Lam Lê et les Cong Binh

Dernier ajout : 29 mars 2015.

http://www.filmfestamiens.org/

Novembre 2015
En attaché, mon discours d’inauguration du festival de films d’Amiens dont je préside le jury cette année.
Cela se passait dans la soirée du 13/11/2015 pendant qu’éclata la terreur à Paris.
Nous avons respecté la décision préfectorale et fermé provisoirement le festival juste le samedi.
En tant que président de jury, j’ai défendu avec vigueur la reprise des projections pour montrer que la culture est une des formes de résistance la plus efficace face à la barbarie.
En effet le festival de films a repris son cours normal dimanche 15/11 au matin et va durer jusqu’au 21/11 comme programmé.

J’ai fait ce discours d’inauguration aussi dans l’esprit de résistance contre la menace lepéniste qui pèse sur la région de Picardie aux prochaines législatives. Pris en otage par la nouvelle municipalité de droite depuis 2 ans, le festival est menacé autant dans son budget que dans son orientation artistique.
N’oublions pas que beaucoup de films vietnamiens de cinéastes VK et du VN y étaient présentés et même lauréats, entre autres “La saison des buffles” – Mua len trau - de Nguyen Vo Minh , et mon film Cong Binh. En tant qu’associations franco-vietnamiennes, vous en êtes donc autant concernées.

http://www.filmfestamiens.org/
http://www.filmfestamiens.org/IMG/pdf/35e_FIFAM_Programme.pdf

Ce discours est public, filmé, probablement prochainement diffusé sur le site du festival et sur Youtube, donc entièrement libre de droit et de diffusion
Amicalement

Lam Lê

Bonsoir,
Eh oui, 35 ans, l’âge des Blues Brothers ! Quel bel âge pour un festival, quand il témoigne d’une si grande vitalité !

Oui, chère ville d’Amiens, bien des municipalités vous envient de recevoir le père des Blues Brothers en guest star. Et il est là ce soir, le maestro John Landis, hôte d’honneur d’un festival qui, en ces temps inquiets, est le meilleur antidote à la morosité.
Oui, vous avez raison d’apporter votre soutien à la culture. Vous avez raison de labourer l’un des rares sillons qui vaillent en ces temps incertains. Je ne doute pas que ces germes que vous semez contribueraient à ranimer des rêves d’enfant que nous croyions enfouis au plus profond de nous, et à faire éclore autant de rêves d’avenir chez ceux qui pensaient ne plus en avoir. Et le rêve, ce qui nous permet de passer de l’autre côté, de franchir des frontières, de changer de peau, de devenir autre, est ce qui nous libère aussi des vieux démons et nous affranchit.

Everybody needs somebody chantaient les Blues Brothers. Au risque d’offusquer les anglicistes, je traduirai leur refrain par « Nous avons tous besoin de l’autre », manière de saluer ici quelques-uns de ces autres qui ont contribué au rayonnement de ce qui fait la France d’aujourd’hui.

Je salue ce Chilien qui, pour échapper aux atrocités d’un certain Pinochet, était venu se réfugier en France, terre d’accueil qui lui a permis de devenir l’immense et prolifique cinéaste français Raul Ruiz. Je salue cet Afghan qui, il y a trente-cinq an justement, avait fui Kaboul meurtri par les bombardements soviétiques, et était venu demander l’asile à la France avant de devenir un écrivain couronné par le prix Goncourt et un cinéaste primé à Cannes. Vous aurez tous reconnu Atiq Rahimi, l’auteur de Pierre de patience. Je salue aussi la jeune Deniz Aïgüven, ancienne élève de la Femis, qui va représenter le cinéma français aux prochains Oscars à Hollywood avec ce film si poignant et si subversif, Mustang.

