Au Musée Cernuschi - 21 septembre 2012 au 27 janvier 2013

Dernier ajout : 27 octobre 2012.

 Vous pouvez encore vous procurer le catalogue de l’exposition Du fleuve Rouge au Mékong, Visions du Viêt Nam

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qui a eu lieu au Musée Cernuschi du 20 septembre 2012 au 27 janvier 2013 auprès de Loan de Fontbrune, adhérente de l’AAFV : loansicre yahoo.com
110 magistralement illustrées d’œuvres d’art moderne vietnamiennes et françaises, de Victor Tardieu et Nguyen Nam Son co-fondateurs de L’École supérieure des beaux-arts de l’Indochine en 1925 à Vu Cao Dam en passant par Lê Pho, Nguyen Phan Chanh éclairées de textes précis et clairs de Nadine André-Pallois, Loan de Fontbrune, Caroline Herbelin, Ngô Kim-Khôi sous la direction de Christine Shimizu.

Du Fleuve Rouge au Mékong, visions du Vietnam
Une exposition au musée Cernuschi,
7 avenue Vélasquez, 75008 Paris,

 du 21 septembre 2012 au 27 janvier 2013

http://www.cernuschi.paris.fr/fr/expositions/du-fleuve-rouge-au-mekong-visions-du-vietnam

http://www.cernuschi.paris.fr/sites/cernuschi/files/visuels_disponibles_pour_la_presse_0.pdf

À la suite des premiers explorateurs français qui avaient parcouru les contrées du sud-est asiatique, comme Francis Garnier (1864), des voyageurs et des peintres français s’aventurèrent à partir de la seconde moitié du XIXe siècle dans les toutes
jeunes colonies françaises. Ils en rapportèrent des aquarelles et des peintures, saisissant avec un regard juste des lieux jusque-là seulement imaginés comme paradisiaques.

Depuis Hanoi construite sur la rive droite du Fleuve Rouge, dans le nord du Vietnam (ancien Tonkin) jusqu’à Saigon et au fleuve Mékong dans le sud (ancienne Cochinchine), les hommes et les monuments suscitèrent leur intérêt. Au début du XXe siècle, l’État français encouragea des artistes à enseigner et à établir des écoles d’art ici comme dans ses autres colonies.
En 1910, il créa le Prix de l’Indochine qui offrit à des artistes français une bourse en Indochine. Cette présence artistique contribua à l’ouverture en 1924 de l’École des Beaux-Arts de Hanoi, sous la direction du peintre Victor Tardieu, appuyé par un jeune Vietnamien, Nguyen Nam Son.

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L’École accueillit de nombreux professeurs qui formèrent les artistes indochinois aux
techniques occidentales : architecture, peinture, sculpture, arts appliqués. Des écoles d’arts appliqués furent également créées, certaines plus particulièrement spécialisées dans des domaines artistiques : l’École de Thu Dau-Mot (1901) dans l’ébénisterie et le laque, l’École d’Art de Bien-Hoa (1903) dans la fonderie d’art et la céramique, l’École des Arts décoratifs de Gia-Dinh (1913) dans la gravure. Parmi les professeurs qui contribuèrent à la mise en place d’un nouveau style, il faut mentionner Joseph Inguimberty, Evariste Jonchère, André Maire, Alix Ayme, Louis Bate. Ces institutions apportèrent un nouvel élan à la production locale, renouvelant ses thématiques et son approche stylistique. Les artistes qui sortirent diplômés de l’École de Hanoi adoptèrent
une facture réaliste basée sur l’utilisation de la perspective linéaire et la recherche de volumes. Les scènes, souvent intimistes, qu’ils dépeignirent nous livrent un regard sensible sur la vie contemporaine où la femme occupe une place souvent centrale Lê Pho, Le Văn Đe, Lương Xuan Nhi, Mai Thu, Nguyen Gia Tri, Nguyen Phan
Chanh, Nguyen Tiên Chung, Nguyen Tuong Lan, Pham Hâu, To Ngoc Vân, Vũ Cao Đàm, Les uns s’exprimèrent sur des supports traditionnels comme la soie, d’autres optèrent pour la peinture à l’huile. Nguyen Gia Tri développa la technique de la peinture en laque poncée. Témoignages émouvants d’une fusion entre deux civilisations, les œuvres présentées dans cette exposition font revivre une époque et nous offrent une promenade dans un pays attachant. AHLG

