Un niveau d’instruction et un bon métier contre la pauvreté

Dernier ajout : 25 novembre 2010.

UN BON NIVEAU D’INSTRUCTION ET UN BON MÉTIER POUR ENRAYER DURABLEMENT LA PAUVRETÉ-LA FAIM DANS LES VILLAGES LES PLUS PAUVRES


article de Hoang Thi Phuong

- Le Vietnam reste principalement agricole. Jusqu’à 75% de la population vit à la campagne. Les techniques culturales demeurent pratiquement inchangées. Nous avons vécu 2 guerres de libération, prolongées sur 30 ans, 2 guerres dures, contre des antagonistes les plus puissants. Nous avons passé ensuite une dizaine d’années à tâtonner à la recherche d’une voie plus juste, plus adaptée qui nous permettrait à la fois d’édifier la prospérité du pays et de maintenir, consolider l’indépendance, la liberté, la démocratie du pays.
- Pendant ce temps, le monde entier, après la seconde guerre mondiale, a su profiter des avancées prodigieuses de la science, de la technique pour se transformer, progresser à pas de géant. Beaucoup de pays sont devenues de grandes puissances. L’économie mondiale, tout comme toutes les activités humaines se sont mondialisées, dans une intégration globale, s’influençant de plus en plus, la concurrence s’est intensifiée fortement, elle s’est imposée, voire se détruisant entre elles.

La position de pays à revenu moyen et les dettes qu’il est obligatoire de rembourser.

Début 2009, nous sommes arrivés à nous défaire de la dénomination de « nation très pauvre » pour endosser celui de pays à revenu moyen – revenu de 1000 à en dessous de 10000 dollars US/habitant/an -, ceux justifiant un revenu moyen supérieur à 10.000 dollars entreront dans le club des pays riches, jusqu’ici limité à une trentaine de pays sur un total de plus de 200 nations dans le monde.

- Bien qu’identifié comme pays à revenu moyen, la position du Vietnam reste précaire.
De nombreux programmes de pays pauvre demeurent inachevés :
• La réduction de la pauvreté pour les paysans, les minorités ethniques reste importante,
• La qualité de l’éducation-la formation et des services sanitaires laisse à désirer
• L’accès à l’eau potable et aux ouvrages hygiéniques est encore limité ;

Des goulots d’étranglement attendent des solutions :
• Les infrastructures de base sont à la fois insuffisantes et non à la hauteur,
• La qualité des ressources humaines est bien en dessous des normes requises,
• Les institutions économiques sont à la fois insuffisantes et inappropriées, ce qui empêche d’utiliser les ressources avec efficacité, voire freine le développement.
Par ailleurs, les experts économiques mondiaux nous lancent des alertes : sans des politiques appropriées pour se développer fortement, durablement, l’économie vietnamienne tombera à coup sûr dans le piège des pays à revenu moyen. Ce qui signifie que nous tournerons autour du revenu moyen, des décennies durant, comme beaucoup de nos voisins, sans arriver à modifier le classement.

- Éradiquer la pauvreté, la faim : il faut y parvenir à tout prix
Dans les programmes non encore achevés de pays pauvre, il en est un auquel il faut accorder une attention particulière : l’éradication de la pauvreté, de la faim. Dans cette intervention, nous ne développons que ce thème. Pourquoi ?
Simplement, parce que :
- La pauvreté engendre l’ignorance, quand on est pauvre et ignorant, on pense peu à investir dans les études en prévision de l’avenir. L’ignorance amène facilement à des comportements source de bien des problèmes. Elle entraîne le manque de confiance en soi, d’où difficulté à se dépasser pour sortir de sa situation, de son état.
- Les pauvres ont tendance à faire beaucoup d’enfants : difficultés à bien les élever, à leur donner de bonnes études. Donc peu de chance d’avoir un bon métier, à être créatif, on reste coincé dans la misère, sans issue.
- Pour survivre, on est amené à détruire la forêt pour de nouvelles terres de culture ou on cherche d’autres moyens pour s’en sortir qui plus ou moins vont à l’encontre du développement durable, la nature est toujours plus exploitée, ce qui crée des oppositions d’intérêts, entre la nature et l’homme.

