Articles dans le Courrier du VN sur le marché de l’art

Dernier ajout : 30 novembre 2015.

Articles dans CVN sur le marché de l’art

Un marché des beaux-arts ? Une chimère

 14/11/2015 14:49

Bien que patrie de nombreux créateurs et artistes, le Vietnam n’a pas un vrai marché de l’art. En cette période d’intégration internationale, ceci constitue pourtant un besoin crucial pour développer les beaux-arts sur le plan économique comme culturel.

- Un marché de l’art à revoir
- Beaux-arts contemporains cherchent marché désespérément
- Les musées vietnamiens doivent se mettre au virtuel

Chutes d’eau en Thaïlande, champs de tulipes aux Pays-Bas, montagnes en Chine ou d’ailleurs. Autant de tableaux qui, au Vietnam, s’affichent souvent dans des entrées d’hôtels, que ceux-ci soient modestes ou luxueux ! « J’y vois rarement les tableaux présentant de beaux paysages de notre pays ». C’est par ces termes que le peintre Nguyên Duc Hoà déplore l’état des beaux-arts vietnamiens. Une réalité triste mais vraie.

Beaux-arts cherchent marché désespérément.
PNGPhoto : Minh Duc/VNA/CVN

Autre constat, non moins amer. Les achats d’œuvres d’art de grande valeur du Vietnam sont effectués, pour la plupart, par des étrangers. Ce sont eux qui en déterminent ainsi le prix. Certes, il y a peu longtemps, le pays a mis en place un Centre d’expertise des œuvres d’art au sein du Musée des beaux-arts du Vietnam. Mais celui-ci a dû être dissous après quelque temps car personne ne lui demandait d’évaluations. « Il n’y a pratiquement aucun marché de l’art national. Les Vietnamiens achètent principalement des tableaux de peu de valeur, en tant qu’objets décoratifs », reconnaît le peintre Vi Kiên Thành, directeur du Département des beaux-arts, de la photographie et des expositions, et vice-président de l’Association des beaux-arts du Vietnam. D’après lui, cette situation génère une fuite à l’étranger des œuvres de grande valeur. « Ces œuvres de grande valeur sont achetées par des étrangers, autant dire que les Vietnamiens désireux de s’en procurer auront particulièrement du mal à les récupérer plus tard », renchérit-il.
 
Un pur rêve

 
Ma Thanh Cao était l’ancienne directrice du Musée des beaux-arts de Hô Chi Minh-Ville. « Pendant près de 30 années de travail au Musée des beaux-arts de la ville, mon désir ardent, comme celui de l’ensemble du personnel, était d’avoir un budget suffisant et de bonnes conditions pour ne pas perdre l’occasion d’acquérir des œuvres de valeur des artistes vietnamiens. Quant à notre participation à des ventes aux enchères à l’étranger de grandes œuvres, cela n’a toujours été qu’un… pur rêve », confie-t-elle.

PNGPhoto : Phuong Vy/VNA/CVN

Pourtant, le marché des beaux-arts vietnamiens était assez animé il y a une vingtaine d’années. À l’époque, plusieurs galeries comme la galerie Tràng An de l’artiste Nguyên Xuân Tiêp, à Hanoi, étaient en vogue. Chaque semaine, il y avait au moins une exposition d’un artiste de renom, et la somme provenant de la vente des peintures permettait de nourrir toute une équipe et de payer le loyer des locaux de la galerie dans une rue bien placée, et donc chère, comme celle de Hàng Buôm, dans le Vieux quartier de Hanoi. Mais le temps passant, et avec le fort développement du marché de l’art des pays de la région, les beaux-arts vietnamiens se sont retrouvés à bout de souffle sur la scène internationale. Les peintres nationaux sont, dans leur immense majorité, livrés à eux-mêmes, et doivent se débrouiller seuls lors d’éventuelles ventes aux enchères.
 
Un manque de support
 
D’après Vi Kiên Thành, un marché de l’art devrait comprend les éléments suivants : posséder une fondation d’art, une réglementation sur l’acquisition par l’État ou les organismes publics d’œuvres d’art pour exposition, et davantage d’ouvrages d’art pour les lieux publics, au service de la vie culturelle de la population. Il s’agirait aussi de la disposition fiscale pour les entreprises qui soutiennent les activités artistiques, de mécénat et de parrainage, ainsi que de l’organisation des festivals des beaux-arts. Il serait également nécessaire de créer des centres d’évaluation et de vente aux enchères d’œuvres, ou encore, de mettre en place une Association des galeries du Vietnam. Plus généralement, il serait impératif d’appeler au soutien des dirigeants à l’égard des activités artistiques, d’encourager les collectionneurs privés et la création de musées des beaux-arts privés. Un chantier à la hauteur des enjeux !

