Dang Thanh Le

Dernier ajout : 16 septembre 2013.

LA LANGUE ET L’INSPIRATION POÉTIQUE DANS LA CHANSON - MESSAGÈRE DE LA CULTURE FRANÇAISE

Dang Thanh Le, Professeur à l’Université Pédagogique de Hanoi

Au Viêt Nam, les œuvres musicales, la musique symphonique, la musique de salon… sont confinées dans le cercle des compositeurs et de ceux qui jouissent d’une large connaissance musicale. Pour l’ensemble de la population, de la jeunesse dorée aux couches populaires et dans les écoles ce sont les paroles mises en musique ou la musique populaire qui sont connues et pratiquées – En tout état de cause, les chansons jouent un rôle important dans la formation de la personnalité de chacun.
Les airs, les couplets… font partis de notre tradition. Toutefois, nous voudrions aborder ici les chansons modernes introduites et présentées comme des « petites pièces musicales à caractère populaire » que l’on chantait en Europe à l’époque contemporaine. En ce temps là, le grand public pouvait écouter des airs chantés par des artistes. Ils étaient chantés en solo ou en chœur dans les rassemblements populaires. Ainsi, comparée à la musique sans parole, la musique avec parole s’est introduite largement et profondément dans la vie de la population. Et par ces chansons, sont apparus le rôle du langage et de la poésie. De nombreuses définitions de la poésie ont fleuri, pour Verlaine, « de la musique avant tout ». Le rythme musical est une propriété propre du langage poétique. D’ailleurs, par le langage, apparaitra l’inspiration poétique, car, la poésie est juste un « mode de pensée par image ».
Les échanges entre les cultures, « Le voyage des pensées » [1] produisent souvent des chef-d’œuvres, philosophiques et littéraires… Cependant, le langage et l’inspiration poétique dans les chansons jouent un rôle de premier ordre et tout à fait original, influençant les pensées et l’intellect. Des poèmes jalonnent l’histoire, archétypes de l’âme humaine. Un phénomène objectif peut s’inscrire dans la mémoire, et peut influencer la vie intellectuelle. Cependant, par des moyens vraiment spécifiques, une parole poétique, un vers, une inspiration peuvent produire davantage dans l’esprit humain sans avoir à faire à l’image, la couleur ou le son qui sont les caractéristiques des autres arts. Et quand, combinés avec la musique, le langage et l’inspiration poétique s’adressent directement à l’âme, ils laisseront de profondes traces sur les sentiments et l’intelligence.
Toutefois, si, au début de l’ère contemporaine, le « Voyage des pensées » s’était imposé par des échanges « bilatéraux et égaux en terme national », dans l’esprit des contacts ancestraux aux frontières, « tout d’abord, les pensées suivaient les pas des hommes sur les voies commerciales, les guerres ou les religions » . Les Français ont commencé leur conquête du Viêt Nam avec le feu du corps expéditionnaire français. Mais une fois le régime colonialiste installé, la culture française dans tous les domaines – science – techniques, sciences sociales, littérature et arts… se sont installés au Viêt Nam par l’éducation, les concours et des publications conduites par le pouvoir colonialiste.
Toutefois, on pourrait affirmer que dès le début de la conquête et par les voies imposées par l’administration colonialiste, la culture aurait été capable de se s’établir séparément – elle aurait suivi son propre chemin. En dépit d’une institution particulière, la culture aurait pu avoir un destin indépendant, au delà du temps et des frontières… Les chansons françaises devraient exprimer le meilleur de la France – ce pays connu pour son développement exceptionnel dans l’histoire du monde. Cet humanisme était étranger aux autorités colonialistes de ce temps, mais ils étaient, aussi, la condition nécessaire à l’introduction culturelle française… Par contre, le Vietnamien patriote était prêt à accueillir les valeurs splendides de la culture française… Pourquoi ? Parce que l’humanisme « sensualiste intuitif » ou « rationaliste conscient », philosophique ou abstrait… est le point de rencontre des hommes de l’Occident, de L’Orient, anciens ou modernes… La conscience humaine n’est pas spécifique d’une région ou d’une contrée.