- De nos jours, le climat devient de plus en plus dur, des sécheresses se multiplient, il y a beaucoup plus d’inondations, de tempêtes.
Pendant la première quinzaine du mois d’octobre dernier, notre pays entier a suivi avec douleur nos compatriotes des provinces septentrionales du Centre ballotés dans deux très fortes inondations qui se sont succédées l’une jute après l’autre. Ensuite vint le tour des provinces du sud du Centre, celles-là mêmes qui ont subi les furies des inondations de l’année précédente. Beaucoup de nos compatriotes ont travaillé, économisé des années durant pour avoir de quoi couvrir leurs besoins primaires, sans plus. Mais les deux inondations à la file leur ont tout pris, il ne leur reste que les vêtements portés sur eux. Devant le sol de leur maison emportée par les eaux, comment vont-ils faire pour survivre ?

Sur la base du nouveau seuil vietnamien de pauvreté – 3 600 000 VN dong/habitant/an à la campagne et 4 800 000 VNdong/habitant/an à la ville, le Vietnam compte aujourd’hui 27 000 000 de pauvres pour une population totale de 86 000 000. Il y a ainsi un pauvre pour 3,18 Vietnamiens, avec un seuil de pauvreté inférieur au seuil mondial.

Avec près d’un tiers de la population en situation précaire, parmi les tâches urgentes pour consolider la position de pays à revenu moyen, l’améliorer fortement afin d’éviter le piège du revenu moyen, travailler pour devenir un pays riche dans 2, 3 décennies, dans le contexte d’une mondialisation de plus en plus poussée, avec la menace directe du changement climatique mondial, parmi les goulots d’étranglement, les programmes non achevés de pays pauvre, la lutte contre la pauvreté, la faim doit être au premier rang, dans l’étape nouvelle. C’est incontournable. Pour différentes raisons :

-  Pour réussir le passage de pays très pauvre à pays à revenu moyen, en 20 ans, nous avons attribué prioritairement nos maigres ressources aux zones urbaines, aux projets de développement industriel aux dépens de la campagne, des régions éloignées. Il faut maintenant mieux répartir les ressources ;

-  Notre peuple lutte pour une vie décente, prospère pour tous, d’où hors de question qu’un tiers de ce peuple vive dans l’indigence, la faim ; il s’agit de la fraternité entre compatriotes, de problème de conscience, de devoir ;

-  Par-dessus le marché, notons que dans les exploits émérites de ce peuple il y a la contribution énorme, sinon décisive des paysans, aussi cette bataille contre la faim, la pauvreté représente-t-elle une dette de la nation entière envers une partie importante de sa population ;

- Et puis, si on regarde plus globalement, la PAUVRETÉ EST UNE BOMBE capable de détruire la stabilité d’une société, c’est là le maillon le plus ténu qui peut anéantir l’équilibre encore faible de la position toute récente de pays à revenu moyen. Égoïstement parlant, LES AIDER À SORTIR DE LA PAUVRETÉ C’EST AIDER À CONSOLIDER LA NATION TOUTE ENTIÈRE.

- En conclusion, pour devenir un pays riche, il nous faut enrayer la pauvreté et la la faim, il n’y a pas d’autre issue.
Pour ce faire, il faut mener parallèlement plusieurs actions, ou au moins régler :
-  l’absence, l’inadéquation en infrastructures de base dont le groupe des 4 déjà identifiés, à savoir « électricité, route, école, dispensaire »,
-  l’adéquation des institutions économiques au contexte global du pays dans son interaction avec le monde extérieur,
-  la qualité de l’éducation-la formation, des services de santé, particulièrement en ce qui touche la qualité des ressources humaines pour le milieu rural à tous les niveaux, en adéquation avec la réalité du contexte local, en interaction avec ce qui se passe dans le développement général du pays,
-  l’accès pour tous à l’eau potable, aux dispositifs hygiéniques.