Je salue tous ceux et celles qui, naguère étrangers en quête d’une terre d’asile, participent aujourd’hui avec éclat à une certaine entreprise de salut public en éveillant les consciences, en dessillant les yeux pour lutter contre la tentation du repli sur soi, et en rappelant que toute création est un saut vers la vie, et que dans les plis de cette vie-là se dissimule la beauté de l’enfance qu’il faut préserver malgré tous les saccages.
Le festival de films d’Amiens , vous avez pu le constater depuis 35 ans et vous le verrez dans les jours à venir, est avant tout le reflet d’un engagement et d’un combat pour l’altérité. Œuvrons tous ensemble pour que le cinéma continue d’être pour nous ce grand salto vers la vie.

Everybody needs somebody...Saluons cette profession de foi des Blues Brothers qui nous aidera à vaincre nos peurs viscérales et à triompher de nos rejets irrationnels.
Aux cinéastes présents, aux amis, aux élus et administrés, aux invités et aficionados des salles obscures, bon 35eme festival d’Amiens. A vous tous, merci.

septembre 2015
A ne pas rater la projection de deux films sur les 2 Cong Binh, l’un pionnier de la peinture vietnamienne et l’autre, pionnier du cinéma vietnamien en France dans les années 40 :

1/ le peintre Le Ba Dang, matricule Zae 6
2/ le cinéaste Pham Van Nhan, matricule Ztw 605

- Un court métrage de 20 mn réalisé sur le peintre Le Ba Dang par le grand cinéaste Dang Nhat Minh du VN , ( films “La saison des goyaves” et “Quand viendra le 10ème mois”, tous deux entrés dans l’histoire du cinéma mondial) et dont le montage fut achevé presque le jour même du décès du peintre fin janvier 2015.

- Un long métrage produit et réalisé en 53 par Pham van Nhan qui a fait jouer ses camarades cong binh dans le film. Rappelons que Pham Van Nhan est avec le peintre Mai Thu sont les deux cinéastes qui ont filmé le président Ho Chi Minh venu en France pour la conférence de Fontainebleau et sa visite au camp de cong binh de Mazargues à Marseille, l’été 46.

au cinéma La Clef
samedi 19/09/2015 à 14h
projection organisée par le cinéclub YDA ( Yeu Dien Anh : aimer le cinéma, en vietnamien) dirigé par le cinéphile Tran Hai Hac.
Entrée : 5€.

Pour les enfants de Cong Binh vous y découvriez les collègues anonymes de vos pères et grand-pères, et pour tou(te)s, vous auriez un instantané de la vie des jeunes Vietnamiens dans la France de l’année 53 avant Dien Bien Phu.
Une Q&A sera assurée à la fin de la projection pour répondre à vos interrogations.
Diffusez la nouvelle auprès de vos proches et de vos amis pour une belle sortie ciné de la rentrée.

Bien à vous tou(te)s

Lam Lê

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http://laodong.com.vn/van-hoa/lac-gioi-thieu-cai-toi-tac-gia-310173.bld

De Hanoi à vous en France, dans le froid et le verglas,
prévenez vos ami(e)s de Franche-Comté de venir fêter l’année de la Chèvre de Bois avec le film Cong Binh, 3 jours avant le Têt 2015 au festival de Vesoul

http://www.cinemas-asie.com/fr/horaires/lundi-16-fevrier.html

Lê Lâm

le 20 décembre 2014 "Me voilà revenu sain et sauf d’Alger après ce fatwa salafiste condamnant à mort l’écrivain algérien Kamel Daoud qui a mis toute l’Algérie en émoi.
Bravant la paranoïa ambiante, j’ai pris le courage de faire une déclaration en tant que cinéaste et juré du festival, dont la presse algérienne en a fait grand éclat. Mon engagement en tant qu’intellectuel n’a pas de frontière là où les droits d’expression sont bafoués. Au-delà de la mesquinerie du milieu des VietKieus qui tournent en rond en se regardant le nombril. En attachés quelques presses du jour" :

http://www.liberte-algerie.com/culture/les-larmes-de-labudovic-et-la-solidarite-du-jury-4640
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2014/12/20/article.php?sid=172334&cid=16
http://www.lexpressiondz.com/culture/207457-le-grand-prix-revient-au-film-canadien-gabrielle.html
http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/71058
http://festivalinternationalcinemaalger.org/fr/rencontre-autour-de-lhistoire-et-de-la-memoire/

http://festivalinternationalcinemaalger.org/fr/jurys/

Soirée de clôture du festival de Hanoi
C’est entre le 14mn04 et le 17mn28
puis entre le 40mn 09 et le 46mn 24

http://vtv.vn/video/be-mac-lien-hoan-phim-quoc-te-ha-noi-lan-thu-iii-phan-1-55260.htm