LES CHANSONS ENFANTINES OU LE RÊVE DE DEVENIR HOMME
ET LES ASPIRATIONS D’UN CHATON ROMANTIQUE
Les chansons françaises enfantines (certaines pour tous les âges) ont apporté à notre génération un monde varié et prospère : des ruisseaux bercés de lumière lunaire, des fleurs et des feuilles, la petite grenouille et le crapaud élégant, l’alouette et la pigeonne… Le style narratif et le langage des personnages constituent les deux facteurs attractifs de l’âge d’or qu’on rencontrait fréquemment dans les chansons enfantines traditionnelles vietnamiennes et l’enfance moderne, - les chansons françaises : Outre quelques chansons assez populaires comme Frère Jacques, Au clair de la lune, Il était un petit navire, Mon beau sapin… particulièrement des chansons dont le personnage principal était un jeune crapaud, une gentille grenouille (Le crapaud et la grenouille) ou un petit chaton (Les trois petits chatons)… Le crapaud et la grenouille les animaux singent les humains. La chanson raconte l’amour d’une petite, belle et docile grenouille et d’un jeune crapaud « à peu près du même âge ». Mais hélas ! Le méchant père adoptif de la petite grenouille l’empêche de devenir sa femme. Les deux amoureux projettent de s’enfuir, quand le vieux crapaud apparait. D’un coup de pied, il tue le jeune crapaud. La jeune grenouille, fidèle à son amour, s’en « va s’asphyxier dans une cheminée »… Une fin étrange mais logique (les grenouilles et les crapauds ne peuvent pas se suicider dans l’eau !) mais émouvante expression d’un amour sincère et désintéressé du jeune crapaud et de la belle grenouille.
Les trois petits chatons, l’imagination de l’âge d’or prend les ailes d’un chaton, aspiration originale imprégnée d’humanité. La chanson raconte l’histoire d’une femme et ses trois chatons :
Mouche dans son écuelle
Buvait du lait sucré.
Fripon d’une pelote,
Jouait sans se lasser,
Tout petit jouet, tout peton…
Tout triste était Raton.
Mais Raton ne pouvait ne pas avoir de passions. Bien au contraire, on surprend un Raton, oubliant les besoins de son jeune âge pour une autre unique passion :
Le nez à la fenêtre,
Il regardait passer
Les enfants de l’école
Les pieds dans les sabots
Tout petit sabot, tout peton,
Et leurs sacs de carton.
Il fut l’objet de l’anxiété de la patronne. « Mon Raton ! » - elle disait-elle au chaton :
Raton – lui dit la dame,
Tu as l’air bien désolé,
Tu ne veux pas de soupe,
Tu ne veux pas jouer,
Tout petit jouet, tout peton,
Que te faudrait – il donc ?
La réponse du chaton consciencieux auprès de la fenêtre fut la suivante :
Je voudrais être
Un de ces enfants si beaux
Pour aller a l’école
Les pieds dans des sabots.
Tout petit lacet, tout peton,
Et mon sac de carton
La chanson s’arrête au rêve de Raton, mais semble continuer à voler suivant les pensées drôles et romantiques chéries du chaton : la soif de devenir homme, de connaitre… cette chanson contient des valeurs éducatives à l’adresse (des enfants paresseux voulant manquer l’école), et derrière tout cela, une philosophie, faisant l’éloge de l’intelligence… Si le mélodrame et la drôlerie des images des personnages donnaient de la réalité au langage d’hier, la vitalité du dialogue et la profondeur philosophique et humaniste de la chanson continuent leur voyage avec notre génération parvenue à sa maturité.
LES CHANSONS D’AMOUR FRANCAISES ET LES JEUNES
Comme dans la poésie lyrique, la langue dans les chansons d’amour s’en tient au lyrisme. Dans les chansons d’amour du folklore français, le lyrisme revêt la forme d’une dame comme dans : À la claire fontaine , En passant par la Lorraine… tandis que dans les autres pays, les personnages des chansons d’amour contemporaines, et partiellement dans les chansons d’amour folklorique, sont souvent des hommes.
Le lyrisme peut être l’expression de soi vers un objet indéterminé mais aussi, des paroles unilatérales d’un jeune amoureux à son amante.
Dans un pays, comme la France engagée, très tôt, dans la modernisation, l’amour, dans ses chansons prend un caractère passionné, ardent, chaleureux, exprimant la « passion française ». Chaque pays, nourrit des poèmes d’amour et des romances distinctes. Toutefois la « chaleur de la passion » aux couleurs modernes se révèle dans nombre de chansons d’amour françaises. Un système d’images naturelles composé de fleurs, de feuilles, d’oiseaux… florissantes, splendides, illuminantes… est capable d’exprimer le premier amour ardent de l’âge d’or :
Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux, du soleil au cœur !
On peut dire que nombre de chansons d’amour françaises sont les messagères de la culture moderne européenne, apportant à la jeune génération vietnamienne une image de l’amour passionné et normal pour un homme vieux de milliers d’années, oppressé par la culture et l’éducation austère du système féodal oriental. Cette passion ardente s’attache à la soif d’un « amour unique et fidèle », un « amour immortel » comme dans les paroles du chef-œuvre de Schumann. La France a transformé les valeurs culturelles de l’humanité entière. Sur la base d’un langage traditionnel abondant et délicat, splendidement poétique de l’histoire française, apparaissent des morceaux de musique ou des chansons étrangères renommés comme « Auld Lang Syne de l’Écosse » – traduit en chant d’adieux. La mise en parole de « Rêverie » de Schumann nous amène vers des horizons romantiques et poétiques d’un amour sans fin :
Ce soir mon coeur est près de vous
Dans le cher réconfort de votre souvenir
Tout dort et le silence est doux
Je rêve d’un amour qui ne pourrait finir…
Les couleurs romantiques idéales de l’amour entre les jeunes apparaissent assez nombreuses dans les chansons qui ont suivi la Révolution d’août 1945 et particulièrement dans les premiers jours de la guerre de résistance contre les colonialistes français, avant que nous adoptions une tendance gauchiste en amour comme dans la vie privée. Nombre de romances comme Nu cuoi son cuoc (le sourire d’une montagnarde), Truong Chi, sont des vers poétique sur l’amour.

