Hanoi et ses avatars

Dernier ajout : 20 octobre 2012.

Hanoi et la vie sur les rails

Word - 1.1 Mo
La vie des plus pauvres

Mon inondation à Ha Noi,
novembre 2008
Nous sommes tous comme Fabrice à la bataille de Waterloo, nous ne voyons qu’une toute petite partie de l’Histoire.
Depuis que je suis à Ha Noi, le 1er octobre, il pleut quasiment tous les jours. Le matin, beau temps, avant-midi, ça se couvre et vers trois-quatre heures c’est un violent orage suivi de crachin toute la soirée. Photo Daniel Frydman
Et puis un matin, dès 5 heures, il pleuvait déjà à torrent. Je suis allé quand même au parc Bay Mau sous les trombes d’eau pour des photos - personne et déjà d’énormes flaques d’eau. Cela a continué toute la journée. Dans la rue Luong Bang, il y avait un très long secteur noyé sous l’eau, mais encore difficilement franchissable.

Je suis rentré à l’hôtel et là, j’ai vu l’eau monter. Elle a d’abord recouvert toute la chaussée, puis il y a eu de la profondeur, puis elle est arrivée sur le trottoir, et ainsi de suite jusqu’à 1 cm du seuil assez haut de l’entrée - Coupure de courant dans toute cette partie de la ville (par mesure de précaution, paraît-il). Il faisait déjà nuit. Vers minuit elle a commencé à redescendre.
Le lendemain, impossible d’aller nulle part : toutes les rues étaient bloquées par 50 à 60 cm d’eau, surtout que mon hôtel est entouré de lacs qui débordaient très loin. Il pleuvait encore et seuls les grands 4 X 4 et autocars passaient.

Il était dangereux de s’y aventurer, car les fonds ne sont pas réguliers et il y avait beaucoup de trous (responsables de beaucoup d’accidents) et l’eau ne semblait pas propre du tout, charriant toutes les ordures et bestioles mortes. L’eau avait une teinte rouge comme le fleuve ou plutôt comme toute la poussière de la ville. Les gros véhicules qui passaient formaient de grosses vagues qui rentraient dans les maisons et renversaient les piétons aventurés. Il était impossible d’aller où que ce soit.

La vie est revenue quand, après 24 heures d’arrêt d’activité, la pluie a diminué et il fallait bien circuler pour se ravitailler. Il fallait impérativement passer même là où c’était aléatoire. Par exemple les livreurs de bêtes entières prêtes à être découpées qui vont si vite tous les matins de très bonne heure, devaient aussi passer : imaginez le spectacle. Photo Daniel Frydman
Dans la journée, la vie s’est organisée de chaque côté des gués : chacun dissertait pour savoir si c’était faisable ou pas. Des métiers se sont installés : nettoyeurs de bougies, passeurs de motos à pied sec, fort rémunérateurs au demeurant. Tout le monde riait dans une bonne humeur ambiante.
Par ailleurs, les nouvelles n’étaient pas très rassurantes et par exemple, Tay Mo a vécu 9 jours sans courant et dans 80 cm d’eau, le 8 novembre Van Phuc était toujours noyé, cela en représente des détresses.

L’emplacement de la ville était à l’origine un immense marécage dans un bras mort du fleuve Rouge et il semble bien qu’un climat exceptionnel rappelle cette réalité, des témoins se souvenant d’un même niveau d’eau il y a 24 ans.

Daniel Frydman le 8 novembre 2008 à Ha Noi
Les photos sont de Daniel Frydman

Les Pluies historiques dans la capitale

Certains parlent de déluge d’autres de pluies torrentielles. L’étonnant n’a pas été l’ampleur des précipitations, car cela arrive chaque année mais plutôt leur durée : il a plu pendant huit jours sans discontinuer. La ville a été progressivement coupée et chacun était encouragé à rester chez soi. Suivant la topographie des lieux, certains endroits ont été soit convertis en lac, les rues devenant ruisseaux, soit isolés du reste mais quasiment secs. Il faut remarquer que « le désastre » n’a vraiment atteint que certains quartiers de l’Ouest récemment construits, qui ont été aussi de ce fait les lieux de situations cocasses ou de drames. La panique passée, ont été recensées 24 morts : des plaques d’égouts en fonte ayant été vandalisées, avec le courant certains y ont été engloutis… d’autres ont été prisonniers des parkings ou asphyxiés dans des voitures…
Par contre quelques hanoiens ont pu attraper de magnifiques poissons dans leur chambre, ce qui fut l’objet de bons repas - un tube a été parodiée pour l’occasion et des passeurs de rues ont fait recettes… La solidarité a joué à plein. En tout cas chacun y va de son anecdote plus ou moins rocambolesque. Une jeune revenant du travail laisse sa moto à des amis qui sont encore au sec, elle rentre chez elle où elle se retrouve au sec, mais huit jours plus tard sa moto était inutilisable parce qu’immergée sous les eaux…

Après le déluge Hanoi a repris son air habituel et mieux encore, le temps a été radieux et sec tout les mois de novembre et de décembre. Les rues annonçaient, colloques et autres campagnes contre le sida par exemple ou conférences, comme la semaine scientifique française. On préparait déjà et les fêtes de fin d’année et aussi le Têt. DdM

-  Plus de 8600 ha de légumes et 334 ha de fleurs ont été semés après les pluies torrentielles de la fin octobre. Ces cultures se concentrent dans les districts suburbains de Mê Linh, Thanh Oai et Chuong My.