PNGPhoto : An Dang/VNA/CVN

Des expériences ont bien été tentées. Ainsi, il y a une trentaine d’années, le Département des beaux-arts, de la photographie et des expositions organisait des colloques pour militer en faveur de la création d’une Association des galeries d’art. Mais ces dernières elles-mêmes n’ont pas participé à cette initiative, considérant qu’elle ne leur rapporterait rien.
 
Quant à une fondation d’art, « sur le plan des principes, sa création est très simple, mais le réel problème est de trouver des mécènes et des parrains pour la soutenir », estime le chef du Département des beaux-arts, de la photographie et des expositions. « L’État n’a presque aucune politique d’investissement dans les beaux-arts, et ne donne aucune priorité aux entreprises pour les encourager en ce sens, de sorte que celles-ci ne s’y intéressent pas ; et avec les rares d’entre elles pour qui c’est le cas, cela se limite à des relations purement personnelles avec l’artiste », explique un représentant du secteur des beaux-arts.

PNGPhoto : Thanh Vu/VNA/CVN

À l’étranger, les tableaux, notamment ceux des artistes peintres, sont assurés comme des biens qui, comme tels, peuvent faire l’objet de transactions commerciales ou être donnés en hypothèque à une banque. Le commerce des tableaux, et de l’art en général, devient ainsi une forme d’investissement. Par exemple, en France, les œuvres d’art sont définies comme des biens mobiliers qui bénéficient d’une fiscalité spécifique : les œuvres d’art ne sont pas incluses dans l’assiette de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune). Certaines œuvres, considérées comme trésors nationaux, sont également interdites de vente.
 
Alors qu’au Vietnam, on ne voit presque pas l’intervention de l’État ou d’organisations sociales dans le commerce de l’art. Certes, au-delà de la simple exigence économique se profile la nécessité d’une authentique culture de l’esthétisme, pour rendre l’art attrayant et concilier l’envie d’acquérir avec le plaisir d’admirer. Devant cette situation, une question se pose : quand les peintures vietnamiennes seront-elles considérées comme un patrimoine de valeur, à l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays ? Aux acteurs du marché de l’art - les artistes, les collectionneurs d’art, les galeries d’art, les musées, les fondations d’art-, mais surtout, et en premier lieu, à l’État d’y répondre.
 
Quang Minh/CVN

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Un marché de l’art à revoir

 14/11/2015 17:49

Contrairement au dynamique marché mondial de l’art, celui du Vietnam apparaît comme bien léthargique. En cause, le manque d’intérêt pour les beaux-arts d’une grande partie des Vietnamiens et aussi de soutiens de la part de l’État.
- Un marché des beaux-arts ? Une chimère
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À l’heure où le marché mondial de l’art connaît un développement fulgurant, où de nombreux artistes asiatiques sont devenus les cibles favorites de collectionneurs et d’investisseurs, celui du Vietnam reste étrangement absent, comme endormi.

Le marché national de l’art reste comme endormi.
PNGPhoto : Thanh Tùng/VNA/CVN

Selon les experts, pour que le marché national de l’art sorte de sa torpeur, il faut que les Vietnamiens s’intéressent à l’art, qu’ils deviennent de réels connaisseurs, la très grande majorité ayant en effet une sensibilité artistique limitée. Il faut aussi qu’ils perçoivent l’intérêt de l’art d’un point de vue économique. L’art doit devenir un signe ostentatoire de richesse culturelle et matérielle.
 
D’après Nguyên Dinh Thành, de l’université Paris-Dauphine, de nombreux citadins sont prêts à dépenser de grosses sommes pour acheter des iPad, iPhone et autre MacBook dernier cri, mais rares sont ceux prêts à débourser la même somme pour l’acquisition d’une œuvre d’art.
 
