De père inconnu - Pham Ngoc Lân

Dernier ajout : 30 juillet 2015.

Pham Ngoc Lân De père inconnu
Récits sur le Viêt Nam de la deuxième moitié du XXème siècle.
L’Harmattan, 2015.

L’oeuvre de Pham Ngoc Lân est d’abord le récit de la quête d’identité de son auteur. On suit cette quête dans la première partie de l’ouvrage, à la faveur d’un retour en arrière, à partir de son terme, en 2006, dans le cimetière d’un village provençal.
Enfant métis d’un militaire français dont la trace s’était perdue à la fin de la seconde guerre mondiale, et d’une mère originaire de Ha Dong, au sud d’Hanoi, adopté par un beau-père vietnamien aimant, il fut heureusement beaucoup mieux intégré dans la société coloniale de l’époque que beaucoup d’enfants dans son cas.
Après ce prologue, l’histoire de Long (l’auteur a choisi de modifier les noms des protagonistes de son récit) et celle des nombreux membres de sa famille va se mêler intimement, de 1943 à 2007, avec celle de l’Indochine puis de la République du Sud-Vietnam, enfin du Vietnam réunifié, quitté en 1980, retrouvé ponctuellement depuis.
Ce que peut nous montrer, nous apprendre, nous faire imaginer, cette épopée, on laissera aux lecteurs le soin de le découvrir. L’Histoire et les histoires y sont vécues de façon subjective, et jamais Pham Ngoc Lân ne prétend faire œuvre scientifique. Il rapporte ce qu’ont vécu les siens, ce qu’il en sait.
Encore faut-il tenter de dire comment ces expériences nous sont transmises. Les choix d’écriture ne sont pas simples, mais c’est peut-être justement le mérite de l’ouvrage de ne pas essayer de « lisser » le réel.
Le fil narratif circule d’une partie de la famille à une autre. Rien de linéaire. Ni « fresque », ni « souffle épique » mais la vie d’individus mêlés à trois guerres, étrangères et intestines, originaires du Nord, mais vivant majoritairement au Sud. On ne saurait vivre « à côté » d’une Histoire aussi tragique et complexe que celle du Vietnam du XXème siècle et comme les engagements sont divers, les destins le seront.
La forme-sens du « récit à points de vues multiples » pourrait être un bon choix. Extraits de journal personnel, lettres, photos, récit en troisième personne qui ne se veut ni « autobiographique » (le nom du personnage et celui de l’auteur sont différents, mais les photos montrent bien ce dernier) ni « autofictionnel » (pas de fiction ici, dit la note préalable) se succèdent Mais on souhaiterait voir, au fil de la lecture, se dégager l’« image dans le tapis », on aimerait sentir une véritable maîtrise de la construction. Or le passage d’une technique d’écriture à l’autre donne trop souvent la sensation de n’être pas justifié. Un sommaire, qui propose un schéma « dramatique » en chiasme, figure en tête du livre, et ajoute au tout une proposition de lecture supplémentaire. Mais tout se passe comme si cette belle architecture avait explosé, échappant à son auteur.
Cet ouvrage reste enrichissant et, c’est peut-être du fait même de son désordre plein de vie, qu’il « accroche » le lecteur. On s’attache aux hommes et aux femmes rencontrés dans ce récit-témoignage. C’est une expérience de lecture qui vaut la peine d’être tentée.

Françoise Paradis