De nos jours, les chansons d’amour reviennent dans notre vie quotidienne. Cependant, l’amour du temps moderne semble différent de l’amour du temps passé … Est- ce que l’amour d’un temps mécanisé pourrait rendre fade le sentiment romantique, qui, pourtant, contient les couleurs nécessaires à l’homme, à l’amour de tous les temps et de tous les lieux… ? On ne poursuit plus l’ancien dogmatisme rigoureux, mais on accepte les accords harmoniques Thuy Kieu – Thuc Sinh et Thuy Kieu - Tu Hai, même sur les mélodies d’amour Thuy Kieu – Kim Trong. Toutefois, si l’on peut dans la vie envisager un amour unique ou un mariage à vie, peut-on reconnaitre un grand bonheur inavouable ? Comme dans la prose et la poésie, les chansons d’amour abordent fréquemment les thèmes de l’amour brisé… Les chansons françaises expriment l’amour brisé sous des couleurs diverses, vivides, abondantes… Les causes de rupture peuvent être multiples : la dévastation, la rigueur, les bizarreries de la vie ou des puissances cruelles (Le crapaud et la jeune grenouille). Mais dans bien des cas, souvent les jeunes « trouvent les voies épineuses par eux-mêmes » qui causent leur séparation. Parfois, des « sottises » conduisent à la rupture. André Maurois dans sa « Lettre à la dame inconnue » recommandait face à un véritable amour, il faut saisir « le moment fatal », éviter les obsessions insignifiantes pour prévenir la destruction du bonheur. Un garçon trop orgueilleux, obsédé par lui même décida de retarder l’heure d’un rendez-vous promis pour affirmer son ego. Quelques minutes à un moment donné, mèneront les deux amants sur deux voies différentes. Un poète fit une recommandation tout à fait humoristique à ce jeune orgueilleux.
Oh, jeunes de dix- sept ans !
Cinq minutes plus tôt au rendez-vous
Séparèrent les amants !
On pourrait citer un vers de la littérature classique chinoise précisant que « l’erreur d’un millimètre vous obligera à faire une lieue de marche » sur la voie vers le royaume de l’amour : « Nhất thất cước thành thiên cổ hận » – un faux pas, c’est un ressentiment pour toujours.
Le poème « À la claire fontaine » cité plus haut en est la preuve. Ecoutant le chant de l’alouette, la jeune fille éclata :
Chante rossignol, chante
Toi qui as le coeur gai
Tu as le coeur à rire !
Moi je l’ai à pleurer !
J’ai perdu mon ami
Sans l’avoir mérité,
Pour un bouquet de roses
Que je lui refusai
Pourquoi refusât elle les roses et pourquoi ce jeune homme rejeta-t-il cet amour à cause des roses ?… : Justement, ce sont là, les secrets du cœur …
Seulement, ces « dialectiques d’âme » menant à des ruptures illogiques d’un amour qui ne devrait pas être brisé… Dans d’autres cas, la trahison du premier amour rend ineffaçables les regrets et les remords chez les jeunes. C’est le cas d’une chanson romantique. Est-t-elle moderne ? D’une poésie mielleuse et transparente, tant la physionomie et les rires des anciens furent ré-évoqués dans le contexte des terres natales.
Mon amour, je revois ton visage…
Un vieux bourg, un clocher de village…
Et j’entends avec le chant des cloches,
Sonner encore dans l’air pur d’ un printemps.
Ton rire éclatant…
Mon amour, ce soir, comme une reproche,
Ton image effacée
Prends toute ma pensée....
Seul, dans ma chambre, tandis que tombe le jour
Et comme dans un rêve,
Je vois mon premier amour.....
Au travers des chansons d’amour, on peut reconnaitre un autre trait caractéristique de la culture française : c’est le caractère « ouvert » du style artistique dans l’expression du sujet et aussi dans la jouissance d’une chanson. Des romances considérées comme des chansons enfantines peuvent occuper de nombreuses heures d’enseignement musical dans les écoles primaires comme À la claire fontaine, Auprès de ma blonde. Il en est de même pour les chansons de marche, pour les deux poèmes mentionnés plus haut transformés en chansons d’amour chantées comme des marches militaires. D’ailleurs, l’ancienne et fameuse chanson d’amour du Midi français – Se canto, que canto- S’il chante, qu’il chante – avait été en quelque sorte une Marseillaise depuis un siècle. Ce sujet s’exprime clairement dans la romance bien connue Le temps des cerises de Jean Baptiste Clément – une chanson d’amour, en même temps qu’une chanson libérale couplée avec l’histoire de la Commune de Paris 1871-1886.