C’est à la 61è minutes du direct le 23 novembre à Hanoi
http://vtv.vn/video/khai-mac-lien-hoan-phim-quoc-te-ha-noi-lan-thu-iii-23112014-54828.htm

Le film Cong Binh,la longue nuit indochinoise de Lam Lê sera projeté

le 30/10/14 à 20h30

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à l’Institut de l’Image à la Cité du Livre à Aix en Provence

http://www.institut-image.org/programme/evenements/

Bien cordialement

ADR PRODUCTIONS

http://www.congbinh.net/
http://www.filmfestamiens.org/?-Homages-&lang=fr

signature youtube

Le film Công Binh est le dernier volet d’une trilogie de films précédés d’un moyen métrage sur la geste coloniale française en Indochine. En compétition dans plusieurs festivals internationaux, primé de Prix de Jury aux festivals de Pessac, de d’Amiens et d’Anaheim en Californie, il est fortement soutenu à sa sortie nationale en 2013 par l’AFCAE, Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai.
J’ai consacré depuis plus de trente ans ma cinématographie à comprendre comment il se pouvait que des civilisations issues des Lumières et fondatrices des droits de l’homme, aient pu liguer ensemble pour esclavager, piller et exploiter en toute impunité le reste de la planète. Tous mes films traduisent mon point de vue, ma vision du monde à travers le vécu et la mémoire d’un cinéaste, né colonisé et indigène de la République comme ces 20 000 jeunes Indochinois appelés Công Binh embarqués de force en 39-40 pour venir en métropole remplacer dans les usines d’armement les travailleurs français partis se battre contre l’Allemagne nazie.
Exploités, humiliés, traités comme des parias sur le sol même de France au mépris des lois et des valeurs républicaines, ils étaient les oubliés de la mémoire collective. Une jeune historienne franco-vietnamienne du nom de Liêm Khê a révélé leur tragédie dans son mémoire de maitrise en histoire obtenu en 1989. Précurseur et spécialiste sur ce sujet, elle a obtenu sa thèse de doctorat d’état en histoire sur le même thème récemment, en juin 2014 avec mention très honorable et félicitations du jury. A ce titre, ses travaux comme mes films sont entrepris toujours en hommage et à la mémoire des générations d’humiliés qui nous ont précédés.
Comme pour tout film documentaire, mes recherches proviennent des sources provenant de tous les horizons. Par mes origines, grâce à ma double culture et la maîtrise de la langue vietnamienne, j’ai pu mettre à profit dans la conception, l’écriture et la réalisation de ce film, les richesses méconnues du patrimoine culturel, artistique et historique du Viêt-Nam. C’est à travers notre langue maternelle qui a forgé l’âme vietnamienne que les témoins survivants de cette tragédie m’ont parlé en toute intimité, tel un père à son fils, de leur jeunesse volée, de leur souffrance et de leur humiliation subies dans le passé et aussi dans la réalité du Viêt-Nam d’aujourd’hui. Un épisode jusqu’ici jamais révélé sur l’opprobre qui continue de peser sur eux et leur famille.
En cela, je me revendique avec ce film comme passeur de mémoire pour mes compatriotes qui ont vu, vécu, subi dans leur chair et leur âme, le colonialisme au quotidien. Cette parole, celle de mes pères, ne saurait supporter qu’elle puisse être utilisée autrement que comme héritage légué à leurs enfants, pour qu’eux seuls puissent se réapproprier avec toute légitimité leur histoire.
J’aurais souhaité être présent ce soir pour vous accompagner dans le voyage que permet le cinéma et pour continuer après la projection du film à vous transmettre en leur nom, leur parole, leur humilité et leur humanité.
Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une bonne projection.
Lam Lê, auteur-réalisateur du film.

