Vo Nguyen Giap, Une vie, propos recueillis par Alain Ruscio

Dernier ajout : 10 avril 2011.

Vo Nguyen Giap, Une vie, propos recueillis par Alain Ruscio, Hanoi, 1979-2008 (Les indes savantes, 117 pages, 16 €)

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Dien Bien Phu, et le Général Giap

En cet anniversaire de l’AAFV, comment ne pas penser à Dien Bien Phu qui fut, pour beaucoup, le début d’une prise de conscience. Plusieurs livres sont parus récemment. En premier lieu, dans Vo Nguyen Giap, Une vie, (Les indes savantes) Alain Ruscio retrace le début des entretiens réguliers qu’il a eu, jusqu’en 2010, avec le Général. Il ne s’est autorisé à publier que ce qui avait été relu par Giap et nous restons un peu sur notre faim, car nous n’avons que des souvenirs de guerre (jusqu’en 1975). Sur l’homme, personnage passionnant, mais secret, celui qui jusqu’à un âge avancé a continué à influer sur la vie de son pays, celui qui prend parti sur tout, on l’a vu encore récemment, on ne saura rien. Ce qui frappe, chez Giap (alors même que ce professeur d’histoire n’avait aucun apprentissage des techniques militaires) c’est une détermination inflexible, une volonté implacable, l’impression qu’il n’a jamais douté de la victoire –parce que la cause était juste, parce que le peuple était uni (ce qui n’est pas tout à fait exact), et surtout parce que ce peuple, habitué à se défendre depuis des millénaires –contre les envahisseurs, contre les typhons, contre les inondations… avait une force morale extraordinaire. Le message qu’il fait passer, c’est donc que le Viêt Nam s’en est sorti tout seul, à force de courage et d’organisation, minimisant le rôle de la Russie, comme celui de la Chine, en pourvoyeurs tant en conseillers qu’en armement.
Dans DIEN BIEN PHU, VU D’EN FACE Paroles de bô dôi, préfacé par Jean –Pierre Rioux, (Nouveau monde), c’est au petit peuple que l’on donne la parole. Chacune des étapes de cette bataille qui, pour le colonialisme, a signé le début de la fin, est illustrée par des témoignages d’anciens combattants, ou de dân công –civils chargés de la logistique, transportant le matériel puis redescendant les blessés. Il y a même quelques actrices car oui, une troupe était censée divertir les combattants…. Témoignages émouvants, qui montre le courage qu’ils ont eu, tous ces combattants, et combien les derniers jours de combat ont été atroces. On prend conscience de cette extraordinaire logistique où rien n’était laissé de côté, dans les plus petits détails. Les routes qu’on creusait pour faire passer les chars étaient recouvertes de feuilles régulièrement changées afin qu’elles restent invisibles pour l’aviation, qu’il fallait recueillir loin –pour ne pas attirer l’attention. Mortiers et pilons étaient improvisés pour utiliser le paddy abandonné que les combattants pouvaient trouver au bord de la route, les boucliers étaient faits d’armures de bambou remplies de troncs de bananier….
On mesure la lucidité de Giap, et son courage. Parti, avec ses conseillers chinois, sur le concept attaque éclair, victoire rapide, Giap se rend compte qu’ils ne sont pas prêts. Contre l’avis des chinois, il décide de se replier –demandant aux combattants de refaire en arrière ce chemin si durement franchi ! et, au contraire, d’adopter la tactique d’encerclement lent qui devait lui donner la victoire. Au prix d’efforts inouïs, comme ces boyaux creusés sous Eliane2 pour miner entièrement la colline et la faire exploser, aux dernières étapes du combat.
Signalons aux amateurs d’art militaire qu’il y a une importante cartographie, très bien faite, qui du 13 mars au 7 mai, nous montre l’évolution des positions.

Anne Hugot Le Goff