Nous nous proposons d’organiser (en principe fin novembre) des visites de cette exposition, réservées aux membres de l’AAFV
et guidées par une conférencière de l’AFAO.
Si vous êtes intéressés, vous pouvez d’ores et déjà le faire savoir à : anne.hugot-le-goff wanadoo.fr

http://www.huffingtonpost.fr/jeannine-hayat/art-vietnam-expo_b_2022605.html
Publication : 28/10/2012 05:00

Jeannine Hayat

L’art moderne vietnamien au musée Cernuschi

Les expositions du musée Cernuschi, tout proche du Parc Monceau, sont toujours originales et stimulantes. Dans cet ancien hôtel particulier récemment rénové, les arts de l’Asie sont à l’honneur.

Depuis le 21 septembre 2012 et jusqu’au 27 janvier 2013, les artistes vietnamiens du XXe siècle y sont plus particulièrement célébrés. Une émouvante exposition, intitulée "Du fleuve Rouge au Mékong" présente de magnifiques images de l’Orient, rarement montrées mais propres à enrichir l’imaginaire des visiteurs fervents de l’extrême Orient. L’art moderne du Viêt Nam (un des trois pays de l’ancienne Indochine) est né d’un double effort. Le gouvernement colonial français, conscient des richesses artistiques traditionnelles du pays, avait développé en Indochine un enseignement visant à diffuser les techniques de dessin et de peinture occidentales. À cette action des pouvoirs publics, s’est ajoutée une initiative individuelle, qui fut sans doute décisive. En 1924, le peintre Victor Tardieu, secondé par son disciple annamite Nam So’n et soutenu par le gouverneur général Merlin, fondait à Hanoï l’École des beaux-arts de l’Indochine. Son but était de transformer les artisans locaux, déjà reconnus, en de véritables artistes. Car la tradition picturale vietnamienne n’était nullement aussi aboutie que dans l’exemple chinois.

L’École a bénéficié du talent des lauréats du prix de l’Indochine, fondé par la Société coloniale des artistes français. Les élus recevaient une bourse leur permettant de voyager pendant un an dans les colonies françaises. En contrepartie, ils avaient obligation de dispenser, pendant une année des cours, à l’École des beaux-arts de l’Indochine. L’enseignement, destiné aux étudiants du pays, était calqué sur celui de l’École des beaux-arts de Paris, avec d’indispensables adaptations. Ce fut une réussite. Un véritable mélange des cultures a donné naissance à des œuvres tout à fait originales : aussi bien la peinture à l’huile que la peinture sur soie ou la laque étaient promues dans l’établissement. De même que la sculpture. La première promotion des étudiants de l’École a brillamment participé à l’exposition universelle de 1931. Le mouvement était lancé.

Aux cimaises du musée Cernuschi sont accrochées aussi bien des œuvres des professeurs que de leurs disciples. Les œuvres des artistes occidentaux ont d’abord représenté une nature généreuse ou des paysages pittoresques. Comme en Chine, montagnes et eaux sont privilégiés. Une barque dans la baie d’Along, et c’est tout le pays qui surgit. Placé à l’entrée de l’exposition, le tableau d’Henry Vollet, "Femmes et flamboyants" est prétexte à faire résonner entre elles de magnifiques couleurs : le rouge de l’arbre et le jaune du sol se répondent et font vibrer la gamme des ocres. Le goût de la couleur pure semble synonyme d’un certain pittoresque oriental. D’ailleurs, après la Grande Guerre, Gauguin a inspiré à des coloristes installés en Indochine des portraits presque ethnographiques à l’instar de l’huile de Marie-Antoinette Boullard-Devé, intitulée "Terre rouge, femme de Cochinchine". D’après cette toile, femmes vietnamiennes et tahitiennes se ressemblent étrangement. D’autres artistes, comme Évariste Jonchère, qui a succédé en 1938 à Victor Tardieu à la tête de l’École des Beaux-arts, sont davantage attirés par un réalisme mimétique. Son tableau intitulé "Guerrier Méo", portrait dans lequel dominent le noir et une gamme d’ocres, exprime tout le mystère de l’Orient, sans effets spectaculaires.