- La situation réelle dans les villages les plus déshérités

D’après les statistiques de Ministère du Travail, des Blessés de guerre et des affaires sociales, on compte dans tout le pays 62 districts les plus pauvres, là où le taux des foyers pauvres dépasse les 50%. Ils se situent principalement :
-  au Nord-Ouest et au Nord-Est du Nord Vietnam avec 6 districts à Hà Giang, 5 à Cao Bằng, 3 à Lào Cai, 2 à Yên Bái, 2 à Bắc Cạn, 1 à Bắc Giang, 1 à Phú Thọ, 5 à Sơn La, 5 à Lai Châu, 4 à Điện Biên (soit 34 districts dans 10 provinces),
-  dans les provinces du littoral du Centre avec 7 districts à Thanh Hóa, 3 à Nghệ An, 1 à Quảng Bình, 1 à Quảng Trị, 6 à Quảng Ngãi, 3 à Quảng Nam, 3 à Bình Định, 1 à Ninh Thuận (soit 25 districts dans 8 provinces),
-  dans les Hauts-plateaux avec 2 districts à Kông Tum, 1 à Lâm Đồng (soit 3 districts dans 2 provinces).
- Au total, avec près de 900 villages très pauvres dans 62 districts très pauvres (sur un total de 2300 villages pauvres de tout le pays – selon le Vice-Premier Ministre Nguyễn Sinh Hùng).

Depuis de nombreuses années, le Gouvernement a mis en place de nombreuses politiques, des programmes économiques, sociaux, éducatifs, sanitaires en matière de lutte contre la pauvreté dont les programmes 135, 134, 30a, des programmes sur la sécurité sociale au profit des pauvres, sur la construction en dur des écoles, des habitations pour les personnes déshéritées, tout récemment la mise en place du programme d’« expérimentation de la sélection de 600 jeunes gens méritants pour en faire des cadres dans les villages pauvres ».
Ces politiques, programmes ont abouti à des résultats encourageants. En septembre dernier, lors des réunions sur le bilan des Objectifs du Millénaire, les Nations Unies ont apprécié vivement le Vietnam qui est arrivé, avant terme, à réaliser plusieurs des objectifs.
Cependant, de l’avis de Mme Victoria Kwakwa, Directrice de la Banque Mondiale au Vietnam, si ce pays a obtenu de très bons résultats dans sa lutte pour réduire la pauvreté, pour l’étape à venir, il est fort probable que les mesures utilisées ne donneront plus la même satisfaction, il importe donc d’en trouver d’autres plus adaptées.

- L’éducation-la formation autrement comme outil de réduction de la pauvreté

Dans cette intervention, nous choisissons d’aborder le problème de l’éducation-formation destiné aux villages les plus pauvres, comme outil pour réduire durablement la pauvreté.
Il est indéniable qu’il s’agit là d’une mesure fondamentale, essentielle, incontournable. Pour enrayer la pauvreté de manière durable voire totale, il est nécessaire d’élever le niveau d’instruction des gens pour qu’ils deviennent responsables, qu’ils travaillent pour se sortir de leur situation. On ne peut le faire à leur place, ce faisant on les rendrait dépendants, ils ne sauraient pas se prendre en charge et lorsque la situation changerait, cela deviendrait défavorable, ils retomberaient facilement dans la situation première.

- Dans le cadre de ces Assises, parler de la formation au profit des villages les plus pauvres, dans la vision du développement durable, nous pensons regarder le problème de manière globale.
- À savoir, l’impact de la formation pour toutes les composantes de la localité concernée :

-  le cadre du village pour qu’il soit capable de diriger son village sur tous les plans administratif, économique, social, culturel, santé, c’est-à-dire le former pour en faire un administrateur, mais aussi un animateur qu’il sache mobiliser les gens à agir ;
-  les habitants, leurs familles pour éveiller, stimuler leur citoyenneté dans le partage de responsabilité, dans le parcours commun pour le développement durable de leur localité ;
-  le travailleur pour qu’il sache produire, travailler en bonne entente avec les conditions, le contexte, répondant aux besoins de la société, tout en préservant, enrichissant leur milieu vital ;
-  les enfants pour les préparer à leur responsabilité de citoyen, à leur devoir de futur membre de la société.
Car si le cadre est bien formé mais la population, la communauté ne sont pas prêtes à l’accompagner, il sera difficile d’aboutir à de bons résultats, fondamentaux et durables.

