Fous de foot

Dernier ajout : 7 octobre 2014.

Fous de foot

Nous sommes le 26 juin 2014. La Coupe du monde de foot bat son plein et les phases de poules s’achèvent sur ce triste constat : les équipes de la zone Asie sont toutes éliminées et ne seront pas présentes en huitièmes de finale. L’Australie, le Japon ou encore la Corée du sud ont été inexistantes et sont sur le déclin. S’agit-il d’un phénomène commun à toute l’Asie ? Et au Vietnam alors, où en est le ballon rond ?

Justement, le Vietnam et Singapour s’apprêtent à vivre des moments forts, toutes proportions gardées. Les deux pays auront l’honneur d’organiser l’AFF Suzuki Cup 2014 du 22 novembre au 20 décembre prochain. Cette édition 2014 réunira 11 équipes : Brunei, Cambodge, Laos, Indonésie, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande, Timor-Leste et Vietnam. Comme on le voit c’est essentiellement une compétition concernant les sélections d’Asie du sud-est, un tournoi à la portée du Vietnam. C’est ce qu’espère le sélectionneur du onze vietnamien, Toshiya Miura. Il est prêt pour cela à modifier en profondeur son équipe et lui donner un "coup de jeune" en vue des prochaines échéances internationales. L’AFF Suzuki Cup, le Vietnam la connaît bien puisque en 2008, le onze national la gagnait à la surprise quasi générale face à la Thaïlande et donnait du bonheur à ses fidèles supporters pour plusieurs semaines. Lê Công Vinh, l’avant-centre de l’équipe devenait dans la foulée héros national donnant l’illusion que le Vietnam devenait une équipe importante sur la scène internationale. Malheureusement, cette victoire reste le seul grand fait d’armes de l’équipe. Depuis 6 ans, on attend désespérément une suite et surtout une plus grande visibilité. Aujourd’hui, l’équipe nationale pointe seulement à la 129e place mondiale du classement FIFA sur 208 sélections. De plus, elle n’a jamais réussi ses qualifications pour la Coupe du Monde, se faisant battre tour à tour par la Corée du Nord, la Chine, le Tadjikistan, l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud et plus récemment le Liban ou encore les Émirats arabes unis. Manifestement, il y a donc énormément à faire pour que l’équipe se distingue à nouveau. Cela passe par la multiplication de rencontres avec des partenaires de haut niveau pour que les joueurs vietnamiens endossent leurs habits de fête.

Plaisir dévorant
Et pourtant que les Vietnamiens et les Vietnamiennes aiment le foot. C’est peu de le dire. Ce sport est une véritable passion et sans contestation possible le sport roi. A chaque coin de rue, devant les immeubles, dans les cours d’écoles, à la campagne, sous les ponts ou sur les plages de jeunes garçons tapent dans des ballons en plastique et autres matières en se démenant comme si, eux, ils jouaient la finale de la Coupe du monde.

Prenez une chaise longue sur les plages de Vung Tau au sud du pays autour de 17h00 – 17h15 et vous verrez des matchs endiablés chaque soir jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de jouer par manque de lumière. Vous n’en reviendrez pas de cette façon si particulière de jouer, sans retenue et….pieds nus bien entendu.

