L’agriculteur Huỳnh Văn Sơn dans la rizière de sa famille

Dernier ajout : 13 novembre 2014.

Le 29/7/13, le journal Nông thôn Ngày nay – La Campagne Aujourd’hui - a reçu un mail de l’agriculteur Huỳnh Văn Sơn de la province Long An présentant les difficultés des riziculteurs comme lui et demande au Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural Cao Đức Phát de leur trouver une “issue”.
En voici le contenu :

L’agriculteur Huỳnh Văn Sơn dans la rizière de sa famille.

Son Excellence Monsieur Cao Đức Phát, Ministre de l’Agriculture et du Développement Agricole
Je m’appelle Huỳnh Văn Sơn , hameau 1, commune Tân Đông, district Thạnh Hóa, Province de Long An.
Monsieur le Ministre,
Agriculteur dans la Plaine des Joncs, spécialisé dans la riziculture, je trouve toutefois que le marché du riz, ces temps-ci, devient particulièrement instable. Depuis le début de l’année à ce jour, bien que nous nous appliquions dans les travaux champêtres, nous ne pouvons nous empêcher de nous sentir aux abois, nous demandant ce riz que nous produisons, où ira-t-il ? Qui va le consommer, qui va décider de son sort ? C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, je prends la hardiesse de m’adresser à vous, Monsieur le Ministre, espérant que vous acceptiez de nous permettre de vous rapporter nos peines, nos soucis et nos voeux.
En premier lieu, permettez-moi de vous présenter mes voeux de bonne santé et mes remerciements respectueux.
Notre pays a participé à l’exportation du riz sur le marché mondial depuis 24 années ; on peut donc le considérer comme une puissance mondiale en riz, pourtant actuellement son cours est très instable. Pendant ce temps, les paysans qui produisent le riz, et contribuent à faire du Vietnam l’un des premiers pays exportateurs de riz, sont ceux dont la vie est des plus précaires, des plus nécessiteux, vivant dans la hantise pratiquement constante de la litanie “bonne récolte, prix en chute”, ce qui fait que nous créons le riz en nous endettant puis en renégociant la dette sur ces mêmes grains de riz.
Monsieur le Ministre,
En tant que travailleur direct dans les rizières, j’ai quelques remarques :
Les intrants sont constamment en hausse : coût de la main-d’oeuvre, semence, engrais, pesticides. Prenons l’exemple de l’engrais azoté Phú Mỹ, produit au Vietnam, pas cher, mais avec les frais de transport, quand il arrive sur nos rizières, son prix est plus élevé que l’UREA chinois, importé de l’étranger, alors que les deux produits sont tous deux à 46% d’azote pur.
De leur côté, les pesticides passent par trop d’intermédiaires, du producteur ils vont chez le distributeur puis l’agent commercial 1 er degré, l’agent commercial 2 ème degré,… quand ils arrivent chez nous, le prix a beaucoup gonflé, l’écart avec le prix d’origine est très grand. D’autre part, comme l’agriculteur est animé de la hâte à sortir de la pauvreté, à payer toutes ses dettes, il chevauche sans arrêt ses cultures. Résultat : apparition des maladies, épidémies dans les rizières, la saison suivante plus grave que la précédente. Obligation donc de répandre toujours plus de produits, la pression du coût des intrants devient plus forte, tandis que la qualité du riz offert sur le marché s’amenuise, la quantité exportée baisse de jour en jour.
Suite à la hausse du coût des intrants, le prix de revient d’un kg de paddy tourne autour de 3.400 đồng. Pendant le premier semestre 2013, il y a des moments où le prix du kg de paddy IR50404 n’atteignait même pas 3.400 đồng, le riz gluant OM4625 se vendait à 5.000 đồng, et même 6.000 đồng quelque fois. Nous les paysans, nous aimerions cultiver le riz gluant mais nous ne savons pas si ce riz maintiendrait son prix, car en tant que paysan on manquait beaucoup d’informations concrètes, on a vu que le riz gluant se vendait bien, ces temps-ci, mais si on se mettait à en cultiver en grande quantité est-ce que nous ne nous retrouverions pas dans la situation similaire à celui du paddy IR50404 ? C’est pour cela que je demande, avec respect, à M. le Ministre de nous aider, nous les paysans, à changer la structure des cultures, des élevages en adéquation avec chaque région.
À ma connaissance, le Vietnam est fort en agriculture, pourtant chaque année nous importons par milliards de dollars en maïs, en soja, en arachide comme matières premières dans la fabrication des aliments pour animaux d’élevage, alors que nous sommes tout à fait capables de produire ces grains. Les agriculteurs vietnamiens sont des gens studieux, travailleurs, ils arrivent à saisir très vite les connaissances scientifiques et techniques, si les responsables et les scientifiques nous les transfèrent, je pense que nous, les paysans on réussira avec de très bons résultats.