- Le noyau du changement c’est le village, il doit réunir les connaissances, les qualités qui l’aident à diriger la communauté dont il est chargé, à découvrir ce qui est nécessaire pour le développement de celle-ci. De là à tracer les bonnes démarches à suivre pour arriver au but.
Dans notre recherche, il ressort que dans tous les grands programmes nationaux anti-pauvreté une partie importante est donnée à la formation de « Cadres s’occupant du travail de lutte contre la pauvreté ». De nombreux résultats ont été enregistrés. Il reste encore beaucoup à faire.
Un exemple à Yên Bái où, pour démocratiser la décision d’investissement allant du choix de l’ouvrage à la participation de la population, les autorités de Yên Bái ont préconisé de demander à tous les villages du programme de jouer le rôle d’investisseur direct. Ceci pour des ouvrages d’infrastructure de petite envergure - ponts, routes, canaux, salles de classe du village.

- Résultats : si des ouvrages sont terminés dans les temps, beaucoup souffrent de retard, dans toutes les phases du projet. Une cause directe :
- niveau professionnel insuffisant, capacités limitées des cadres villageois.

Un autre exemple à A Vương, du district Tây Giang, province de Quảng Nam :
- Bien que muni d’un baccalauréat, le chef du village, Ating Với ne maîtrise aucunement de tous les fonds auxquels son village a droit en tant que village pauvre. Il a répondu ingénument : « J’ai terminé tout juste le lycée qu’on m’a nommé Président du Comité Populaire du village. Je n’ai aucune autre formation. Je fais ce que les cadres du district me disent de faire, je ne sais rien d’autre ! »
L’existence de 62 districts très pauvres avec plus de 50% de foyers très pauvres en dit long sur les capacités des cadres.

Par ailleurs, il faut combattre la croyance populaire trop répandue sur le sort. Il faudrait que les gens comprennent que si on est pauvre c’est parce qu’on ne sait pas encore comment s’y prendre pour s’enrichir. Et non pas parce que c’est le sort qui décide qu’on soit pauvre et contre lequel on est impuissant. Là aussi joue le niveau d’instruction : quand les gens deviennent capables de mener leur vie, de décider, ils sauront se défendre contre des idées toutes faites.
Notons d’autre part, une réalité trop présente : le faible taux et niveau d’instruction des zones éloignées, suite à l’histoire et à la carence des moyens. Or pour faire un bond en avant, sortir de la grande précarité présente tout en faisant face aux multiples défis (changement climatique mondial, conséquences d’une surexploitation de l’environnement), un niveau solide est un moyen non seulement nécessaire mais encore irremplaçable pour la réalisation des objectifs visés.

Des propositions concrètes

Dans l’idée d’aider un changement réel, durable permettant l’envol des zones déshéritées, en particulier des villages très pauvres, dans le contexte actuel, nous proposons une ligne de conduite radicale : ne pas accepter de faire des projets genre « raccommodage » mais penser à une idée qui dure : travailler pour mettre en place une production responsable, respectant le consommateur, l’environnement, dont les produits sont aptes à participer au réseau du commerce équitable.
Pour y arriver il importe de créer une administration capable, conviviale, dévouée, un système de gestion participative, transparente. Les activités productives doivent valoriser les ressources locales en réponse aux besoins du marché tout en participant à la restructuration de l’économie, se projetant vers la qualité, pour parvenir progressivement à créer plus de valeur ajoutée, mettant fin le plus tôt possible à la simple vente des produits bruts.

Concrètement, il faut :

-  amener l’ensemble de la population à un bon niveau d’instruction, parallèlement à l’enseignement des métiers adaptés aux besoins de développement de la région, dans des délais acceptables afin de participer au plus tôt aux activités productives locales,
-  former une équipe dirigeante à la fois bons professionnels et excellents administrateurs, dynamiques, créatifs, responsables.

