Un grand débat

Dernier ajout : 22 juillet 2008.

Le XIIIème congrès de l’Association, qui s’est tenu les 31 mai et 1er juin 2008 à Paris, dans une salle de l’AGECA décorée d’œuvres d’artistes vietnamiens accrochées par notre ami Christian Briard, a été honoré de la présence de l’ambassadeur de la RS du Vietnam en France, S. Exc. M. Le Kinh Tai , ainsi que du Haut représentant de la RS du Vietnam auprès de l’UNESCO, M. VAN Nghia Dung. Dans leurs allocutions, nos hôtes eurent des paroles chaleureuses et encourageantes sur le travail de l’AAFV. Fort appréciée également a été l’intervention de M.Günter Giesenfeld, président de l’Association d’amitié Allemagne –Vietnam dont l’action est tournée vers la connaissance et la diffusion de la culture vietnamienne, littéraire en particulier, pour la simple raison que les relations bilatérales n’ont pas la même densité et complexité historiques que celles établies entre le Vietnam et la France.

Le Comité national sortant avait décidé de ne pas présenter d’emblée un rapport d’orientation, ce qui a permis à la discussion de s’engager immédiatement sur le travail accompli et l’orientation à suivre, discussion libre, approfondie et éminemment constructive, qui se prolongea près de quatre heures. Une contradiction de fait existe entre, d’une part, le développement des relations franco-vietnamiennes, que celles-ci soient officielles (gouvernements, collectivités), économiques (échanges commerciaux, investissements), intellectuelles et scientifiques – lors de son intervention, le président de l’association des étudiants vietnamiens en France a pu indiquer que 4.000 de ses concitoyens étudient actuellement dans l’hexagone -, associatives (rôle des ONG de toutes sortes) et, d’autre part, l’érosion progressive des effectifs de l’AAFV depuis l’année 2000, bien que l’activité des comités locaux ne se soit pas démentie, que l’action engagée à propos des victimes de l’Agent orange puisse être considérée comme exemplaire, qu’un accord unanime se soit dégagé pour se féliciter de la qualité et de la parution régulière de « Perspectives France Vietnam », pour souhaiter vivement la poursuite du cycle de conférences sur le Vietnam. Georges Condominas a notamment insisté sur l’ignorance persistante en France du patrimoine culturel, littéraire notamment, du Vietnam.

Le Vietnam est devenu un pays « normal », au sens où il ne focalise plus les tensions et les antagonismes internationaux, où il peut se consacrer, de façon indépendante, à son développement économique, social et culturel. La paix est un bienfait dont le peuple vietnamien ne se lasse pas et les rencontres entre responsables politiques sont devenues si familières que les médias français ne les évoquent, dans le meilleur des cas, qu’en passant. Ce qui est une erreur, mais force est de le constater. Une association telle que la nôtre ne saurait se complaire dans cette contradiction. En premier lieu, le passé, qui n’est pas si lointain, ne peut être oublié, parce qu’il n’est pas entièrement passé – victimes de l’Agent orange, mais également retards, handicaps et pauvreté légués par l’histoire contemporaine - et qu’il continue à éclairer le présent, comme le prouvent certains des débats politiques qui agitent la France. Ensuite, et le congrès en a beaucoup débattu, on ne saurait réduire le développement d’un pays à la croissance de son PIB, quand bien même celle-ci a été forte depuis presque deux décennies. Le processus est nécessairement long, complexe et contradictoire, d’autant qu’il se déroule dans le cadre de l’actuelle mondialisation. Celle-ci offre des opportunités au Vietnam et lui impose des contraintes. La pauvreté a massivement reculé, selon les rapports de la Banque mondiale, en même temps que se creusent des inégalités territoriales et sociales : par elle-même, la mondialisation des échanges et des investissements n’est pas porteuse du développement social qui, au bout du compte, est le seul objectif pertinent. Aussi le congrès s’est-il félicité des actions de solidarité et le rapport qu’Alain Dussarps avait préparé a-t-il été confirmé et illustré par les comités locaux, qui en sont les animateurs. On notera que l’ambassade de France à Hanoi s’est déclarée intéressée par notre démarche, qui touche directement les populations les plus pauvres et leur permet d’acquérir une certaine autonomie, tout en évitant les pièges possibles du micro-crédit financier.

On ne s’étonnera pas que le congrès ait recherché les voies d’un dépassement de la contradiction : information sur le Vietnam – le site Internet, bientôt disponible, devrait être d’un grand secours -, poursuite de la solidarité avec le Vietnam et de la campagne pour les victimes de l’Agent orange, nécessité de se convaincre qu’aujourd’hui chacun a « son Vietnam », voyageurs jeunes ou chevronnés, chercheurs et enseignants, curieux de la culture vietnamienne, de sa cuisine, de ses traditions et de sa dynamique, responsables de collectivités locales, militants associatifs, entrepreneurs. Dès lors qu’elles sont amicales, ces visions différentes sont légitimes et leurs convergences ne pourraient qu’être bénéfiques. Tout en cherchant à amplifier son action propre, la raison d’être de l’AAFV l’incite à oeuvrer à de telles convergences, sans exclusive ni volonté hégémonique. En « changeant » de la sorte, elle pourrait attirer à elle ceux des nouveaux amis du Vietnam qui accepteraient de porter leur intérêt pour ce pays à un plus haut point d’exigence.