Commémoration à Verrières le Buisson

Dernier ajout : 17 janvier 2013.

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Plaque commémorative / Samedi 13 octobre 2012
Discours de Thomas JOLY

Photo de la pose de la plaque ?
En présence de …

Thomas Joly, 1er adjoint, délégation générale - Conseiller général du canton de Bièvres, Vice-président de la communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre

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Je trouve assez symbolique que nous soyons aujourd’hui réunis ici à Verrières-le-Buisson au lendemain de l’attribution du 93e prix Nobel de la Paix car c’est ce à quoi nous invite cette commémoration : 40 ans de paix pour le Vietnam et de relations apaisées et amicales entre les peuples vietnamiens et français.
Ce fut long et parfois difficile de parvenir à l’organisation de cette commémoration car autour de nous, tous n’ont pas su ou pu tourner la page de cette relation historique compliquée et douloureuse entre la France et l’Indochine.
Aussi qu’il me soit permis ici dès maintenant de remercier les artisans de bonne volonté qui ont permis à cette manifestation d’avoir lieu. Cela n’a pas été toujours évident mais avec opiniâtreté, compétence et dévouement, ils sont aujourd’hui récompensés par cette cérémonie.
(…)
Ce qui nous réunit aujourd’hui ici devant la maison que Madame Binh occupa de 1968 à 1973 nous fait passer du 21ème au 19ème siècle.
En effet, c’est en 1890 que naquit Nguyen Sinh Cung, également connu sous le nom de Nguyên Aï Quoc qui prendra pour nom en 1942 Ho Chi Minh (celui qui éclaire). Après des études à Londres puis à Paris, Ho Chi Minh devient membre de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) et prend part à la création du Parti Communiste Français à l’occasion du congrès de Tours du 25 décembre 1920 grâce à son plaidoyer contre la colonisation.
Car dès la fin de la première guerre mondiale et la signature du Traité de Versailles, Ho Chi Minh constate avec beaucoup de déception que celui-ci n’applique pas aux colonies le droit des peuples à disposer d’eux - mêmes. Cette désillusion fera émerger au grand jour, et notamment avec son action, les mouvements indépendantistes à travers un rapprochement entre les mouvements nationalistes et communistes.
Après une formation en URSS, Ho Chi Minh fonde avec l’aide de Mao le Parti Communiste Indochinois en 1930, puis en 1941 la Ligue pour l’indépendance du Viet Nam qui combat l’occupant japonais et les colonisateurs français. Dans les derniers mois de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon prend le contrôle de l’Indochine. Le 11 mars 1945, l’empereur d’Annam Bao Daï déclare l’indépendance du Vietnam. Mais le 25 août, le pouvoir effectif est transféré au nouveau gouvernement formé par Ho Chi Minh qui proclame l’indépendance du Pays en tant que République Démocratique du Vietnam le 2 septembre 1945 à Hanoï.
La tentative française de reprise du contrôle colonial échoue face à la détermination des forces Viêt Minh qu’il mobilise et la bataille de Diên Bien Phu précipite la signature des Accords de Genève le 21 juillet 1954.
Le Vietnam se retrouve alors scindé en deux : au nord du 17e parallèle, la République Démocratique du Viêt Nam d’Ho Chi Minh et au sud, la République du Viêt Nam où le Corps expéditionnaire français en Extrême Orient s’est replié et où un gouvernement nationaliste s’installe, soutenu par les Etats-Unis d’Amérique.
Ho Chi Minh n’aura de cesse avec le Front National pour la Libération du Sud Viêtnam de réunifier le pays. Une guerre égale à nulle autre pareille va prospérer au-delà des villes et des villages du Vietnam, au-delà des rizières et de la jungle pour s’installer, sous bien d’autres formes bien sûr, sur les grandes avenues des capitales de tous les continents, dans les campus universitaires, auprès des médias internationaux, soulevant les prises de positions de très nombreuses personnalités du monde entier contre ce conflit, ce qui en altère décisivement le cours.
Après de très longs préliminaires, les négociations proprement dites débutent le 18 juin 1969 : autour de la table ronde siègent les deux gouvernements Vietnamiens du nord et du sud, les Etats Unis ainsi que le Front National de Libération reconnu comme un interlocuteur politique et diplomatique à part entière.
C’est un peu avant cette date, à l’automne 1968, que notre commune prend sa place dans l’Histoire.
(…) C’est la Société Civile Immobilière du Chalet du Lac qui louera la maison à la délégation du Gouvernement Révolutionnaire provisoire de la République du Sud Vietnam.

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Madame Nguyên Thi Binh sera donc dans cette maison l’une de nos concitoyennes.
Durant la Guerre du Vietnam, Mme Binh a été membre du comité central du Front National de Libération et Vice présidente de l’Association des femmes pour la libération du Sud Vietnam.
Arrivée à l’automne 1968 à Verrières où on la surnomme la reine des Vietcong, elle est nommée Ministre des affaires Etrangères du Gouvernement révolutionnaire provisoire de la République du Sud Vietnam, le contre-gouvernement du FLN au régime de la République du Vietnam.
C’est donc dans notre ville et à Paris que Madame Binh développera tous ses talents de négociatrice pour le Gouvernement Révolutionnaire Provisoire et signera à ce titre, le 27 janvier 1973 à Paris, les Accords de Paix qui sont conclus entre :
Les Etats Unis d’Amérique avec Henry Kissinger pour signataire ;
La République démocratique du Viêtnam (nord Viêtnam), représenté par Le Duc Tho ;
La République du Viêtnam (sud Viêtnam) et le Front National pour la Libération du sud Viêtnam avec
Madame Nguyên Thi Binh pour signataire.
L’action des négociateurs met ainsi fin à 10 années de guerre, les accords prévoyant le retrait des forces américaines, l’arrêt des hostilités et la réunification du pays.
Verrières est aujourd’hui fière d’avoir à sa manière contribué à la fin de ce désastre et se réjouit aujourd’hui de dévoiler une plaque rappelant ce haut lieu de l’histoire commune à nos deux pays. C’est une marque de fraternité entre nos peuples dont nous voulons garder le souvenir aujourd’hui pour les générations futures. A coté de la devise de notre patrie : « Liberté, Egalité, Fraternité », celle du Viêtnam résonne par « Indépendance, Liberté, Bonheur ». Que nos deux nations qui partagent la Liberté offrent à l’autre les valeurs qu’elles n’ont pas en commun, pour la plus grande entente et la prospérité de nos pays.
Vive le Viêtnam, vive la France, vive Verrières.

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