Conséquences des épandages sur la nature : les résultats de la (...)

Dernier ajout : 27 octobre 2012.

Conséquences des épandages sur la nature : les résultats de la réhabilitation

La forêt tropicale dense La végétation boisée couvrait environ 60 % du Sud Vietnam, soit 10,4 millions d’hectares. La majeure partie de la couverture était constituée
par une forêt tropicale dense (5,8 millions d’hectares) principalement sur les Hauts Plateaux, où des arbres de haute futaie abritaient les étages inférieurs d’arbres, arbustes, buissons, lianes, herbes et fleurs.

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Plus d’un million d’hectares de cette forêt ont été détruits par des épandages répétés de défoliants [1]. On y trouvait une faune abondante, avec des éléphants, des tigres, des rhinocéros dont le rare rhinocéros de Java, des antilopes, des gaurs, des
oiseaux, des serpents (python), des papillons et une multitude d’autres insectes. La défoliation des grands arbres a bouleversé cet écosystème complexe, leur mort entraînant par contrecoup celle du reste de la végétation et la mort ou la fuite
des animaux vers le Laos voisin.

De nombreuses espèces forestières rares et précieuses ont disparu (Pseudocarpus macrocarpus, Sindora siamensis, Hopea odorata…). Des bambous et autres végétaux
sans grande valeur ont envahi la terre appauvrie. 100 millions de m3 de bois d’oeuvre ont été perdus [2]. Les collines dénudées ont été envahies d’une herbe haute surnommée « l’herbe américaine », aussi tenace que du chiendent et comme lui capable de repousser à partir d’un fragment de racine, qui étouffe toute autre
végétation et empêche la repousse naturelle (Pennicetum polystachym).

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La piste Ho Chi Minh

La déforestation a touché les bassins versants de nombreuses rivières en terrain escarpé, qui se transforment en torrents destructeurs, et de vastes étendues où les sols qui ne sont plus fixés par la végétation connaissent une érosion massive due au ruissellement des pluies. Des effondrements se produisent, laissant à nu la latérite et coupant les routes. Les effets des changements climatiques actuels, marqués par des moussons particulièrement abondantes et des pluies hors de saison, sont aggravés par les conséquences de la déforestation au point de compromettre l’efficacité du plan

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« Vivre avec les inondations » qui a jadis sauvé tant de vies : il arrive que des hameaux soient non plus inondés par des crues mais ensevelis sous des coulées de boue et des glissements de rochers imprévisibles. Le microclimat local est modifié et on pense même que la modification est peut-être à plus longue portée.
Des reboisements ont eu lieu et continuent à se faire.

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Mais la véritable « reforestation », la recréation d’une forêt complète comme écosystème équilibré, avec toute sa diversité, est une entreprise difficile, longue et
très coûteuse. Après avoir nettoyé le sol de tout le bois mort, on plante des arbres à croissance rapide, comme l’acacia, qui sont sans grand intérêt mais à l’ombre desquels on pourra au bout de trois ou quatre ans mettre en terre et voir prospérer les jeunes plants d’essences indigènes précieuses provenant des pépinières, notamment
de celles de Hué, installées avec le concours de la région Nord Pas de Calais, qui produisent des dizaines de milliers de plants par jour. Une gestion fi ne, un véritable jardinage, doit discipliner les buissons et les plantes basses et en favoriser la réapparition tout en évitant l’étouffement des jeunes arbres. Quelques milliers d’hectares de forêt tropicale ont ainsi été replantés avec succès, à l’instar des travaux de la Ma Da Forest Farm. Toutefois il reste beaucoup à faire et les ressources disponibles sont très limitées [3].

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Carte des épandages des défoliants au Viet Nam de 1961 à 1971

- Les forêts humides, mangroves et forêts de Melaleuca
La mangrove est une « forêt humide », une forêt qui pousse dans les zones marécageuses bordant la côte, les pieds dans l’eau saumâtre ou salée. Elle est formée d’espèces variées, la plus intéressante étant le Rhizophora.
Toutes ces essences sont fragiles et un seul épandage suffi t à les détruire. La zone des mangroves est sillonnée de canaux et d’arroyos et bien des hameaux ne sont accessibles qu’en pirogue. La mangrove abrite une vie intense d’animaux aquatiques, palmipèdes, tortues, poissons et crustacés. Elle est une zone de frayage et d’élevage notamment pour des espèces migratrices qui viennent s’y reproduire. Elle protège les
côtes basses de l’érosion du vent, des vagues, des marées et des courants. Sur les 500 000 hectares de mangroves, 150 000 ont été détruits par les épandages.

Heureusement, la mangrove se reconstitue plus facilement que la forêt dense. Les habitants ont pris leur sort en main et pour l’essentiel, la mangrove est rétablie.
Les espèces animales et végétales ont réapparu et foisonnent Les crocodiles prospèrent. Signe favorable : les grues sont revenues dans la Plaine des Joncs. Plusieurs réserves naturelles de grande superficie deviennent
des destinations touristiques, comme à Can Gio. Les forêts de Melaleuca [4] sont des forêts semi-inondées que l’on trouve uniquement dans le delta du Mékong. Elles couvraient 250 000 hectares dans les régions inondables. 120 000 hectares ont été anéantis mais, là encore, la population s’est attelée à la replantation des Melaleuca, les seuls arbres à pousser dans ce sol acide.Ainsi, après vingt ans et plus d’un travail pénible et dangereux dans des marécages empoisonnés, les Vietnamiens ont réussi à éliminer une partie des séquelles de la guerre américaine [5]. MHL

Notes

[1Westing, A., H. Herbicides in War : Past and Present, in Westing, A., H., ed., 1984, Herbicides in war, the long-term Ecological and Human
Consequences, SIPRI, Taylor & Francis, London and Philadelphia,. Trad. française de ce chapitre par Yvonne Capdeville in AAFV, L’Agent
orange au Vietnam, crime d’hier tragédie d’aujourd’hui, Paris, Tirésias, 2005.
2 Phung Tuu Boi, Tran Quoc Dung, Le Van Cham, 2002, Effects of chemical warfare upon Vietnamese forest resources (1961-1971), Vietnam-
United States Scientifi c Conference on Human Health and Environmental Effects of Agent orange/dioxin, Hanoi, March 3-6 2002.

[2Phung Tuu Boi, Tran Quoc Dung, Le Van Cham, 2002, Effects of chemical warfare upon Vietnamese forest resources (1961-1971), Vietnam-
United States Scientifi c Conference on Human Health and Environmental Effects of Agent orange/dioxin, Hanoi, March 3-6 2002.

[3Les autorités vietnamiennes doivent encore lutter contre des déboisements volontaires dus à la contrebande de bois d’oeuvre
(voir le fi lm de Vuong Duc d’après une nouvelle de Nguyen Huy Thiep, Les coupeurs de bois) ou à la recherche de terres agricoles.

[4Le Melaleuca porte en français le nom d’arbre à thé, bien qu’il ne fournisse aucun thé. Il est employé au Vietnam pour son bois et en pharmacopée traditionnelle, notamment comme fongicide, en usage exclusivement externe !

[5Westing, A.H., VoQuy, Phaung Tuu Boi, Bui Thi Lang, Dwernychuk, L. W. Long-term consequences of the Vietnam war, Ecosystems. Report to the Environmental Conference on Cambodia, Laos, Vietnam, Stockholm, July 2002.