Tout est fait dans ce pays pour que le ballon rond reste numéro 1 et qu’il apporte du rêve aux plus jeunes, malgré la concurrente montante du volley-ball, du basket-ball et dans une moindre mesure du golf. Depuis des années, le football a pris le pouvoir sur les chaînes nationales et régionales. Chaque fin de semaine, des retransmissions en direct permettent de connaître le gratin du foot mondial. Messi, Ronaldo, Moeller ou Torres sont des noms très tendance ici et certains les utilisent même comme surnom.
Le foot national avec la V-League, le championnat local, est aussi à l’honneur chaque dimanche. Enfin, les sites internet consacrés au football en langue vietnamienne ou autres langues sont légion comme celui-ci par exemple : http://fr.soccerway.com/national/vietnam/super-league/2014/regular-season/r23473/?ICID=PL_3N_01
Au point de vue purement sportif, le Vietnam a aussi déjà beaucoup tenté pour améliorer le niveau de son football et les infrastructures sportives se multiplient dans le pays. On sait que des Académies de foot poussent comme des champignons et la France a d’ailleurs été pionnière dans ce domaine quand on pense à « l’Académie JMG » de Pleiku ou encore « le Scavi Rocheteau Football Center » à HCMVille. L’espoir demeure de voir sortir de ces centres de formation de solides gaillards capables de tenir le ballon, le faire vivre et surtout capables de faire basculer un match en leur faveur.
Mais il existe aussi d’autres possibilités d’avoir des joueurs expérimentés : cibler un certain nombre d’athlètes qui pourraient avoir la double nationalité. On découvrait ainsi il y a quelques mois l’existence d’un certain Geoffrey Cabaye, joueur en devenir et frère de Yohan Cabaye, international français. De par ses origines vietnamiennes, par sa grand-mère maternelle, il intéressait ainsi les sélectionneurs nationaux. Il est vrai que les Franco-Vietnamiens sont nombreux en France et si c’est une solution pour épauler les athlètes du pays pourquoi pas ? Cela existe et marche plutôt pas mal avec les sélections africaines.
Florentin Pham Huy
On parle souvent aussi des joueurs d’origine vietnamienne et le vietnamo-roumain Florentin Pham Huy Tiến fait souvent parler de lui sur internet, lui qui jouera en Champions league européenne avec son club de Bucarest à la rentrée 2014-2015.
Autres possibilités aussi, la naturalisation. Le Qatar, le Japon font jouer dans leurs équipes nationales des joueurs naturalisés et on sait que dans les équipes de la V-League, les naturalisés sont nombreux. Il n’est plus étonnant de voir aujourd’hui dans les compositions des équipes des joueurs portant des noms comme Doan Marcelo, Dang Van Robert…

Pour la petite histoire, ces deux joueurs figurent dans l’effectif du Becamex Binh Duong FC qui est en tête de la V-League. Ceci explique peut-être cela.
Bref, tout est fait pour que le foot resplendisse et on sait la force que peut avoir ce sport sur la planète.

Des freins ennuyeux

Malheureusement, le foot vietnamien n’est pas chanceux et il a souvent été sali par de sombres affaires diverses et variées qui existent d’ailleurs dans beaucoup d’autres pays.
Ces mauvaises histoires ont beaucoup fait de torts et n’ont pas été exactement les leviers qu’ils auraient fallu. Quelques exemples ?
— La violence sur le terrain : Auteur d’un tacle horrible sur Nguyen Ahn Hung, le joueur vietnamien Tran Dinh Dong a été suspendu 28 matchs par la Fédération de football du Vietnam. Ce dernier, âgé de 27 ans, a été condamné également à payer les soins médicaux de sa victime qui sera privée de foot pendant un an.
— La corruption : Dès sa création ou presque, la V-League a été secouée par des accusations de corruption et d’achats de matches. Ça a été le cas autrefois aussi pour l’équipe nationale. Des dizaines de joueurs, arbitres et responsables ont été emprisonnés ou sanctionnés pour leur implication dans divers scandales.
— Le parcours problématique de quelques présidents de clubs : C’est le cas du président du club HAGL de Pleiku (10ème de la V-League) accusés d’avoir fait fortune en procédant illégalement, dans les années 1990, à la déforestation des hauts plateaux.
— L’abandon des supporters : Plus intéressés par les matches des championnats anglais, espagnols voire français, les stades se vident alors que certains autres sont le théâtre de querelles diverses entre rares supporters ou entre membres des équipes techniques.
— Le problème du dopage : le football national n’est pas encore à 100% propre. On se souvient de la mort en 2010 par overdose de l’attaquant d’origine argentine Molina Gaston Eduardo qui a joué sous les couleurs du club de Binh Duong…

Alors cette AFF Suzuki Cup 2014 co-organisée par le Vietnam arrive au bon moment pour effacer l’ensemble de ces points noirs. Après tout, le onze vietnamien est en pleine reconstruction et si tous les efforts vont dans le même sens, on pourrait trouver prochainement les successeurs aux joueurs emblématiques qu’étaient dans les années 90 Le Huynh Đuc et autre Nguyễn Hồng Sơn. Ils avaient du talent à revendre. Sinon, les derniers fans risquent de tourner définitivement le dos au onze masculin pour encourager le onze…féminin. Et oui, le foot féminin c’est tendance. Fait confirmé au Vietnam puisque les filles auraient pu se qualifier pour la Coupe du monde 2015 de foot au Canada. Pas de chance. Citons aussi les équipes de jeunes qui font aussi souvent parler d’elles ainsi que les équipes de « Futsal ».

Bref, on veut des résultats, on veut des coupes et des médailles. On y croit et on croise les doigts pour que le onze vietnamien refasse parler de lui en bien et qu’on puisse déboucher le champagne ou au moins une bonne bouteille de vin rouge de…Dalat.
De notre correspondant à HCMV