Duong Thu Huong

Dernier ajout : 8 décembre 2015.

D’où crient les dissidents ?

http://guerillera.hypotheses.org/2301

Duong Thu Huong est venue à ma rencontre dans ma cave de l’avenue d’Italie en septembre dernier.

Dương Thu Hương est radicale mais, il y a quelque chose de doux et chaleureux bien au delà de son expression verbale « on doit rire, il faut rire et faire confiance jusqu’au dernier moment - je suis prisonnière à Paris. Je suis seule ici. Au Viet Nam ma famille est harcelée par la police, mes deux enfants ont fait des études supérieures mais jamais ils n’auront un travail stable. Il faut accepter ».

« Je suis un loup solitaire », on la croit volontiers. Née en 1947 dans la région de Thai Binh au nord Viet Nam d’« une famille ni riche ni pauvre », élève douée, elle étudiera dans les pays frères mais deviendra chanteuse dans l’armée sur le front de Binh Tri Thien au nord Quang Tri « Chanter plus fort que les bombes ». Aujourd’hui on a du mal à l’imaginer en femme battue : volontaire, excessive, elle agresse volontiers, mais qu’en est-il vraiment ? Elle vit de ses romans et rêve d’une démocratie inatteignable !
C’est au début des années 90 que les français découvrent Dương Thu Hương avec son roman merveilleusement bien traduit par Huy Duong Phan : les paradis aveugles.
Dương Thu Hương est une romancière affichée comme une dissidente politique vietnamienne qui participe à la renaissance littéraire du Viet Nam dans les années 1980, tout comme Nguyen Huy Thiêp et quelques d’autres. Son premier roman, c’est-à-dire Histoire d’amour racontée avant l’aube, fut écrit en 1986, mais c’est son second roman Au-delà des illusions en 1987 qui la place rapidement parmi les écrivains les plus populaires du Viêt Nam avec un tirage de plus de 100 000. Au-delà des illusions paru aux éditions P. Picquier « est sans doute l’un des plus beaux romans d’amour vietnamiens des deux dernières décennies ». Dương Thu Hương avait rejoint le parti en 1985 non sans réticences, dès 1989, elle est expulsée du parti communiste vietnamien, à cause de ses attaques verbales : Viscéralement elle ne supporte pas le mensonge et l’hypocrisie et les dénoncent de plus en plus fort.
On dirait volontiers que c’est une « grande gueule » qui se passionne pour la démocratie et la revendique haut et fort pour ce pays qu’elle a quitté en 2006. Elle a reçu le grand prix des lectrices de Elle en 2007 pour son roman Terre des oublis.Tandis que Dương Thu Hương a réussi sa vie de romancière elle gagne sa vie et l’a toujours gagné par son travail au Viet Nam et aujourd’hui avec ses droits d’auteur. In fine le plus important pour elle c’est son combat pour la démocratie au Viet Nam ; ce rêve d’absolu qui font chanter les artistes jusqu’à leur dernier souffle.

Si on évoque les procès contre les blogueuses récemment expulsées aux USA :

« Exilées, elles doivent affronter la vie quotidienne... Elles perdent leur statut. Ma vie a été bâtie sur des contingences. En 2006 je pensais rester un mois en France et partir aux USA mais finalement j’ai quitté mon pays pour la lutte. Le succès de Terre des oublis m’a obligé à rester ici. Le principal dans ma vie c’est la lutte pour abattre ce régime. Je ne suis pas diplomate, pas du tout. Nous avons un régime d’insectes sans foi ni loi. Nous sommes gouvernés par des pirates au sens le plus mauvais. Le peuple est contraint à la peur et à la lâcheté. J’ai perdu tous mes papiers à Marseille je suis toujours vietnamienne. Je vois tous les jours la douleur des immigrés et des gens de couleur ; sombre désespérés, les yeux injectés de sang. Je suis observatrice mais toujours soutenue par les autres ».

Les vietkieux français ?

« Ce sont des révolutionnaires de salon. Je ne veux pas perdre de temps avec les vietnamiens.Je les fuis comme la peste . Moi je suis un loup solitaire et je vis très bien comme cela ».
Je dirai plus volontiers, une louve solitaire et blessée. Dominique de miscault

selon Phan Huy Đường « La place de la littérature dans la civilisation vietnamienne est énorme pour deux raisons : la première a une origine nationale et la seconde étrangère. Le Việt Nam a une culture très ancienne, mais cette grande civilisation n’avait pas d’écriture propre. Le savoir oral se transmettait par une forme d’art populaire appelé le « ca dac » (les chants populaires), poésie à la rythmique typiquement vietnamienne chantée à travers les différentes régions. Cette langue archaïque représente la moitié de la langue vietnamienne. C’était une langue formée d’adages [que les Vietnamiens utilisaient] souvent pour exprimer une idée. Le principe ? Recueillir la tradition populaire pour ensuite l’enrichir, d’où l’importance de la littérature qui véhicule la tradition et la fait évoluer [et] vivre. La seconde moitié de la langue vietnamienne vient du chinois. N’oublions pas que les Chinois ont occupé notre pays pendant dix siècles. Or, dans la culture chinoise l’« honnête homme » est le lettré. Pour les Vietnamiens, c’est celui qui « paye sa dette de vie », autrement dit celui qui doit s’engager dans la société pour devenir un véritable être humain. Conclusion : au Viêt Nam, il n’y a pas de frontière entre la littérature et la politique à cause de cet engagement nécessaire du lettré. Cela explique la grande estime dans laquelle les Vietnamiens tiennent les poètes et les écrivains. Le pouvoir les craint pour cette même raison. »