Henri MARTIN est décédé le17 février 2015

Dernier ajout : 18 février 2015.

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Hommage du PCF à Henri Martin

24 février 2015 | Par Gérard Despretz
Intervention d’Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, aux obsèques d’Henri Martin

Chers amis, chers camarades, Mesdames, Messieurs, Monsieur l’ambassadeur du Vietnam, Monsieur le Président de l’ARAC, Monsieur le Président de l’association d’amitié France/Vietnam Madame la représentante de la maire de Paris, Chère Raymonde Dien, Permettez-moi d’excuser Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste Français qui ne pouvait être avec nous ce matin. Ce dernier m’a demandé de le représenter avec l’ensemble de la direction du Parti dans ce moment si particulier.

Boris Vian a écrit : « la seule vérité, en fin de compte, c’est de mener une vie passionnée, même si elle se rebelle et vous frappe au visage »...C’est peu dire qu’Henri Martin aura conjugué toute son existence avec ses passions et ses engagements...il aura traversé le siècle avec ses remouds et ses fulgurances, sans jamais perdre de vue son combat pour un monde meilleur et pour l’émancipation humaine.

En cette matinée d’hiver nous pleurons un homme, un camarade, qui par son engagement, son courage, ses convictions embrassa l’histoire, en devint acteur jusqu’à incarner par son seul nom la lutte universelle pour la paix et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. « Libérez Henri Martin ! »...ce slogan crié à mille voix, dans les rues de Paris, les cours des usines, les amphithéâtres d’universités, sur les scènes de théâtre, aura marqué toute une époque, celle de l’après-guerre et des mouvements anti-colonialistes, celle du combat pour la Paix, celle enfin de la lutte contre la guerre d’Indochine.

Arthur Rimbaud a écrit dans un de ses plus beaux poèmes : « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » louant par son génie la légèreté et l’insouciance de la jeunesse...Henri Martin, à l’instar de toute une génération, n’aura pas eu cette chance. Sa jeunesse fut avalée par la guerre, sa légèreté happée par la violence des armes. Et des ses dix-sept ans, il resta le courage et l’audace d’entrer en résistance face à l’occupant nazi.

Henri Martin cala le rythme de sa vie sur le battement de cœur de l’histoire. Quand à peine sorti de la guerre, il s’embarque sur le croiseur « Chevreuil » en partance pour l’Asie, il croit encore s’engager pour défaire l’occupant japonais et pour défendre la liberté des peuples.

Une fois arrivé sur place, il découvre la réalité de la situation, le double jeu de la France qui octroie au Vietnam un gouvernement indépendant dans une union français sans en assurer l’effectivité. Il y voit la multiplication des incidents, les manœuvres et les exactions de l’armée française. Il assiste au bombardement du port d’Haiphong le 6 mars 1946 qui marque officiellement le début de la guerre d’Indochine. Rentré à Toulon après deux ans passées au Vietnam, il demande en vain la résiliation de son contrat militaire. Celle-ci lui sera à chaque fois refusée. Pour dénoncer cette « sale guerre », il se lance dans la rédaction de tracts en lien avec le Parti communiste varois. Il y dénonce la guerre faite au peuple vietnamien, il y exhorte les militaires à prendre conscience de la réalité du conflit en affirmant que celle-ci est contraire à l’honneur de l’armée de la République, il défend comme l’a si bien chanté Victor Jara « le droit de vivre en paix ».

Arrêté le 14 mars 1950, traîné devant les tribunaux pour démoralisation de l’armée, il est lourdement condamné à 5 ans de prison. C’est de l’indignité de l’accusation et de la disproportion de la condamnation que naît la mobilisation et « l’affaire Henri Martin » pour reprendre les mots de Jean Paul Sartre.

De partout se lève la mobilisation. Des comités locaux se multiplient, les mobilisations grandissent : on écrit au Président de la République, on fait signer des pétitions, on rebaptise des places et des rues au nom d’Henri Martin…communistes, non communistes, anciens résistants, laïcs et religieux, les soutiens viennent de partout pour défendre le matricule 2078 de la prison de Melun. Artistes, intellectuels, scientifiques, universitaires et académiciens rejoignent les comités de soutien ou prennent la plume pour réclamer sa grâce. Picasso sublimera son visage avec ce même coup de crayon qui quelques années plus tard dessinera le visage d’une autre icone de la liberté, dans un autre conflit, celui de Djamila Boupacha et de la guerre d’Algérie.