Actuellement nous manquons de beaucoup d’informations concrètes, aussi on ne fait que tourner autour du pot et faire ce qu’on a toujours fait, mais on ne connaît pas du tout ce dont le marché a besoin. En ce moment le riz ne se vend pas, l’offre a dépassé la demande, alors que devons-nous faire, on ne va pas quand même laissé les rizières en friche ? Tandis que si nous voulons changer la structure des cultures nous manquons de beaucoup d’informations et de techniques. Alors tant pis, on continue à cultiver le riz, après la récolte hiver-printemps, vient celle d’été-automne puis celle d’automne-hiver, dans l’espérance que “demain il fera beau jour”.
Je sais que beaucoup de paysans ne veulent pas quitter leur pays mais souhaiteraient se séparer de l’agriculture. Je prends l’exemple d’une famille de 4-5 personnes travaillant en moyenne 1 ha de riz de bonne qualité, elle le vend 5000 đồng/kg. Le rendement moyen annuel avec 2 récoltes va leur donner 13 tonnes, avec un investissement de 3.400 đ/kg, ce qui fait un bénéfice de 1.600 đ/kg qu’on multiplie par 13 tonnes, ça fait un bénéfice de 20.800.000 đồng.
Nous allons diviser cette somme par 5 personnes pendant 12 mois, combien gagnera chaque membre de la famille ? Même pas 350.000 đ/mois/personne. Pendant ce temps, une personne travaillant comme simple ouvrier dans une entreprise genre confection industrielle ou écalage des noix de cajou, elle gagnera 2.500.000 đ x 12 mois = 30 millions de đồng. Elle bénéficie en plus de l’assurance maladie + l’assurance sociale. Je vous demande, dans ce cas est-ce que les paysans choisiront de quitter l’agriculture ou non ?
Je reviens au riz que nous ne pouvons exporter, le prix étant trop bas, alors que nous importons à prix élevé les matières premières pour la fabrication des aliments destinées aux élevages, à mon avis il faut changer la structure des cultures et des élevages. Je prends l’exemple de la région d’An Giang, de Đồng Tháp, là les paysans réussissent très bien dans la culture du maïs et la terre est propice à cette plante.
La région de Vĩnh Long – Tiền Giang – Long An s’accommode bien avec le soja et l’arachide. Si le gouvernement aide au niveau des informations et de la technique, les paysans se mettront à changer de cultures, nous n’aurons plus à subir la pression de la trop grande quantité de riz, ni celle de l’importation des aliments pour les élevages, le Vietnam n’aura plus à débourser une grande quantité de devises étrangères.
Si nous faisons un bon changement des cultures en adéquation avec ce que nous avons à importer et ce que nous pouvons exporter, je pense que les paysans s’attacheront davantage à leurs champs, leurs lopins de terre et il y aura moins d’inquiétudes, de tristesses quand ils récolteront le fruit de leur propre travail.
Monsieur le Ministre,
Nous, les paysans, nous avons porté le nom du Vietnam à l’honneur sur la scène mondiale, mais ce sont nous qui vivons dans l’inquiétude, dans la hantise du refrain “bonne récolte, chute de prix”. Il est vrai que les exportations c’est le problème difficile commun au gouvernement + les entreprises + les agriculteurs. Mais finalement tout retombe sur la tête de l’agriculteur. Comme je l’ai dit, pour les intrants, les paysans n’ont pas de pouvoir de décision, tel pour les engrais, les pesticides, les carburants pour pomper l’eau. Quant à la vente des produits agricoles, là aussi, nous n’avons pas le droit de décider du prix de vente.
Par exemple, le gouvernement fixe un prix plancher pour le riz, mais les colporteurs payent toujours, en moyenne, 200, 300 đồng en dessous de ce prix plancher, ils ont beaucoup d’arguments, trop d’impuretés dans le paddy, ou n’a pas le bon niveau d’humidité etc..etc… Si nous ne vendons pas aux colporteurs, à qui vendrons-nous ? Parce que nous les paysans, d’une part, on n’a qu’une petite quantité de paddy à chaque fois, d’autre part, tout le monde n’a pas les moyens de transport pour aller vendre directement aux entreprises exportatrices.
En dehors du riz, dans les familles paysans on a des activités économiques annexes pour augmenter nos revenus. Comme élever des cochons, des poules, des canards. Mais les aliments pour les élevages, ça coûte chaque jour plus cher, soi-disant “les matières premières pour en fabriquer sont payés en dollars”, pendant ce temps, le prix de vente des bestiaux, des volailles baissent continuellement, parce que “leur prix c’est en đồng”, sans parler des risques à courir comme pour les cochons, exposés à la fièvre aphteuse, au SDRP (Syndrome dysgénésique et respiratoire du porc), les volailles au virus H5N1.
Je vous ai présenté comme quoi nous les paysans, nous avons beaucoup de difficultés, nous sommes très malheureux, mais nous avons le ferme espoir que le gouvernement, que vous, Monsieur le Ministre, vous allez tout de suite vous mobiliser à temps pour nous aider à surmonter les difficultés actuelles.
Merci, Monsieur le Ministre.
Bức thư của nông dân Huỳnh Văn Sơn gửi báo NTNN
http://danviet.vn/nong-thon-moi/nong-dan-gui-tam-thu-toi-bo-truong-bo-nnptnt-cao-duc-phat/20130730093139568p1c34.htm