Histoire d’un Mémorial

Dernier ajout : 4 mai 2015.

Histoire d’un Mémorial

En préambule à cette rétrospective, deux choses doivent être dites afin de permettre au lecteur d’apprécier de manière correcte la portée de cette action.
Tout d’abord il faut retenir qu’il s’agit d’un mémorial dédié à l’ensemble des vingt mille requis et que cet hommage concerne tout le champ de leur histoire singulière. Pour être plus précis, il ne s’agit pas, ainsi que cela a quelquefois été présenté, d’un hommage à vocation locale et encore moins d’une sorte de célébration des conditions dans lesquelles la riziculture française a vu le jour. Les travaux auxquels furent astreints les hommes dont il est question furent très variés et nombre d’entre eux mobilisèrent beaucoup plus d’individus que les travaux d’acclimatation du riz et sur des durées plus importantes.
Ensuite, il doit être clair dans l’esprit de chacun que, contrairement là aussi à ce qui a pu être dit ou écrit dans la presse, l’érection puis l’inauguration de ce Mémorial ne doivent pas être vues comme un aboutissement mais comme une étape vers une « reconnaissance » complète, laquelle doit inclure non seulement le rappel des différents apports de ces hommes à l’économie de guerre ou au conflit lui-même, mais aussi la juste appréciation sociale et politique qui découle de leur présence et de leurs actions.

L’idée d’un mémorial destiné à rappeler la présence de vingt mille requis indochinois en France lors de la seconde guerre mondiale et pendant les années qui suivirent revient à Lê Huu Tho, ancien interprète de ces compagnies de travailleurs.
Auteur d’un ouvrage autobiographique paru en 1997 sous le titre de « Itinéraire d’un petit mandarin » , il y exprimait ce souhait en pages 142 et 143 :
« Le Colonel Rives signale « qu’il y a 1061 O.N.S. ensevelis dans des carrés spéciaux, au cours de leur séjour en France ». …… La France se doit de ne pas oublier les sacrifices de ces hommes qui ont laissé leur âme sur son sol et de leur rendre hommage autant que justice. Ce sera tout à son honneur et à sa grandeur. J’ose, en toute modestie, suggérer qu’une stèle portant leurs noms soit érigée aux abords des rizières de Camargue en Provence, ……... »
Durant les années qui suivirent la parution de son livre, Lê Huu Tho essaya de faire avancer l’idée en sollicitant régulièrement les responsables politiques arlésiens, départementaux et régionaux. Il lui semblait en effet naturel que ce mémorial soit implanté en Camargue, territoire qui porte encore la trace concrète du passage de ses camarades.
Dans le même ordre d’idée, il n’eût de cesse de sensibiliser les acteurs locaux.
C’est ainsi qu’il intervint vigoureusement en 1999 auprès du directeur du Musée du Riz au Sambuc pour que soit prise en compte dans son établissement la part prise par quelques centaines de « travailleurs indochinois » à la création de la riziculture française. Depuis cette intervention, un panneau a été installé à l’entrée du musée qui relate ces faits.

En 2004, lors d’un reportage sur un conflit social à l’usine Lustucru d’Arles, le journaliste Pierre Daum pousse la porte du Musée du Riz et découvre le panneau dont nous venons de parler. Ce sera le point de départ d’une enquête qui grâce à Lê Huu Tho et à ses contacts aboutira à la publication dans quelques journaux d’un article sur « l’origine vietnamienne » du riz en Camargue. L’histoire aurait pu s’arrêter là quand Bruno Doan, un graphiste nîmois ayant lu l’article, contacta Pierre Daum croyant reconnaître son père sur l’une des photos illustrant l’article. A la suite de leurs échanges, la voie vers l’écriture d’un livre s’ouvrait …….
« Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952) paru aux Editions Solin en mai 2009.
Préparant une conférence à Arles pour présenter son livre, Pierre Daum eût plus de réussite que Lê Huu Tho et réussit à convaincre le maire, Hervé Schiavetti, d’accomplir un geste en l’honneur des travailleurs dont son livre narre l’histoire. Le geste retenu par l’édile arlésien fut le baptême d’une voie de circulation en « Rue des Travailleurs Indochinois ».
Pour des raisons administratives ce projet n’a pu être réalisé en temps voulu, la municipalité d’Arles s’est alors tournée vers une cérémonie de remise de la médaille de la Ville. Cet événement, organisé en collaboration avec les services municipaux par un petit groupe informel réunit autour des « frères Trinh », famille de descendants locaux dont l’apport fut décisif dans le résultat final, s’est déroulé le 10 décembre 2009 en présence de nombreux descendants venus de toute la France et de nombreux médias. Il s’honorait de la présence de dix anciens « travailleurs indochinois ».
Pour autant, l’idée d’inscrire « quelque chose » de durable et de physique sur le territoire demeurait.

Dès le début de l’année 2010, alors que le facteur temps se faisait moins impératif, une réflexion s’engagea afin d’élaborer un projet plus ambitieux. C’est ainsi que les deux parties se dirigèrent vers un projet de stèle-mémorial de portée nationale.
Lê Ba Dang, l’ancien « travailleur indochinois » devenu artiste de renom, accepta de concevoir une œuvre, la municipalité arlésienne, de son côté, mettait un lieu à disposition du projet à Salin de Giraud. Le 26 novembre 2010 la création d’une association ad-hoc fut décidée et les différentes démarches administratives, financières et techniques furent mises sur les rails.
Le financement était l’une des inconnues de taille, mais l’association M.O.I. « Mémorial pour les Ouvriers Indochinois », a pu compter, après une première contribution du Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants et à la Mémoire, sur le soutien de plusieurs collectivités et villes où séjournèrent des compagnies de travailleurs. Un appel aux dons fut lancé auprès des familles d’anciens « travailleurs indochinois » et de leurs amis. La contribution de ces derniers, venue de toute la France, fut très significative au point d’être la première source de financement du projet.
La phase de construction pouvait s’ouvrir ………….Nicolas Ong