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intervention au Sénat le 14 novembre 2013

Lettre OUVERTE à un ami à propos de l’inauguration de la stèle à Salin de Giraud érigée en hommage aux travailleurs indochinois en France (1939-52) :

Invitation à l’inauguration Dimanche 5 octobre 2014 Inauguration d’un Mémorial aux travailleurs indochinois

J’ai donc bien reçu l’invitation envoyée par la mairie d’Arles et t’en remercie. J’imagine que tu m’as mis sur la liste des invités !Retour ligne automatique
Aussi je pense nécessaire de préciser d’abord à toi, le fondateur du vrai mémorial virtuel www.travailleurs-indochinois.org, ma position à cette invitation pour les raisons qui nous ont liés jusqu’ici dans ce combat qui n’a pas encore abouti. Autant j’ai prêté mains fortes à l’organisation pour Arles 2009 ( en pré-film) et pour Sorgues 2012 ( en post-film) autant je refuse moralement et politiquement de participer à l’inauguration de la stèle à Salin de Giraud sous les auspices institutionnels tels que notifiés dans l’invitation :

1/ Je suis contre l’idée de toute médaille en chocolat en ce temps de commémoration et de soit-disant “devoir de mémoire” à tout va, bon juste à faire taire les anciens indigènes (qui le restent de toutes façons dans une France bon teint), comme un susucre jeté à son petit toutou pour qu’il cesse d’aboyer.Retour ligne automatique
La lutte pour retrouver la dignité et l’honneur des cong binh reste au même point avec stèle ou pas stèle, avec médailles ou sans plaques commémoratives de pacotille. C’est pas ça qui va vers la reconnaissance officielle de leur statut d’ouvriers esclaves. Après la stèle, la France compatissante et civilisatrice a rempli son “devoir de mémoire” (sic !) donc peut s’en laver les mains et sa bonne conscience...

2/ J’ai apporté ma pierre à l’édifice avec mon film et mes interventions au Sénat (le 14/11/2013), au Mémorial de l’esclavage de Nantes ( le 07/06/13), dans les médias radio, presse et à travers les multiples récompenses remportées dans de prestigieux festivals internationaux de films Pas en tant que fils de cong binh que je ne suis pas, mais en tant que patriote vietnamien menant depuis 30 ans en solitaire son travail d’anticolonialiste, en totale autonomie, sans aide d’aucune force politique, seulement guidé par la boussole de ma conscience de cinéaste en quête de vérité sur l’injustice, l’impunité et l’exploitation des faibles par les puissants. L’anticolonialisme est un juste combat qui mérite d’y consacrer sa vie de cinéaste.Retour ligne automatique
J’estime que mon travail n’est pas un devoir de mémoire comme pour vous, enfants de cong binh mais un combat. Je ne me suis jamais senti “Français” car à chaque minute, chaque jour, la société française me fait comprendre je ne suis pas “Français” et ne le serais jamais. Même certains enfants de cong binh, pour ne pas les citer, ceux là même qui habitent la Camargue m’ont signifié que je reste un “chintok” à leurs yeux en oubliant le sang qui coule dans leurs veines ! Masque blanc et peau jaune comme dit l’ami Franz Fanon. Triste constat.

3/ Votre stèle est votre devoir de mémoire envers vos pères. C’est légitime et cela vous honore. Pas pour moi . En faisant ce film, j’ai gardé les meilleurs d’entre eux, j’ai sélectionné le plus engagé de leur propos pour en faire des combattants ( même si peu d’entre eux ne l’étaient en réalité), j’ai arrondi les angles pour qu’ils soient dignes , non seulement face à la France colonialiste et collaborationniste , mais aussi à un certain VN fantôche. En ce sens j’ai fait mon travail de mémoire envers le Vietnam d’où je viens, envers l’histoire de sa lutte pour son indépendance. Ceci explique cela.