De concert avec les œuvre philosophiques et littéraires, le langage et l’inspiration poétique dans les chansons françaises - au travers des images d’amour- offrent aux jeunes contemporains un nouvel exemple d’amour, quand les évènements historiques poussent la société vietnamienne au delà du système idéologique, du moralisme, du système culturel et d’éducation féodales. En même temps, les chansons françaises ont contribué à l’inspiration du cercle des compositeurs pour des chansons d’amour vietnamiennes modernes.
LES CHANSONS DE MARCHE ET L’APPEL DE LA JEUNESSE
La classification des chansons en Chanson d’amour, chanson de marche… ou les notions de musique jaune, musique bleue prennent une signification à noter. Dans le domaine éducatif (éducation scolaire et éducation sociale), c’est une ligne de conduite de la popularisation et la dissémination des chansons ayant pour but d’améliorer la personnalité des jeunes générations. Les chansons d’amour introduites dans les écoles secondaires et universités ont été accueillies avec enthousiasme tant par les élèves et les étudiants à l’âge de l’« amour » ou « amour imaginé ». Toutefois, les chansons de marche pouvaient attirer fortement cette génération. Le courage de cette jeunesse non seulement surgissait dans un contexte épique et de combats. Les traits psycho-physiologiques, chez ces jeunes, exacerbaient leur zèle, l’ardeur envers la patrie et la communauté. La soif de sacrifice, souhaitant affirmer une position personnelle au sein de la société… signifiait la tendance idéologique nécessaire surgissant après la formation de l’école et la société pour devenir une personnalité mature, celle d’un homme éduqué possédant une idéologie sociale. Ainsi, les chansons de marche seront accueillies en général et les jeunes en particulier avec un enthousiasme aussi grand que celui ressenti à l’écoute des chansons d’amour.
Selon une définition académique, les chansons de marche s’emploient pour régler le pas d’une formation… Dans une société conventionnelle, « une formation » signifie l’armée. Dans les premiers temps, une chanson de marche pouvait être seulement un couplet de marche militaire. Suivant Les chansons de la France de Roland Sabatier et de Pierre Chaumeil avec illustration et narration, à côté des Chansons de marche authentiques comme Malbrough s’en va en guerre ou la Marseillaise - l’hymne national français depuis 1879, des couplets d’amour comme À la Claire fontaine avaient été chantés par les soldats français au 18ème siècle dans la guerre du Canada (terre occupée par Jacques Cartier pour la France en 1534) contre l’agression anglaise. Et Auprès de ma blonde était aussi considérée comme « une très ancienne chanson de marche en cadence avec les mouvements des troupes françaises dans la guerre de 30 ans menée par Louis XIII et Richelieu depuis 1635 contre l’Autriche ».
Outre La Marseillaise dont le romantisme épique, la poésie à la fois insistante et majestueuse ont conquis les peuples de nombreux pays, existaient des chansons de marche françaises comme Une fleur au chapeau, à la bouche une chanson et - plus particulièrement – La jeune garde au rythme basse-majestisso et aux paroles stimulantes :
(Nous sommes la jeune garde. Nous sommes les gardes de l’avenir. Elevés par la souffrance, oui, nous saurons vaincre et mourir. Nous travaillons pour la bonne cause, à délivrer le genre humain)
On peut dire que la chanson de marche est une expression de la jeunesse d’une génération, avec un appel solennel, des images épiques et un langage approprié au sujet comme à la forme. Par leurs effets héroïques et entrainant, les chansons de marche françaises influencèrent beaucoup le Viet Nam et en premier lieu le cercle des compositeurs. Luu Huu Phuoc créa L’appel de la jeunesse en bilingue.
Dans la vie civile, la chanson de marche exprime les sentiments et l’idéologie, l’appel à la volonté et au rassemblement .... Je me souviens encore, à l’occasion d’ un meeting à la memoire de l’Empereur Quang Trung après l’accession au pouvoir de la Revolution d’aout, quand, mettant fin au discours adressé au grand public au Theatre de la Ville, le camarade Vo Nguyen Giap clamait :
Thang Long – Dong Do – Ha Noi
Tran Hung Dao – Le Loi – Ho Chi Minh…
Tout l’auditoire du Théâtre se leva d’un coup, et le camarade Nguyen Dinh Thi sortit des coulisses, les bras en l’air arrangeant la foule et le choeur la chanson de marche : Diet phat xit (Combattre les fascistes).
J’avais 13-14 ans, les pionnières d’avant-garde mêlaient leurs voix à celles des militants – des jeunes pour la défense, des révolutionnaires entre deux âges, des dirigeants du gouvernement. Et encore aujourd’hui, avec une expérience de plus d’un demi-siècle, ces paroles et ces chansons ne cessent pas de résonner dans notre mémoire, notre âme et nos coeurs.

