Des poètes de ma terre lointaine Vol.II - Dong Phong

Dernier ajout : 17 novembre 2012.

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Elles sont belles et passionnantes ces deux cents pages !
On y aborde le Vietnam dans ce qui le meut.
Qu’est ce que cette sélection nous révèle ?
Quelle nécessité a l’auteur du recueil, de partager ses choix avec d’autres ?
Đong Phong a vécu, en pleine adolescence, une époque atrocement troublée dont on ne peut vraiment se relever. C’est donc une réponse à une époque bouleversée du Vietnam contemporain, mais pas seulement, c’est aussi la voix donnée aux pas déterminés et sans retour des exilés. En filigrane le cri de Đong Phong traverse l’histoire en s’attardant sur une espèce humaine dont les fondements sont bouleversés.
Au delà des guerres, de la distance et des déchirures sans sutures possibles il y a la poésie, les chants des autres derrière lesquels on se cache. Ce sont les vers qui jalonnent l’histoire héroïque et quotidienne du Vietnam.
Naturellement le langage est double, l’auteur en s’appuyant sur la chronologie reconstruit ailleurs, sa terre natale. Le Vietnam est revisité, réapproprié avec au loin, l’image d’un paradis perdu et pas seulement, celui de l’enfance.
A grandes enjambées dans le temps et l’espace Đong Phong, jubile et déterre ! Aux origines du Vietnam, un point d’orgue ! Le mythe fondateur, pas à pas en poésie Monts et fleuves de Lý Thường Kiệt. Une page d’histoire à grand coup de vers :
Sur les monts et les fleuves du Sud règne l’empereur du Sud,
Les livres du Ciel ont clairement décidé ainsi.
Mais, féroces barbares, pourquoi les avez-vous envahis ?
Vous ne pourrez forcément qu’être anéantis !
La Nation vietnamienne est née, et son peuple, jusqu’à aujourd’hui, peut s’y agripper ! Mais pourquoi cette nostalgie récurrente qui imprègne la poésie vietnamienne ? Nostalgie comme trésor mais aussi puits de curiosité qui cheville le peuple à sa terre.

L’auteur connaît l’exil mais d’où vient-il ? Sans aucun doute du nord… Le choix des poèmes le désigne, le dessine. Il y répond lui même, au tournant d’une page, en dévoilant que sa famille est originaire de Son Tay, on l’avait presque deviné !
Đong Phong se raconte. …La lune, le thé, la porte ouverte du cabanon, l’eau, la brume, la pluie, entre la terre natale à la terre d’adoption il y a toujours l’eau, les nuages et les larmes la fleur rose du pêcher au cœur de l’hiver du Nord. Les souvenirs se brouillent s’intensifient et se relisent.

Evidemment, Nguyễn Trãi et Nguyễn Du sont là, incontournables, mais au centre du recueil apparaissent les oubliés, ceux du silence assourdissant. Bien des questions n’ont pas été résolues entre ces deux guerres pitoyables ; celle des Français et celle des Américains qui se sont liés contre une machine idéologique en oubliant la chair des hommes. Bien des cris ont été ensevelis et Phong s’y attelle et les fait resurgir pour notre plus grand bonheur.
A partir de 1954 le Vietnam a le « dos ensanglanté » c’est la confusion, l’épuisement, les massacres fous… Les poètes portent la libération comme les chants de guerre, mais le peuple est épuisé, las il laisse sa colère diviser et exclure en d’absurdes déchirements : Le pays est balayé de courants antagonistes et fratricides. La confusion c’est la mort, l’ensevelissement.
Tout est interdit, tout est faute !
Aujourd’hui
Tout le pays n’a qu’un seul mot d’ordre :
UNIFICATION
Nous croyons en le slogan qui réclame
Rendez-nous le Sud !
Je tourne ma face vers le ciel

La pluie se verse sans arrêt sur ceux qui quittent la terre du Nord…

La terreur de l’affrontement précipite celui qui pense et se plaint car,
Surgissant de la terre
Est l’armée des prolétaires
Chacun de ses pas fait une grande muraille
Elle a gagné la guerre
Elle sait défendre la paix

Comment imaginer que des patriotes, aussi sincères que Trần Dần, Lê Đạt, Phùng Quán, Hoàng Cầm et bien d’autres qui ont tant fait vibrer le peuple, parce qu’ils avaient participé à tels ou tels mouvements de contestation libertaire se sont vus relégués dans des camps et dans l’oubli ? Il aura fallu plus de trente ans avant qu’ils ne soient réhabilités et finalement reconnus largement en 2007, alors que la plupart d’entre eux étaient déjà morts !

Les émotions se mêlent, le temps vit des maux tragiques, les poètes les chantent.
La tourmente des années de colonisation et de guerres suinte presqu’en creux dans une langue porteuse de liberté et d’amour.
Sous la lune intermittente qui s’estompait
Qui donc se plaignait, qui donc soupirait ?
La vie n’était point gaie dans la brume et le vent
Quelqu’un émettait la complainte des amants
Dans cette fin de nuit où l’amour se dissolvait lentement

Sur fond de catastrophe humaine, Đong Phong termine sur la pirouette coquine de la cueilleuse de thé et du fieffé voyou non sans avoir rappelé les chants de Trịnh Công Sơn
Dors mon enfant
Hò ho ho hó ho hò, tu dors, dors mon enfant
Mon enfant qui dès sa naissance
Sortait déjà de ses lèvres une parole de souffrance
À vingt ans les enfants doivent partir à la guerre
Partir sans retour, ô enfant à la peau jaune de ta mère
Dors mon enfant

Le choix de Đong Phong relève-t-il de l’exil ? Semaison en terre française ! DdM