Une conférence sur la situation géopolitique dans les mers de l’Asie du (...)

Dernier ajout : 10 juillet 2011.

Une conférence sur la situation
géopolitique dans les mers de l’Asie
du sud-est

Le 28 juin, une conférence a été organisée à l’Espace
Robespierre d’Ivry, en commun avec l’UGVF
et le CID, ainsi qu’avec les étudiants vietnamiens
de l’UEVF. L’assistance était nombreuse, de l’ordre
d’une centaine de personnes, très majoritairement
vietnamiennes (malheureusement).
La soirée a commencé par la projection d’un film
réalisé par notre ami André Menras, « Vietnam
Hoang Sa : la meurtrissure ». André Menras est
allé interroger ces familles –essentiellement des
femmes- de pêcheurs du centre Vietnam, qui traditionnellement
partaient travailler dans les riches
eaux des Paracels (Hoang Sa en vietnamien). Depuis
que l’archipel a été réquisitionné par la Chine,
ils continuent d’y pêcher –que faire d’autre ? mais
en prenant d’incroyables risques. En cas de typhon,
ils ne peuvent s’abriter dans les ports, tenus par les
Chinois. Ils se font racketter par des pirates -sous
l’oeil bienveillant de la Chine. Ces femmes, ces
veuves, sont dans une extrême indigence. Il leurfaut rembourser l’argent emprunté pour payer des
rançons extravagantes ; les familles ne reçoivent
aucune aide des autorités vietnamiennes, ni pour le
payement de ces rançons, ni même pour la scolarité
des petits orphelins. Et, le plus dur peut être, les
veuves n’ont pas de corps à enterrer. Par une étrange
coutume animiste –elle n’existe nulle part ailleurs
et semble ignorée des ethnologues-, elles font fabriquer
des statuettes manipulées par le chaman, qui
permettront de fixer les âmes errantes des disparus.

Voilà un film qui mérite d’être largement montré,
non seulement parce qu’il émeut en racontant une
tragédie ignorée, mais aussi à cause de son aspect
ethnologique.

Après cela, un exposé de Joële Nguyen Duy Tan,
maître de conférences émérite en droit international,
a permis de mieux appréhender le cadre juridique du
conflit. Les Paracels, comme les Spratleys, étaient
sous la juridiction de l’Indochine française, qui y
avait installé, entre autres, des stations météorologiques.
L’application de la législation des océans est
complexe lorsque neuf états se partagent une zone
maritime de surface assez modeste ; la Convention
des Nations Unies sur le droit de la mer, signée à
Montego Bay (Jamaïque) en 1982, dont la Chine et
le Vietnam sont parties prenantes, prévoit clairement
une délimitation des espaces (mer territoriale, zone
économique exclusive), mais les Chinois invoquent
les droits du premier occupant, se présentant comme
un état archipélagique, ce qui est évidemment faux :
historiquement la Chine, ayant vassalisé toute la région
possédait les archipels qui continueraient donc
à lui appartenir, d’où sur les cartes cette extraordinaire
« langue de boeuf » qui permettrait à la Chine
de revendiquer la totalité de la Mer Orientale, à part
une étroite zone littorale. Argumentation qui ne tient
pas puisque la Chine s’est ensuite, depuis les Qing,
complètement désintéressée de l’espace maritime,
perdant ainsi ses droits de « premier occupant »
On peut s’interroger sur les motivations des Chinois,
leur prêter des motivations offensives : mettre la
main, en plus des ressources halieutiques, sur les
réserves de gaz et de pétrole ; contrôler le trafic
maritime très important dans la mer orientale, avec
en particulier des transports d’hydrocarbures. Mais
on peut penser qu’ils cherchent de surcroît à contrer
l’influence croissante des États-Unis dans cette
portion du globe, c’est-à-dire que leur position est
surtout défensive, et dans ce cas, des négociations
devraient permettre d’arriver à un accord.
Anne Hugot Le Goff