Dans ce sens, dans le cadre de la coopération décentralisée nous proposons aux instances responsables, les partenaires français et vietnamiens de voir ce qu’il est possible de faire pour engager une coopération en éducation formation qui vise à :
- mettre en place un programme d’éducation et de formation capable de donner un bon niveau d’instruction tout en dotant les gens en formation d’un métier adapté aux besoins de développement, de restructuration de la localité en concordance avec le contexte national, régional et international ;
- choisir une formation qui peut donner des idées pour la réforme tant recherchée du système national d’éducation et de formation.
Nous proposons d’examiner la mise en place de 2 structures existant dans le système français : les collèges et lycées techniques, les MFR – Maisons Familiales et Rurales.

A. Allier l’enseignement de connaissances théoriques à l’apprentissage d’un métier
Afin d’avoir un bon niveau d’instruction permettant l’acquisition des connaissances de production, de gestion, la capacité d’utilisation des équipements de travail, de production et de poursuite d’étude quand les conditions le permettent ou quand le besoin se fait sentir et en même temps avoir un métier solide pour gagner sa vie, nous estimons, qu’en dehors du système d’enseignement actuel, il serait intéressant d’examiner la possibilité de transférer, grâce à une coopération possible entre régions, dans le cadre de la coopération décentralisée, de l’enseignement donné dans les collèges et lycées techniques français à un village pauvre au Vietnam. Avec cet enseignement, à la sortie du cursus, l’élève aura à la fois un niveau d’instruction et un métier qui va l’aider beaucoup dans son insertion dans la vie. C’est très stimulant, et c’est peut-être un moyen efficace de garder le jeune dans le circuit de la formation assez longtemps.
Les étapes possibles pour la mise en place de ce transfert :
-  formation de l’équipe enseignante soit en France, soit au Vietnam. En France sous forme de stage dans l’école de jumelage/partenaire par exemple, au Vietnam avec le concours d’une mission d’enseignants de l’école de jumelage/partenaire,
-  aide pour l’équipement, surtout technique et au niveau du programme, des manuels par la région/localité partenaire
-  traduction-impression, préparation du matériel d’enseignement
-  mise à disposition de locaux pour l’école à monter par l’administration locale, régionale.
Nous pensons qu’il est urgent d’être plus pratique, plus réaliste. C’est aussi un moyen plus économique.

_ B. Former à un métier tout en formant l’homme à être responsable, citoyen, dynamique, créatif, disponible, flexible, apte à s’adapter à toute situation, grâce à la formation dans les MFR (site du réseau des MFR : www.mfr.asso.fr)

Les MFR – Maisons Familiales et Rurales – un type de formation pour les zones rurales fonctionnant avec des résultats positifs en France, est un modèle de formation qui, à notre avis, répond bien aux besoins actuels de notre pays. En particulier si, dans le cadre de la coopération décentralisée, on peut réfléchir, travailler ensemble pour opérer un bon transfert officiel de ce modèle de formation au Vietnam, d’abord dans l’idée de doter les districts/villages très pauvres de ce dispositif de formation, mais ensuite, on aura fait un travail significatif, à plusieurs titres, car comme nous l’espérons, si le modèle saura faire des petits, il participera, en partie, à la réforme du système éducatif du pays, en mal de rénovation. (Et il y a urgence).
En effet, ces MFR, organisées en France, pour la première fois en 1937 à Lauzun (en Lot-et-Garonne) fonctionnent avec comme principes de base :
-  la responsabilité des parents dans l’éducation de leur enfant
-  le système pédagogique de l’alternance
-  le développement du milieu local.
Chaque MFR accueille au maximum 150 jeunes. Internes principalement. Les jeunes participent à la vie de l’école, apprennent à se prendre en charge, prennent l’initiative dans l’organisation des activités en dehors des temps d’étude. Ils y apprennent à vivre ensemble, à la citoyenneté.
La pédagogie de l’alternance prend une place primordiale dans le dispositif, est élaboré pour donner naissance à une nouvelle conception éducative. Les élèves passent des semaines de formation à l’entreprise alternées avec des semaines de formation à l’école. On encourage l’élève à poser des questions à sa famille, aux maîtres de stage, à ses camarades et à ses moniteurs. C’est l’inverse de l’enseignement traditionnel où le maître pose les questions.
On prend les élèves à partir de la 5ème jusqu’au bac. La formation durera, selon le métier, selon le niveau d’entrée 2, 3, 4 ans. Les diplômés peuvent poursuivre leurs études dans les niveaux supérieurs.
Les formations sont diversifiées allant des métiers agricoles aux métiers de l’industrie de transformation, à ceux des services, dont du commerce, de la vente, en tourisme-hôtellerie, en comptabilité-gestion, en secrétariat-bureautique (nous mettons à la fin de l’article les groupes de métiers proposés actuellement par les MFR).
Les MFR, très dynamiques, s’adaptent continuellement aux évolutions économiques, sociales, technologiques, d’où adaptations constantes des contenus, méthodes d’enseignement aux évolutions de l’actualité.
Connu et reconnu, le modèle s’exporte dans une quarantaine de pays, avec plus de 1000 MFR réparties sur l’Europe hors France (621), l’Amérique Latine (288), l’Afrique (157), l’Asie (9) dont au Vietnam. (Dont on dispose très peu d’informations, elles seraient basées dans le Centre, à Hà Tĩnh.)
Les MFR disposent d’un Centre National Pédagogique, près de Bordeaux, spécialisé dans la pédagogie de l’alternance, où les formateurs des MFR suivent une formation en cours d’emploi, de deux années.