Dans la France des années 1920, la technique ancestrale de la laque a beaucoup intéressé les artistes Art déco. Le goût occidental pour le fini brillant et miroitant que ce vernis pouvait offrir aux meubles ou aux panneaux décoratifs a donné l’impulsion aux spécialistes indochinois pour innover et progresser dans leur pratique. Les panneaux de bois laqués présentés dans l’exposition rivalisent avec des huiles. Il faut observer de près ces œuvres car la précision des détails fait tout leur prix. La végétation dorée du panneau laqué par Nguyên Thành Lê, intitulé "Village de montagne" est ciselée comme par un orfèvre. Quant aux poissons que Nguyen Gia Tri présente dans leur milieu marin, ils ressemblent à des trompe l’œil tant ils semblent vivants. L’art de la laque des artistes vietnamiens semble indépassable. Des occidentaux se sont pourtant essayés aussi à le maîtriser. L’une des grandes découvertes de l’exposition est certainement Alix Aymé, belle-sœur de l’écrivain Marcel Aymé. Passionnée par la laque, elle a adopté cette technique pour décorer les deux portes d’un meuble bas. Un groupe de femmes alanguies se repose dans un jardin. Certaines sont paresseusement allongées, les bras gracieusement ramenés au-dessus de la tête ; deux sont assises. L’inspiration nabi de cette œuvre aux couleurs somptueuses et à la composition savante est magnifiée par la laque. L’or et la coquille d’œuf contribuent à rehausser de reflets brillants les teintes traditionnelles de l’épais vernis. On retrouve un identique raffinement, caractéristique de cette artiste, dans de délicates scènes intimes à l’huile ou à la tempera.

Les peintures vietnamiennes sur soie, délicates et fragiles, sont une autre merveille de l’exposition. Mai Trung Thúr ou Lê Phô excellent dans l’art de saisir la beauté des femmes ou les gestes simples de la vie quotidienne. "Deux jeunes filles", peinture sur soie de Mai Trung Thúr, fait découvrir aux visiteurs deux demoiselles exquises de légèreté, vêtues de blanc, aux visages ronds, aux mains effilées, saisies dans le cours d’une promenade. Chaussées de fins souliers, elles semblent flotter au-dessus du sol. L’œuvre, datée de 1942, est pleine d’insouciance et de gaieté. C’est l’une des caractéristiques de cette exposition que les tensions de la colonisation n’y apparaissent jamais. D’autres portraits insistent davantage sur la sensualité des modèles. C’est le cas de la "Jeune femme en train de se peigner", une des scènes intimistes qui ont fait la célébrité de Nguyên Phan Chánh dans son pays. Une femme vêtue de blanc, assise sur un banc, une jambe repliée, l’autre posée à terre, peigne sa longue chevelure. Son pied nu, au centre du tableau, légèrement déformé et grossi, est le détail étrange, qui fascine le spectateur. Un magnifique documentaire consacré à la restauration de trois œuvres de Nguyên Phan Chánh permet aux spectateurs de prendre conscience de l’instabilité des peintures sur soie et de leur fragilité dans un climat humide et chaud. Depuis son indépendance et avec l’aide de spécialistes japonais, le Viêt Nam s’efforce de répertorier progressivement et de conserver, dans les meilleures conditions, les œuvres de son patrimoine. Les autorités d’un pays dévasté par les guerres de la décolonisation ont trouvé, grâce à cette politique culturelle, le moyen de rendre sa mémoire au peuple. L’exposition du musée Cernuschi est une contribution au mouvement de reconnaissance de l’art vietnamien, si subtil et si accompli. En quatre chapitres, le très intéressant catalogue de l’exposition, édité par Paris musées, replace en perspective la récente histoire de l’art moderne vietnamien.

Exposition "Du fleuve Rouge au Mékong, Visions du Viêt Nam", Musée Cernuschi, 7 avenue Velasquez, 75008 Paris, du 20 septembre 2012 au 27 janvier 2013.