Le combat pour la libération d’Henri Martin devient une vaste campagne de dénonciation de la guerre d’Indochine impulsée par le PCF. Dans un texte pour sa libération,

Jacques Prévert écrira sur cette « sale guerre » :

Cependant que très loin on allume des lampions des lampions au napalm sur de pauvres paillotes et des femmes et des hommes des enfants du Viêt Nam dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée et c’est comme Oradour c’est comme Madagascar et comme Guernica et c’est en plus modeste tout comme Hiroshima

Henri Martin sera finalement libéré après 41 mois de prison.La pression populaire aura réussi à faire plier le gouvernement et la guerre d’Indochine prendra fin en juillet 1954 avec les accords de Genève.

Tout au long de sa vie, Henri n’aura de cesse de continuer le combat. Responsable des Jeunesses communistes puis membre de la direction nationale du Parti communiste français, il conservera éternellement incandescente cette flamme qui anime les communistes et qui forge leur insoumission à l’injustice. Il y aura des débats, des fêlures dans son parcours militant, mais Henri restera toujours fidèle à son engagement. Se battre pour la paix, pour la justice, pour l’égalité, pour l’amitié entre les peuples…encore et toujours…que de combats d’actualité. Ne rien lâcher face à l’adversité et aux reculs de l’histoire. Henri Martin a tracé la voie à tous les combattants de la paix, à tous ceux qui ne se résignent pas et qui ont conscience de l’importance de l’engagement individuel dans un mouvement collectif.
Ce matin, au nom de Pierre Laurent, secrétaire National du PCF , je voudrais vous dire ce que nous lègue Henri Martin : Une action politique ancrée dans notre temps, une époque dominée par le déni du droit – droits humains universels, droit international –, par l’impunité des puissants, les inégalités, les discriminations, les humiliations de millions de femmes et d’hommes à travers le monde ; mais une époque, aussi, où des mouvements populaires pour l’égalité, la démocratie, la dignité cherchent à se frayer un chemin, à devenir majoritaires.

La lutte anti-coloniale n’est pas un combat du passé ; le colonialisme sous des formes archaïques, mais aussi nouvelles, demeure une plaie ouverte pour toute l’humanité : en Palestine, dans le Sahara occidental, pour le peuple comorien.

En Afrique de l’Ouest, au Proche et au Moyen-Orient, les interventions militaires occidentales – même au nom de la démocratie, même quand elles sont réclamées par une partie de la population abandonnée par des dirigeants qui ont exercé le pouvoir à leur seul profit, ces interventions militaires extérieures prolongent une logique et placent les populations, les peuples en situation d’obligés des puissances occidentales lesquelles n’hésitent pas à s’allier à des États autoritaires comme le Tchad, Djibouti, le Qatar, la Turquie ou l’Arabie saoudite.

Oui, les combats d’Henri Martin entrent en résonance avec ceux qu’aujourd’hui mènent de nouvelles générations de femmes et d’hommes pour l’émancipation humaine.

De nouvelles générations de femmes et d’hommes qui refusent de se laisser piéger par l’alternative « soit les dictateurs / soit les fanatiques » – dictateurs et fanatiques qui trouvent tous des alliés parmi les puissants de ce monde qui ne sont jamais avares de cours de morale universelle uniquement valables pour les « autres ».

Que vaut cette morale quand elle émane de puissances qui pratiquent encore la torture ? Insupportable hier contre les militants anticolonialistes, cette pratique ne l’est pas plus aujourd’hui contre qui que ce soit – même ceux qui manquent le plus d’humanité, car elle n’a qu’un seul résultat : grossir leurs rangs.

Les relations internationales ont besoin d’être débarrassées du poids de cette morale bien pensante, de ce relativisme permanent et de cette façon de concevoir l’universalisme comme une hégémonie culturelle. Et pour s’en débarrasser, nous sommes appelés à unir nos forces dans notre pays et à travers le monde. C’est ce message que nous lègue Henri Martin.

A toute sa famille, à ses enfants, ses petits et arrières petits enfants, à ses camarades de combats, je pense notamment à Henri Malberg, au peuple vietnamien, aux communistes de Pantin et de Seine Saint Denis, je présente au nom du Parti communiste français et de l’ensemble des communistes nos plus sincères condoléances. Le Parti communiste français est en deuil. Toutes nos pensées fraternelles et notre affection vous accompagne en cette triste journée.

Je vous remercie.