Hoang Minh Tu’ong - Le Temps des génies invincibles, Une saga (...)

Dernier ajout : 8 avril 2015.

Hoang Minh Tu’ong

Le Temps des génies invincibles, Une saga vietnamienne

Ed. de la Frémillerie, 2011

« Une saga » est effectivement le mot qui convient pour désigner ce gros roman
qui nous fait vivre les heurs et malheurs des descendants d’une très ancienne lignée dans un gros village du nord du Vietnam, de la guerre d’indépendance à nos jours, membres de la famille du propriétaire terrien et lettré Nguyen Ky Phuc.
L’auteur, enseignant et journaliste, est un écrivain connu, et si ses ouvrages font de petits tirages en librairie, ce roman est un best-seller au Vietnam sur des réseaux non officiels.
La structure de l’œuvre est intéressante, alternant les récits du destin des différents personnages, et revenant en arrière assez souvent pour reprendre « en direct » une aventure dont le protagoniste vient de révéler la fin à un interlocuteur qui était lui-même le héros de la séquence en cours.
Complexe ? Pas vraiment, en tous cas pas de façon gênante, d’autant que les actants nous deviennent vite familiers et que nous désirons suivre leur destin de près.
Destin qui est évidemment aussi celui du Vietnam. Loin d’être des « types » ou de sèches allégories des diverses attitudes des Vietnamiens au fil de leur tragique histoire du demi-siècle passé, les personnages qui y sont mêlés et qui sont plus ou moins ballotés d’un conflit à l’autre, d’un espoir à l’autre, d’une désillusion à l’autre, prennent chair et sont justement d’autant plus vraisemblables et attachants qu’ils ne sont pas simplistes.
Les guerres ne sont pas détaillées, non plus que les politiques suivies par Hanoi après la chute de Saigon, pourtant, on suit très bien incarnée dans les personnages, l’évolution de la société vietnamienne sur 60 ans, et l’on s’afflige des erreurs ou des échecs, comme on se réjouit des espoirs retrouvés et des efforts renouvelés pour affronter les mutations géopolitiques récentes comme les radicaux changements de mœurs, avec les souffrances et les regrets qu’ils entrainent.
Le roman nous dit aussi beaucoup sur le quotidien des Vietnamiens, leurs croyances profondes, leur relation à la terre, la structure familiale et son importance,.
Il faut à l’Occidental novice un peu de courage et de persévérance pour se familiariser avec les changements de noms des personnages, mais c’est là aussi un trait signifiant de cette civilisation et de cette Histoire, et sa symbolique ajoute à la poésie d’une langue dont la traduction semble donner une version satisfaisante, participant au plaisir de la lecture. Françoise Paradis