Un lien établi entre pesticides et cancer

Dernier ajout : 28 décembre 2011.

Un lien établi entre pesticides et cancer

On sait la catastrophe humanitaire que fut la guerre américaine au Vietnam. 35 ans après la fin de la guerre, l’Agent orange tue encore. Le gouvernement américain et les entreprises américaines n’ont toujours pas indemnisé les victimes vietnamiennes. Pour cela ils arguent qu’il n’y aurait pas de preuves scientifiques de l’effet des pesticides sur les êtres humains, seulement des corrélations. Des travaux récents constituent un point d’appui pour qu’enfin justice soit rendue aux victimes des crimes de guerre américains.

L’équipe lauréate du Prix La Recherche en 2009 a montré comment les pesticides agissent sur le système immunitaire, faisant naître des globules blancs protégés de la mort cellulaire et susceptibles de devenir cancéreux (1).

Les études épidémiologiques sont délicates à interpréter. Il faut donc comprendre l’effet biologique des pesticides sur l’organisme, ce que l’équipe lauréate a entrepris de faire, suivant 128 agriculteurs pendant dix ans. Elle a montré que les agriculteurs exposés à certains pesticides présentent selon toute vraisemblance un risque plus élevé de développer un lymphome, cancer du système immunitaire. En effet, cette catégorie professionnelle présente fréquemment une altération chromosomique connue pour être une première étape vers la cancérisation de cellules lymphocytaires. Chez la plupart des gens, l’anomalie en cause est présente dans moins d’une cellule sur un million. Les chercheurs marseillais ont montré qu’elle était jusqu’à mille fois plus fréquente chez les agriculteurs exposés aux pesticides. De plus, l’analyse précise de leurs cellules altérées montre, et c’est une première, que certaines d’entre elles ont déjà les caractéristiques du lymphome et pourraient ainsi constituer de réels précurseurs tumoraux.

Mais l’anomalie chromosomique en cause est une condition nécessaire mais pas suffisante au développement du lymphome. D’autres altérations génétiques doivent se produire pour engendrer, à partir des cellules qui refusent de mourir, des cellules cancéreuses. Le sang des agriculteurs exposés aux pesticides présente un grand nombre de lymphocytes ayant une survie prolongée. Et cette longue durée de vie augmente les risques qu’ils subissent une ou plusieurs altérations génétiques supplémentaires, leur conférant par exemple la capacité à se multiplier indéfiniment, l’autre grande caractéristique des cellules cancéreuses.

Il reste à quantifier ce risque. Existe-t-il un moyen simple de distinguer parmi les lymphocytes incriminés ceux qui évolueront en tumeur de ceux qui ne le feront pas ? Le processus de cancérisation peut prendre plus de vingt ans. Il faut trouver le moyen de prédire à quel moment un individu « sain » devient un « patient ».

Jean-Pierre Archambault
Secrétaire général de l’AAFV

D’après article La Recherche n°436, décembre 2009
(1) Equipe lauréate : Sandrine Roulland (porte-parole), Bertrand Nadel (directeur d’équipe, Jean-Marc Navarro ; centre d’immunologie de Marseille-Luminy – Inserm-U631, CNRS-UMR6102