Un poète se raconte : Sur le chemin du vrai (Tome I) ; Ami, je veux (...)

Dernier ajout : 10 octobre 2010.

Un poète se raconte :

- Sur le chemin du vrai (Tome I)

- Ami, je veux t’inviter chez moi (Tome II)

_ par Phùng Quán

Il convient de rendre hommage à Frédéric Pham, le traducteur (et ordonnateur) de ces deux volumes. Il s’agit d’un choix et d’un montage de textes écrits dans des périodes très éloignées de la vie de Phùng Quán. Poèmes, récits, récits de récits ; il fallait rendre parfois un parler paysan, parfois ces plaisanteries salaces nées des accents mal placés qui transforment un mot en un autre….Ce travail, complété et explicité par de très nombreuses notes de bas de page, est remarquable.!
C’est l’histoire d’un destin brisé. Phùng Quán, était un petit gardien de buffles, orphelin de père. A treize ans, il s’enfuit pour rejoindre la révolution. Pour toute éducation, celle de sa mère : il faut toujours être dans la vérité. Quelle foi dans l’avenir du communisme, quelle exaltation pour la révolution chez ces apprentis bộ đội ! Dépenaillés, affamés, pouilleux, le soir ils écoutent des poètes leur réciter leurs œuvres. Notre héros veut se battre, devenir un cadre de l’armée, débarrasser le pays des bandits qui l’ont pillé, il est d’ailleurs à Ðiện Biên Phù, mais son existence va prendre un tour différent, le voilà embauché par les reporters de l’armée. Il participe aux échanges de prisonniers, son rôle consiste, muni d’un appareil à soufflets qui ne marche pas, à gêner les reporters et à les empêcher d’avoir les images de prisonniers occidentaux manifestement délabrés.
En même temps notre soldat féru de poésie recopie des textes sur la crosse de son fusil, à la pointe de sa baïonnette…. Et il va, à partir d’un récit qu’il a recueilli, écrire pour le compte de la littérature de l’armée son premier ouvrage : Évadés de Côn Đào (i.e. Poulo Condor). Le voilà intronisé dans l’Union des Écrivains, se grisant d’Éssenine et Maïakovski. Et puis, il voit dans les campagnes des gens extraordinairement pauvres et, toujours la vérité il écrit un poème contre la corruption et le gaspillage. C’est le début de la fin, il est exclu de l’armée, de l’Union des Écrivains, en même temps qu’un bon nombre de ses amis écrivains du mouvement littéraire Esthétique humaniste. [quelle appellation contre-révolutionnaire....] Interdit de publication en 1957, après une quinzaine d’années en camp de rééducation par le travail, il vivra une vie misérable de pêcheur à Hanoi, au bord du lac de l’Ouest et ne sera réhabilité qu’en 1988.
Anne Hugot le Goff