4/ Votre commémoration telle qu’elle se présente, ne me concerne pas car c’est la France qui rend hommage à ces gens qu’elle a exploités, humiliés et ignorés. Je n’ai pas à m’y associer. Ce sont vos pères, votre chair, pas la mienne. La mienne est à Dien Bien Phu, sur la piste d’Ho Chi Minh ou dans les rizières du delta de Ca Mau, pas en France ni en Camargue.Retour ligne automatique
Je n’ai pas à m’associer à cette France ex empire colonial pour remercier les Cong Binh, car il y a encore beaucoup à faire pour que leur statut de prolétaires esclavagés soit reconnu et que leur retraite pour leurs années de travail pour le Ministère français de Travail soit indemnisée, et cela aux yeux du monde et pas seulement aux yeux de l’hexagone Or le Ministère de Travail, leur unique et officiel employeur devant la loi appliquée sur le sol de France est étrangement absent à cette journée d’hommage. Quel devoir de mémoire de la part d’une France qui a la mémoire qui flanche ? Tant que la France des Lumières et des Droits de l’homme refuse de regarder son passé colonial, aucune manifestation institutionnelle soi-disant de mémoire n’échappe à la langue de bois....Voilà une autre raison pour que je n’y participe pas.

5/ De toutes façons, je boycotte toute manifestation sous l’égide du Ministère français de la Défense auquel sont affiliés les anciens combattants et la mémoire, celle exclusivement militaire, évidemment. Les cong binh ne sont pas des militaires. C’est historiquement démontré. Je l’ai même inscrit dans le titre de mon film ”Cong binh” ( ouvrier sous régime militaire) et non “Linh Tho” (soldat ouvrier).Retour ligne automatique
J’ai refusé de participer à ce jeu de dupes en retirant de manière tonitruante mon film de la sélection pour l’exposition Indochine, des territoires et des hommes organisée au Musée de l’Armée aux Invalides l’hiver 2013. De même j’ai envoyé dans les cordes tout historien ou journaleux véreux, colonialiste nostalgique ou révisionniste sur la question coloniale qui cherche à présenter mon film à mon insu, en refusant d’être dans la sélection des rencontres de films d’histoire comme Blois et autres manifestations de ce genre, Perpignan, Ste Livrade etc... pour que mon travail ne soit pas récupéré et instrumenté à d’autres fins opportunistes et vilement marchandes opposées à la mienne. A ton regret de vouloir informer à tout prix, je t’ai répondu que mes films ne sont pas faits pour informer ( mission à laquelle a failli le service télévisuel public) mais pour dénoncer. C’est un combat et non une posture.

Or voilà que je découvre avec stupeur dans le carton d’invitation que c’est ta commémoration est sous le haut-patronage du Ministère de la Défense, pour la mémoire d’anciens combattants ! Donc vous, enfants de cong binh, avez reconnu de facto vos pères comme soldats engagés aux côtés de la France et non comme civils enrôlés manu militari de force. Ce contre quoi justement vous prétendez vous battre, vous membres de l’association M.O.I qui veut dire Mémoire des Ouvriers Indochinois ? Alors de quelle mémoire s’agit-il ?

6/ Le ciel me tombe sur la tête, dixit Astérix, le rebelle. Si certains d’entre vous, fils de cong binh s’enorgueillissent d’être fils de Gaulois, sachez que dans un combat, on ne doit jamais faire de concessions à l’ennemi. JAMAIS. Même pour un centime de subvention. Les Cong Binh les plus durs à cuire anticolonialistes en ont goûté dans l’affaire de Mazargues en mai 48.Retour ligne automatique
Voilà encore une autre des raisons pour me décider à ne pas m’associer à votre commémoration à Salin de Giraud.Retour ligne automatique
Elle est pernicieusement manipulée par des vrais politicards plus malins et mieux aguerris que vous, avides de publicité et de reconnaissances électorales. De droite ou de gauche, modérés ou ultras, c’est d’abord pour la mémoire nostalgique d’une France impériale, surtout en ce temps de crise d’identité nationale et sociétale.Retour ligne automatique
En foi de quoi, je trouve votre démarche révisionniste. Franz Fanon et Aimé Cézaire que j’ai cités dans mon film ont prédit ces cas de figure, ces singularités post-coloniales. Aucun combat contre un pouvoir dominant ne peut se passer de prise de conscience politique. Dans les mains des nantis, c’est devenu un combat de salon et de parvenus petits-bourgeois.

