Ao Dai de Xuan Phuong et Danièle Mazingarbe 2001

Dernier ajout : 9 novembre 2015.

Xuan Phuong et Danièle Mazingarbe, Ao Dai. Du couvent des Oiseaux à la jungle du Viêt-minh,
Paris, Plon, 2001,
260 pages.
 
Le parcours de Xuan Phuong, tel qu’il apparaît dans ce récit de vie, est vraiment extraordinaire, en tant que Vietnamienne, en tant que femme et en tant qu’être humain. Son engagement initial me semble tout à fait typique des débuts du Vietminh, lorsqu’il était un Front et, en tant que fille aînée, il est à proprement parler extra-ordinaire. Son évolution personnelle dans les années 1950, puis dans les années 1970 (réalisatrice de films d’actualités en RDV, ce n’était pas une fonction anodine) est remarquable alors qu’elle était issue d’un milieu bourgeois et francophile, alors qu’elle n’adhérait pas au Parti. Enfin, sa troisième carrière de chef d’entreprise, une fois la retraite de fonctionnaire venue, est également étonnante. Sa biographie permet à vrai dire de couvrir toutes les grandes étapes de l’Histoire des guerres où le Vietnam s’est trouvé engagé (situation à l’été 1945, proclamation de l’Indépendance, guerre des Français, collectivisation, bombardements américains de Hanoi et combats sur le 17ème parallèle, chute de Saigon et réunification, Đổi mới...), avec, au passage, quelques portraits étonnants (Jane Fonda, Joan Baez par exemple). Sa description de la personnalité de l’Historien Nguyễn Khắc Viện (pp.184-6) est assez comparable aux appréciations portées par Charles Fourniau sur ce personnage (Le Vietnam que j’ai connu (1960-2000), Paris, Les Indes savantes, 2003). Je me servirai donc volontiers de cet ouvrage dans mes cours, un peu de la même manière dont je me sers de la biographie de Duong Van Mai Elliott, The Sacred Willow (Oxford University Press, 1999), dont certains éléments du parcours sont comparables. Dans les deux cas notamment, des jeunes femmes issues de milieux bourgeois et ayant reçu la meilleure éducation, plongées dans la nécessité de faire des choix cornéliens. L’ouvrage de Duong Van Mai Elliott est moins riche sur le plan factuel (elle n’a pas eu le parcours de Xuan Phuong), mais plus intéressant sur la longue durée et pour la sociologie des familles vietnamiennes vu qu’elle fournit bien davantage de données sur ses ascendants et sur ses cousins. Pour Xuan Phuong, j’aurais, par exemple, vraiment aimé davantage de détails sur le rôle des hommes qui auraient dû, dans un cadre vietnamien classique, être les plus importants dans son parcours : son père et son mari. Or, Xuan Phuong a justement construit son itinéraire en s’opposant à ces deux autorités. Et si, finalement, le principal apport de la Révolution de septembre 1945, avait été l’ouverture de la possibilité d’une émancipation de certaines femmes plutôt que le bouleversement des rapports de production ? Celui-ci a fait long feu comme il est aisé de le constater aujourd’hui ; celle-là perdure sans doute. Evoquer la langue de bois pour Xuan Phuong, comme je l’ai fait dans un premier temps, est un peu sévère de ma part : ce qu’elle écrit de la collectivisation des années 1955/56 (dlle ne cite aucun nom, évoquant simplement ’la terrible créature aux dents en or qui a dirigé la réforme agraire’ avec ’ses acolytes sanguinaires’, page 176) ou son appréciation très bienveillante du rôle de Dương Văn Minh en avril 1975 semble vraiment courageux. Ce non-conformisme affiché m’a fait penser à la remarque de l’économiste Dang Phong au cours du colloque ’Vietnam, le moment moderniste’ (Actes publiés aux Publications de l’Université de Provence, Aix, 2009) lorsqu’il évoquait les initiateurs du Đổi mới. Ces derniers avaient pu lancer les réformes parce que, d’après lui, anciens héros de la guerre, ils étaient intouchables. Peut-être le parcours de Xuan Phuong la rend-t-elle intouchable également ? Pas exactement de langue de bois chez elle donc, des non-dits et quelques raccourcis. Au début de l’ouvrage elle signale avoir été importunée par des soldats français dans un cinéma de Hanoi en août 1945, ce qui me semble impossible dans l’ambiance de l’époque, sans compter que les militaires français étaient de toutes manières encore en prison. Je me suis donc fait la réflexion qu’il ne fallait pas trop se fier à l’exactitude des faits ou de la chronologie, la mémoire humaine étant ce qu’elle est (je pense que les situations décrites correspondent sans doute à l’année 1946). Ao Dai, Du couvent des Oiseaux à la jungle du Viêt-minh n’est donc pas un ouvrage académique sur lequel on pourrait s’appuyer les yeux fermés pour les éléments factuels ; il est par contre un très beau témoignage sur un parcours exceptionnel. Gille de Gantès, Agrégé d’Histoire, Docteur et ancien étudiant de Charles Fourniau.