Pour la formation des responsables des villages très pauvres, nous pensons que parallèlement avec la formation soit dans un collège/un lycée technique, soit dans une MFR, qui lui permet d’acquérir un niveau d’instruction de base solide, un bon métier, il faut des modules d’enseignement pour l’assister dans l’administration de sa localité. A savoir des notions fondamentales sur :
-  l’économie, le fonctionnement de l’économie de marché,
-  la gestion administrative,
-  la gestion en général et l’administration des fonds publics,
-  la conception et la gestion de projet,
-  en particulier, les connaissances sur la protection de l’environnement dans les processus de production, sur les produits verts, de bonne qualité, sur des produits de forte valeur ajoutée afin de pouvoir s’intégrer dans le circuit du commerce équitable, ce qui permet de raccourcir la durée de la bataille pour l’éradication de la pauvreté, de la faim, et ceci de façon durable, sure pour leur localité.

À notre avis, les MFR constituent un bon modèle de formation pour le système éducatif vietnamien, jugé trop lourd, peu réactif, peu flexible, où est peu présente la formation aux savoir-faire et au savoir- être, paramètres particulièrement sensibles qui font la différence.
Le choix d’une formation adéquate, qui aide les cadres locaux à savoir choisir une bonne activité de production avec une forte valeur ajoutée, à savoir concevoir, gérer un projet, à être capable de diriger, d’organiser, de gérer les activités de production, tout en préservant l’environnement, à savoir choisir le mode le plus rentable d’écoulement des productions afin d’amener les localités à savoir s’en sortir soi-même est éminemment important.
Les MFR intégrées dans la formation destinée à relever le défi de la dotation de personnel performant pour le développement des régions déshéritées constitueront un pari à coup sûr gagnant.
Les instances responsables de la coopération décentralisée oseront-elles se montrer à la hauteur des espérances ?
Les 27.000.000 de Vietnamiens très pauvres ont droit à un acte de courage, de volonté de leurs semblables pour pouvoir quitter pour toujours un statut en rien honorable.

Avec l’idée d’une possible participation des instances, des opérateurs de la coopération décentralisée à ce travail fondamental, ce qu’elle peut et devrait faire, nous souhaitons succès aux travaux des Assises.
http://www.mfr.asso.fr/secteur/formation.aspx?ID=2
http://www.mfr.asso.fr/secteur/formation.aspx?ID=19
http://www.mfr.asso.fr/secteur/formation.aspx?ID=13
http://www.mfr.asso.fr/secteur/formation.aspx?ID=1
http://www.mfr.asso.fr/secteur/formation.aspx?ID=18
etc.