t-il un développement de cette hôtellerie intermédiaire (entre le palace et la gargote) qui manque tant au VN ?

Ylinh - Beaucoup d’hôtels se sont ouverts. Mais il y a une pénurie certaine, puisque l’européen, et encore moins le français n’est pas l’unique client. A l’ouverture du pays, le français est venu en masse, par nostalgie, par la proximité (supposée) de culture historique. Maintenant nous laissons la place à tous nos voisins européens, outre-Atlantique et surtout Asiatiques qui découvrent le pays en tant qu’une destination touristique et non pas le pays colonisé qu’on redécouvre avec mélancolie. L’offre n’est pas à la hauteur de la demande, donc c’est une loi de marché qui domine et non plus la place du contact humain. C’est profondément dommage et choquant pour certaines âmes sensibles et nostalgiques mais c’est comme ça. Le regretter ne sert à rien !

AHLG - Que demandent les gens qui viennent vous voir ? Un pays de plus à ajouter sur leur liste de voyages, ou attendent-ils quelque chose de plus ? Que connaissent-ils ? que veulent-ils voir ? Hanoi, Halong, le delta du Mekong, ou bien est-il possible d’aller dans des coins plus reculés au détriment du confort ? Personnellement, proposez vous ces directions plus reculées, comme les hauts plateaux du nord ou du centre, la visite des ethnies, les parcs naturels, ou bien pensez vous que c’est trop complique et trop rustique pour y emmener des touristes ?

Ylinh - Ils demandent des classiques, bien sûr. Et c’est à nous de leur dire qu’il leur faut prendre du temps, se balader dans les villes, discuter avec des gens dans la rue, bref, voir et vivre autres choses que le circuit classique. Férus du tourisme hors masse, nous essayons toujours de les sortir de l’ordinaire. S’ils veulent voir les choses les plus connues, c’est à nous de leur proposer des terrains inexplorés. Tout ceux qui ont suivi nos conseils sont revenus enchantés

Nous avons été les premiers à proposer depuis 1996 – 1998, lorsque nos confrères en étaient à la baie d’Halong et le trio Nord Centre Sud, des sites comme la grotte de Phong Nha, Cuc Phuong, les pagodes aux alentours de Hanoi… toujours à l’affût des idées insolites. Je ne peux pas concevoir mon métier d’agent de voyage autrement qu’en découvrant par moi-même les nouveautés grâce à la conception d’itinéraire pour nos clients. Pour nous, la moyenne d’un voyage est de 3 semaines. Ceux qui partent pour un mois ne sont pas rares.

AHLG - Proposez vous des séjours purement balnéaires (Nha Trang) et croyez vous à l’avenir du développement de ce tourisme balnéaire (tant de côtes, et si peu de resorts –heureusement d’une certaine façon, si c’est pour défigurer la côte comme à Halong…). La côte sud (Ha Tien) est sublime… et déserte.

Ylinh - J’en avais proposé, d’ailleurs dès le début, Nhatrang et île de la Baleine pour la plongée, par exemple. Mais très vite le conseil que je donne à mes clients est : le pays est tellement fabuleux qu’il est dommage de n’y aller que pour le balnéaire. Deux jours au milieu d’un périple est la formule appréciée à l’unanimité.

AHLG - Pensez vous que les autorités ont maintenant pris conscience de la nécessité de développer un tourisme écologique (respectueux de l’environnement)

Ylinh - La question dépasse mes connaissances, mais je veux répondre par une métaphore : la question concerne d’abord les habitants qui sont toujours plus concernés (en bien ou en mal) que les touristes. Comme dans beaucoup d’autres pays, avant les emballages plastiques (signe le plus choquant pour un touriste pour l’image d’un pays), nous avons eu des emballages bio-dégradables – feuilles de bananiers, de lotus, de lataniers etc. Ce n’est pas un souci s’il en reste quelques uns au coin d’un marché… or imaginez lorsque c’est remplacé par les boites en carton et les sacs en plastique…

AHLG- Il y a au VN encore pas mal d’animaux en danger (y compris des tigres à la frontière laotienne !), énormément de plantes, des vestiges archéologiques complètement négligés par les voyagistes (à part les Champa), par exemple qui connaît l’ancienne résidence royale au nord d’Hanoi, à laquelle on peut pourtant accéder d’un coup de moto). Ne pense vous pas qu’il y a des choses à développer de ce côté-là ?

Ylinh - Cela vous semble contradictoire, mais si vous le mettez dans un circuit touristique de masse, cela ne fait que démolir le côté tranquillité ou authenticité du site – plante – animaux – village – ethnie ou tout autre… Je préfère que ces sites intimes soient conseillés par des voyagistes spécialisés pour les clients qui y vont avec respect – nous avons de la chance d’avoir la majorité absolue des nôtres qui le sont, et qui resteront intimes pour se préserver. Je suis conservatrice, allez-vous me dire…

Lé Ylinh questionnée par Anne Hugot- le Goff