Un village de menuisiers

Dernier ajout : 2 août 2008.

Hoi An, escale incontournable de tout voyage ou circuit au Vietnam, mérite qu’on y flâne, que l’on prenne son temps pour en explorer tous les recoins et surtout tous les environs.
Allez, je vous invite à traverser la rivière Tu Bon. Nous embarquons sur un des bateaux qui font régulièrement la navette, permettant aux paysannes venant au marché de traverser le fleuve, aussi bien qu’aux écoliers qui fréquentent les collèges ou lycées de la ville. Sitôt débarqué, vous entendez le « tap-tap » des marteaux, les crissements des scies : vous êtes à Kim Bông, le village des menuisiers. On vous indiquera la maison de monsieur Huynh Ri qui vous fera visiter ses ateliers et vous racontera toute l’histoire du village.

 Douze générations

Monsieur Huynh Ri est, avec ses fils, le représentant d’une longue lignée d’artisans menuisiers. La douzième génération d’une famille venue de Thanh Hoa s’installer en 1562 dans ce village alors en plein essor . Ils apportaient avec eux leur savoir-faire pour se mettre au service des riches marchands chinois ou japonais qui voulaient se faire construire de somptueuses maisons. Ces artisans ont su intégrer dans un style original les influences artistiques chinoises ou japonaises et il est encore intéressant d’en rechercher les signes en se baladant dans les rues de Hoi An .

 Anciens maîtres et nouveaux venus

Mais revenons à Monsieur Huynh Ri, fier de nous raconter que son père travaillait pour un riche français exportateur de meubles ou que son oncle et son père ont travaillé à la construction de villas pour les colons français à la station de villégiature de Bana (Danang). Dans le village de Kim Bông où 80% des habitants travaillaient dans la menuiserie, chaque famille avait ses secrets, son savoir-faire qu’on gardait jalousement et que le père transmettait à ses fils. Et puis, l’activité a décliné ; il y a eu les guerres qui ont ravagé le pays, décimé des familles. Alors le père a fait appel à des apprentis venus parfois de loin, du Nghé An, de Thanh Hoa, du nord, et auxquels il a appris le métier.
-  Alors qu’aujourd’hui, sur les quelques 4000 habitants du village tout juste un tiers vit de la menuiserie, Monsieur Huynh Ri a su transmettre un savoir-faire exceptionnel à ses fils. Sous leur houlette, les quelques 50 ouvriers créent des pièces parfois magnifiques. Le bois utilisé vient souvent du Laos : bois de palissandre, bois d’aigle, ébène ou jaquier. Certes, il y a toute une production que l’on peut qualifier de « touristique » : bouddhas, statuettes féminines, animaux, objets divers parfois incrustés de nacre …

 Des chefs-d’œuvre

Mais on ne peut s’empêcher d’être en admiration devant un splendide paravent que finit de poncer un ouvrier. Pour réaliser cette commande (1200 dollars) d’un touriste canadien, trois ouvriers ont travaillé trois mois. Mais quel résultat ! Quelle finesse dans les sculptures ! Si vous avez un peu de temps, vous pouvez passer une commande originale. J’ai vu le fils de M. Huynh Ri réaliser pour une amie la sculpture d’un ange à partir d’une simple photo. Le résultat a ravi la commanditaire et dépassé toutes ses espérances !

Jean Cabane