Les chansons d’amour sont essentielles, une soif de bonheur des jeunes et pour tous… Les chansons de marche cristallisent les exigences de la terre natale, L’appel à la marche mobilisait la jeune génération… Ces deux type de chant galvanisant une jeunesse pleine d’ardeur et de soif pour offrir ses forces. Et les chansons de marche moderne recueillies dans la culture française constituent justement un bel exemple du Viet Nam contemporain.
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En conclusion, malgré la résistance sanglante de notre peuple au colonialisme, la culture française dans ce qu’elle a de plus humain et de ce fait démocratique a été largement accueillie par le Viet Nam. Car, un patriotisme profond et une juste cause sont les fondements et partagés par l’humanité toute entière.
La culture française, dont les chansons sont imprégnées d’une poésie ravissante, a contribué au processus de modernisation de la vie culturo-sociale, à la formation de la personnalité de la génération des pionniers et des jeunes vietnamiens contemporains. Dans la situation vietnamienne d’aujourd’hui, nous devrions être capables de reconnaitre, d’évaluer correctement l’échange et l’assimilation de la culture française – élément culturel constituant l’humanité entière – comme un beau souvenir, un cadeau du peuple français.
Revue littéraire – N° 11, 1997 (extraits de l’article de Dang Thanh Le)
traduiction par Mme Tran thi Thuc Nga
et "revisité" par Dominique Miscault "

Notes

[1Le messager de l’UNESCO. Numéro spécial « Le voyage des pensées ». Juin 1997