7/ Au dernier défilé du 14 juillet 2014 à la mémoire de la guerre de 14-18, le gouvernement vietnamien a refusé de faire participer les hommes du feu général Giap au défilé d’anciens soldats indigènes coloniaux. C’est une prise de position d’une grande dignité que j’applaudis des deux mains. Je me suis senti fier, digne et heureux comme le vieux cong binh du film qui racontait avec forte émotion les deux drapeaux frs et viet flottant pour la première dans l’histoire, côte à côte à la même hauteur pour accueillir le président HO chi Minh au Bourget en 46. Noble exemple pour nos enfants nés en France pour qu’ils comprennent que l’indépendance et la souveraineté prônés par l’oncle Hô ne sont pas de vains mots, mais la réalité du Vietnam d’aujourd’hui que le monde, et en l’occurrence la France doit admettre une fois pour toutes.Retour ligne automatique
Et dire qu’un petit malin du cru bordelais s’est cru intelligent de faire participer la mémoire des linh chiên et des linh tâp ( soldats indochinois engagés volontairement dans l’armée coloniale française) à l’exposition Frères d’âme, héritage croisé de la grande guerre.... combattants, de Métropole et d’Outre-mer tous unis par la singularité dans la défense de la liberté et de construction de la paix ( dixit l’annonce). De quelle paix ? Pour mieux appliquer et étendre au plus grand nombre le code de l’indigénat sur le sol même de France ? A vouloir ramasser à tout prix une miette de gloire médiatique à travers des commémorations organisées à tire larigot, des gens comme lui se sont fourvoyés en se donnant un fouet pour se faire flageller. C’est affligeant de bêtise et en totale manque de critique historique.

8/ Et pour finir, pendant que les cong binh ont pu manger du riz à leur faim dans la France occupée de 42-45 grâce à leur travail volontaire et non forcé comme certains opportunistes ont voulu faire croire pour tirer bénéfice de la compassion collective ( c’est démontré et dit dans mon film) et à leur savoir faire pour rendre le riz camarguais comestible, au même moment dans l’Indochine française, la France colonialiste pétainiste avait collaboré main dans la main avec le Japon fasciste pour imposer de force la culture du chanvre à la place du riz pour habiller l’armée nippone. Ce qui a causé la famine et la mort de 2 millions de Vietnamiens du pays, un crime historiquement reconnu.Retour ligne automatique
Oui la France a la mémoire qui flanche. Sous le prétexte de les nourrir, l’exploitation du riz des cong binh de Camargue a fait la fortune de beaucoup de familles arlésienness, camarguaises, saliniennes et consorts. Que cette stèle de Salin ne cache pas la forêt d’hévéas de Cochinchine qui a fait la fortune de quelques familles clermontoises de renom sur le dos décharné de dizaines de milliers d’indochinois.

Alors à quand une stèle pour dénoncer ce colonialisme criminel ? Certainement pas pour demain, la veille...

En foi de quoi, moi cinéaste, moi auteur du film Cong Binh, la longue nuit indochinoise....( sic ! et sic !) je refuse de participer à cette commémoration révisionniste.Retour ligne automatique
A ceux qui se laissent aller à ce jeu de dupes, je les laisse à leur conscience et à leur mémoire envers leur père.

Mon amitié restant intacte au créateur du site mémorial virtuel que tu es, cher Joël Pham, je salue hautement ta démarche mémorielle que j’estime être la seule qui soit noble car juste, universelle car indéfectible face à l’espace-temps, car tu vas dans le sens de l’histoire.Retour ligne automatique
Certes, je ne manquerais pas , le moment opportun de faire entendre ma voix et préciser ma prise de position présente publiquement par les médias appropriés.

Bien à toi

LamRetour ligne automatique
Cinéaste