Françoise DIRER et le CID

Dernier ajout : 16 août 2015.

Merci pour cet envoi de Perspectives 94.
J’apprends la disparition (en p. 9) de Françoise Direr que j’avais connu au CIDVN rue Corvisart. Elle m’avait ouvert les portes du CID sur les sources officielles qui ont servi à faire mon mémoire de maîtrise.
94 ans tout de même... c’est une belle traversée dans le XXe siècle.
Amicalement.
le 01/10/2015 12:45 Selon Dominique :
François Guillemot
Historien, ingénieur de recherche au CNRS
Institut d’Asie Orientale [IAO]
ENS de Lyon
15 parvis René-Descartes BP 7000
69342 Lyon cedex 07 - France
Francois.Guillemot ens-lyon.fr

Notre amie Françoise Direr, militante infatigable de la cause de l’amitié avec le peuple vietnamien, vient de s’éteindre, quelques semaines avant ses 94 ans.
En novembre 2002, Françoise Direr a reçu la médaille de l'amitié avec Charles Fourniau et Yveline Ferey
C’est dans les années 1960 que, pour la première fois, elle s’intéressera à cette cause. Militante communiste, elle avait commencé à faire un travail – bénévole, comme tout au long de sa vie – de classement de documents et de coupures de presse à la section économique du PCF. Très tôt, elle s’était intéressée au Vietnam, alors divisé en deux, en proie aux prémices de l’intervention américaine, qui devait causer tant de malheurs au peuple de ce pays.

C’est ensuite tout naturellement qu’elle figura, avec d’autres amis très chers, eux aussi disparus, Charles Fourniau, Raymond Aubrac, Alice Kahn, à la fondation de l’Association d’amitié franco-vietnamienne, AAFV (1962), dont elle sera un élément moteur vingt années durant, suivant en particulier les questions économiques.

En 1984, un noyau de dirigeants de cette AAFV, constatant la pauvreté de la documentation sur le Vietnam dont disposait le public français, décida de fonder une nouvelle association, totalement indépendante, le Centre d’Information et de Documentation sur le Vietnam contemporain (CID). Françoise Direr était toute désignée pour le diriger. Avant même cette création, elle avait en effet accumulé une documentation conséquente, pour l’AAFV et à titre personnel. Comment ne pas rappeler ici que, durant toute la durée de la phase américaine de la guerre, donc pendant plus de dix ans, elle découpa, annota, classa, chaque jour deux ou trois quotidiens, chaque semaine autant d’hebdomadaires, des revues, tant en langue française qu’anglaise ? L’étape suivante fut la prise de contact avec les autorités vietnamiennes. C’est Raymond Aubrac qui se chargea d’exposer ce projet au Premier ministre d’alors, Pham Van Dong, un proche compagnon d’armes d’Ho Chi Minh. Dès lors, des ordres furent donnés à la Bibliothèque nationale d’Hanoi, et un flux, qui ne s’est jamais interrompu, d’ouvrages en langue vietnamienne est parvenu au CID. Enfin, elle prit des contacts avec les éditeurs français pour obtenir gracieusement – car le CID n’a jamais été riche – des ouvrages portant sur ce pays.

De 1984 aux années 2000, Françoise, avec ses amies, elles aussi infatigables et compétentes, la regrettée Janine Toroni et Ginette Gauvin, a porté à bout de bras ce Centre, en faisant un lieu sans soute unique au monde de documentation sur le Vietnam, hors les frontières de ce pays.

Aucun de ceux qui ont travaillé avec Françoise Direr ne pourra oublier son sérieux, sa régularité, sa conscience professionnelle – car le classement était devenu sa seconde profession. Son exigence également à son propre égard, mais aussi à celui de ses collègues.

Depuis quelques années, atteinte par le grand âge, elle avait quitté Paris et renoncé à diriger son cher CID. Notre équipe, qui avait remplacé Françoise, Janine et Ginette, a tenté de reprendre le flambeau, de s’inspirer de son expérience. Malgré les difficultés, nous continuons et continuerons à le faire, fidèles à l’esprit qui a toujours animé Françoise, notre amie.

Ceux d’entre nous qui le pourront se rendront, le lundi 17 août 2015, à 9 h. 15, au crématorium de Montussan (Banlieue nord-est de Bordeaux) pour la crémation prévue à 10 heures.

Nous aurons tous, à ce moment plus particulièrement, une pensée pour Françoise.

Alain Ruscio
Président du CID Vietnam