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J’ai lu avec intérêt et émotion le récit Áo Dài

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Vu Ngoc Quynh

Du c ouvent des Oiseaux à la jungle du Viêt-Minh de XUÂN PHƯƠNG et Daniele
Mazingarbe.J’ai lu avec intérêt et émotion le récit Áo Dài
Du couvent des Oiseaux à la jungle du Viêt-Minh

Elle décrit avec sincérité le parcours d’une jeune fille d’une famille bourgeoise qui
s’engage très jeune contre la volonté de ses parents dans une longue guerre de résistance menée par le Viet Minh du temps où le communisme est encore à l’arrière-fond et où toutes les couches de la population étaient représentées.
Son récit est riche, mêlant des moments d’enthousiasme, des moments de doute, des souffrances physiques et morales avec son petit premier garçon alors que son mari s’engage à fond dans le combat contre le Corps expéditionnaire français.
Je pense à beaucoup de femmes que nous connaissons, des femmes issues de familles d’intellectuelles, je cite les Lê Hồng Sâm, Đặng Thị Hạnh, Đặng Thanh Lê, Đặng Anh Đào, Dr Nguyễn Thị Ngọc Toản, quî ont vécu toute la durée de la résistance de la guerre d’Indochine puis de la seconde guerre du Viêt Nam, et quî ont chacune écrit le récit de leur vie mais ceci partiellement, sans aller de bout en bout comme fait Xuân Phương.
Tout l’intérêt de son récit est son authenticité.
Qu’importe si son récit manque de précision quant aux événements historique. On saura retrouver l’histoire ailleurs !
A noter que le colonel Đặng Văn Việt, le "Tigre Gris"de la Route Coloniale 4, a écrit sa biographie maintes fois enrichie en vietnamien. Je l’ai rencontré à Paris la première fois en septembre 2005 avec plusieurs amis pour lui rendre hommage, le colonel de l’Armée Populaire du Viêt Nam qu n’a jamais accédé au grade de général comme la majorité des camarades de sa promotion parce que son père fut un ancien mandarin qui d’ailleurs s’était rallié à Ho Chi Minh. Et qui fut dénoncé malgré tout par les paysans de son village et sauvé in extremis par Hồ Chí Minh lui-même en dépêchant des hommes de confiance pour cacher le père de Đặng Văn Việt et qui allait mourir peu d’après d’épuisement après tant d’épreuves. Pendant ce temps le fils combattait au front, ignorant tout ce qui s’était passé dans son village.
J’ai revu longuement Đặng Văn Việt à Ha Noi en novembre 2013 et à l’occasion il m’a remis tous ses ouvrages publiés.

Docteur Vu Ngoc Quỳnh

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Le Hong Sam
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Dang Anh Dao
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Nguyen Khac Huynh et sa femme en 2003