Vertiges

Dernier ajout : 29 avril 2011.

Vertiges
Ce deuxième film de Bùi Thac Chuyên a été primé en 2009 au festival de Venise. Si vous avez aimé les films de Tran Anh Hung, vous en retrouverez la délicatesse, la fluidité, la sensualité discrète : plus besoin de compter sur les vietkieus pour faire du vrai cinéma vietnamien….. Malgré ses qualités, ce film n’a pas trouvé son public en France, il a disparu des écrans après une semaine d’exploitation.
Il y a une vrai évolution dans les thèmes que ce cinéma ose aborder : le désir homosexuel, l’impuissance masculine, l’infidélité, l’alcoolisme. Mais tout cela, esquissé à la manière vietnamienne, effleuré, deviné. On est dans le non-dit, les personnages restent opaques, mystérieux, on n’échange rien, ou pas grand chose, on est loin de l’étalage des tribulations sentimentalo -sexuelles des feuilletons américains....
La très jolie Duyen (Hai Yen) se marie parce qu’elle est amoureuse. L’élu, Hai (Dui Khoa), chauffeur de taxi, est mignon avec son visage de poupon -mais, hélas, il a la libido d’une palourde. La nuit de noce se passe dans la maison de la belle mère, le lit nuptial est sur une mezzanine qui surplombe la salle du banquet où Hai et ses copains vident verre sur verre. Quand on le remonte, il est mal en point.... Les jours suivants, le jeune couple s’installe dans son appartement, mais Hai épuisé par son métier rentre, mange... et s’endort. Duyen n’a d’ailleurs pas l’air vraiment affectée de cette situation ; au Vietnam, on ne laisse rien transparaître ; la sexualité est pudique, ne s’affiche pas. Duyen travaille, s’occupe, elle se pose des questions sur ce grand père dont elle a retrouvé des photos avec une femme qui n’est pas sa grand mère, de ce carnet où de nombreux noms ont été remplacés par des initiales.... Elle a une grande amie, Câm (Linh Dan Pham qu’on connaît bien en France depuis Indochine puis De battre mon coeur s’est arrété), une romancière sans mec, qui va la pousser dans les bras de Thô (Jonny Tri Nguyen), un ami fortuné et totalement dépravé. Sans que rien ne soit explicite, l’opposition entre les deux femmes est dessinée à travers leur apparence, Câm, aux cheveux courts, ne porte que du noir et des tenues strictes quand Duyen aime les petites robes blanches et brodées, mais pas un mot, pas un geste ne nous dira que Câm est une femme qui aime les femmes -qui aime Duyen. Pourquoi l’avoir apportée à Thô, qui ne pouvait lui faire que du mal ? Cela, nous ne le saurons pas vraiment non plus.
D’autres silhouettes pittoresques et pathétiques animent le film, une petite voisine, une ado qui adore prendre des bains et cache ses économies dans un nounours géant, soumise à son père, une brute ivrogne et débile qui n’a d’amour que pour son dindon de combat, une immonde bestiole dont les plumes ont été coupées....
Et puis, il y a Hanoi qui est filmée comme jamais. Rues avec le pack dense des petites motos au milieu desquelles, maintenant, misère ! des voitures, qui avancent au rythme du troupeau. Petites maisons pauvres, à la peinture écaillée, avec leur agencement, leur arrière cour, on sent leur odeur, on entend ce continuum de bruits mécaniques, klaxons criards, c’est filmé de façon magnifique. Présence de cette ville aimée, à la personnalité si prégnante.... Quelques scènes sur une plage de la baie d’Halong, une scène au bord d’un ravissant petit lac, nous rappellent la beauté de ce pays hors normes…. Anne Hugot Le Goff