Pour le peintre Vi Kiên Thành, directeur du Département des beaux-arts, de la photographie et des expositions, vice-président de l’Association des beaux-arts du Vietnam, le marché de l’art est le fondement du développement durable des beaux-arts. Cela doit être le plus important objectif du secteur pour ces dix prochaines années, de concert avec l’amélioration de la qualité des œuvres. « S’il n’y a pas de marché national de l’art, les beaux-arts vietnamiens ne pourront se développer et continueront d’être affectés par le marché de l’art étranger. Depuis des années, les services de gestion sont conscients de ce problème. Il faut prendre des mesures, des politiques pour voir émerger un vrai marché national de l’art, avec de nombreux connaisseurs, des acheteurs. Il faut aussi attirer le public dans les galeries d’art », insiste-t-il.
 

 Une œuvre passée au crible par deux amateurs d’art.

PNGPhoto : Thanh Tùng/VNA/CVN

D’après Vi Kiên Thành, « cela nécessitera le soutien, la coordination et le consensus de toute la société. Le rôle de l’État, en particulier, est extrêmement important ».
 
Un point de vue partagé par le Dr Tu Manh Luong, directeur du Service des sciences, des technologies et de l’environnement (ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme). « Pour la création d’un marché de l’art, la première phase nécessitera la régulation de l’État à travers des mécanismes et politiques d’investissement dans les beaux-arts ».
 
Pour sa part, le Pr.-Dr. Nguyên Dô Bao précise : « L’État devra stimuler ce marché par des privilèges fiscaux et d’autres mesures favorables aux activités d’investissement, de mécénat et de parrainage par de grandes entreprises. En particulier, l’État devra soutenir la présence de l’art dans la vie, par exemple dans les médias, ou dans le cadre d’expositions... ». Récemment, des foires d’art ont eu lieu, attirant des centaines d’acheteurs. Mais ces événements ont toujours été organisés par des organismes privés.

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Photo : Thanh Tùng/VNA/CVN

Démocratiser l’art
 
La majorité des Vietnamiens achètent principalement des tableaux sans réelle valeur artistique, à prix modique, dans un but purement décoratif. Pour soutenir l’Art avec un grand A, certains proposent de faire appel aux milliardaires (en dôngs) et autres nouveaux riches. « Pour stimuler le marché de l’art, des œuvres de valeur doivent être vendues. Et seuls les riches sont à même d’acquérir des œuvres de milliers voire dizaines de milliers de dollars. Ce sont eux qui peuvent donner un second souffle aux beaux-arts nationaux », considère le peintre Nguyên Duc Hoà.
 
Une solution qui semble réaliste, mais jugée « insuffisante » par Vi Kiên Thành. « Ce ne sont pas seulement les riches ou les entreprises privées qu’il faut mobiliser, mais tous les citoyens », juge-t-il.
 
Pour aimer les beaux-arts, les apprécier, il faut d’abord les connaître, et cela passe donc par l’acquisition d’un minimum de culture en la matière. En France, le musée du Louvre organise souvent des formations qui s’adressent aux professionnels du monde de l’éducation, du secteur social (animateurs, éducateurs, directeurs de centres, relais…), salariés ou bénévoles d’associations, dans le cadre scolaire ou hors temps scolaire, ainsi qu’aux personnes travaillant dans le secteur de la formation, de la médiation culturelle.

Le Vietnam ne manque pas d’artistes peintres qui ont acquis à la fois l’ingéniosité de l’art asiatique et une connaissance subtile des maîtres occidentaux.
Photo : Thanh Tùng/VNA/CVN

Au Vietnam, on devrait aussi s’engager en faveur de la diffusion et de la valorisation de l’art. L’art n’est ni une question d’intellectuels, ni de puristes, ni réservé à une certaine élite. « Il est évident qu’il est temps d’impliquer toute la société dans la reconstruction du marché de l’art vietnamien », estime Vi Kiên Thành.
 
D’après un expert en art, de nombreux étrangers considèrent que le Vietnam ne manque pas d’artistes peintres qui ont acquis à la fois l’ingéniosité de l’art asiatique et une connaissance subtile des maîtres occidentaux. Cela signifie que le pays pourrait devenir un marché de l’art reconnu, même si actuellement les toiles vietnamiennes ne sont pas très cotées à l’international. Il faut juste impulser le mouvement. « Si celles-ci ne jouissent pas d’une grande valeur, il n’y aura pas d’investissement, et les investisseurs étrangers continueront de négliger les tableaux vietnamiens. Un vrai problème si nous voulons nous intégrer sur le marché mondial et développer nos beaux-arts », affirme cet expert en art.
 
Minh Quang/CVN