Jean-Pierre ARCHAMBAULT

Dernier ajout : 24 janvier 2012.

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Perspectives énergétiques pour le Monde

Quels choix pour le Vietnam ?

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Le 12 mai 2012, l’Association Vietnamienne des Scientifiques et des Experts, l’AVSE (1), a invité Christian Ngô pour une conférence sur les « Perspectives énergétiques » (2). Le propos a été à la fois d’intérêt général et particulier : Christian Ngô a souligné le rôle déterminant de l’énergie dans le développement des sociétés (3), les enjeux afférents et précisé les choix que, selon lui, le Vietnam doit faire en la matière.

L’énergie est vitale pour les humains. En 1800, la consommation mondiale annuelle d’énergie primaire est évaluée à environ 0,2 Gtep (milliard de tonnes équivalent pétrole) pour une population d’un milliard d’habitants. L’espérance de vie des Français est alors de moins de 30 ans. En 2000, la consommation est de 10 Gtep pour 6 milliards d’habitants. L’espérance de vie des Français est de 80 ans et, en 2010 de 75 ans pour les Vietnamiens. Mais pour les populations qui n’ont pas accès à l’énergie, elle est de 36,5 ans.

A l’heure actuelle, les combustibles fossiles sont dominants (charbon, pétrole, gaz). D’un certain point de vue, l’énergie n’est pas chère. En effet, avec 0,1 euro on achète plus d’énergie que ce que peut produire un travailleur manuel en une journée. Cela étant, l’énergie est plus chère pour les pauvres que pour les riches car elle pèse relativement beaucoup plus dans leur budget. Cette réalité permet de comprendre les termes du débat politique sur l’énergie. Les intérêts des pays développés et ceux des pays émergents ou en voie de l’être divergent.

Les contraintes sont là : le changement climatique, l’homme émettant deux fois plus de CO2 que la nature peut en absorber. Les combustibles fossiles sont en quantité finie. Le défi énergétique est clair, à savoir émettre moins de CO2 et se passer progressivement des combustibles fossiles.

Christian Ngô dégage les tendances suivantes : le charbon (très polluant mais encore très abondant) va devenir de plus en plus important et les combustibles fossiles non conventionnels, dont le gaz, vont occuper une place croissante. Le solaire est une solution d’avenir ainsi que la biomasse (houille verte, déchets).

Les énergies renouvelables sont de vieilles énergies , elles ont plus de 500 000 ans d’âge. La « grande » hydraulique est très rentable et la « petite » représente un potentiel mais limité. L’avenir est dans la mer (vent, vagues, courants, microalgues pour remplacer les combustibles fossiles …). Dans le solaire aussi (capteurs, centrales...). Le solaire photovoltaïque est cher et la question est posée de savoir quand interviendra une rupture technologique permettant un développement à grande échelle. Les coûts de l’éolien baissent mais l’intermittence est un réel problème nécessitant une centrale thermique en complément lorsqu’il n’y a pas de vent. D’une manière générale, le stockage est le point faible de la filière énergétique. Il faut stocker l’énergie électrique. Il faut mieux valoriser la chaleur perdue, les pompes à chaleur le permettent. L’énergie nucléaire est peu chère et ses coûts sont stables. Elle n’émet pas de CO2. On se dirige vers des réacteurs à « neutrons rapides » qui joueront sans doute un grand rôle après 2050.

Il faut être sobre, l’énergie la plus propre étant celle que l’on ne consomme pas. Il y a trois leviers pour cela : la technologie, les pouvoirs publics et le consommateur final. Des progrès sont à faire du côté de l’urbanisme et des bâtiments. Quant au transport routier, pour lequel le pétrole est indispensable, il représente un réel défi ; la voiture hybride a un avenir prometteur. L’énergie va devenir plus chère. Certaines matières premières sont rares et inégalement réparties. On sait la place du Moyen-Orient dans la production de pétrole. Il y a beaucoup de lithium (pour les batteries) en Amérique du Sud et la Chine est le premier producteur mondial de terres rares (pour les systèmes photoélectriques). On n’en a pas fini avec la géopolitique énergétique.

Quid pour le Vietnam ? La problématique énergétique générale vaut bien sûr pour lui. Christian Ngô a rappelé que d’évidence il lui faut utiliser sa géographie et son climat. D’abord développer à plein l’énergie hydraulique, grande et petite. Le solaire aussi car l’intermittence est réduite sous les tropiques. L’éolien suppose de déployer des éoliennes avec des câbles permettant de les coucher en cas de typhon.
Le Vietnam a besoin du nucléaire, en installant au bord de la mer des réacteurs nucléaires classiques à neutrons lents car l’équipement en réacteurs à neutrons rapides, bien plus tard, suppose de disposer du plutonium produit par les premiers. Cela implique de développer la formation technique de personnels qualifiés et une culture de la sûreté.
Pays agricole, le Vietnam doit continuer à recourir aux déchets organiques (fiente de poulet, excréments de porc). Et puis il y a le charbon et le gaz naturel.

Dans tous les cas, les enjeux sont réels pour un pays dont tout le monde connaît, et certains envient, les taux de croissance et le développement remarquable.

Jean-Pierre Archambault

1) L’AVSE organise régulièrement des conférences
http://www.a-vse.org/
2) Christian Ngô, fondateur de la société Edmonium, ancien directeur scientifique auprès du Haut Commissaire à l’énergie atomique et délégué général d’ECRIN
www.edmonium.fr
(3) A ce propos, Kenneth Pomeranz récuse l’idée selon laquelle les hiérarchies économiques qui se sont mises en place au 19ème siècle s’expliqueraient par la nature des civilisations elles-mêmes. C’est l’inégale allocation géographique des ressources en charbon et la conquête du Nouveau Monde qui ont donné l’impulsion finale à l’économie européenne.
Une grande divergence, Albin Michel, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010