L’agriculture dans l’économie vietnamienne...

Dernier ajout : 13 novembre 2014.

L’agriculture dans l’économie vietnamienne

L’agriculture a occupé une place de premier plan dans l’édification du Viêt Nam socialiste à partir de 1945. Bien que sa part dans le PNB soit passée sous la barre des 20% depuis 2012 (18,4% en 2013), elle demeure aujourd’hui encore une activité économique essentielle pour le pays car plus de deux Vietnamiens sur trois vivent toujours en zone rurale alors que le secteur primaire (agriculture, sylviculture et pêche) emploie encore plus de 50% des actifs (63% en 2010) !

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Viêt Nam connaît la disette, la famine sévissant même dans le Nord ! Il n’est dès lors pas étonnant qu’au lendemain de la Déclaration solennelle de l’Indépendance, le 2 septembre 1945, Hồ Chí Minh ait déclaré que sur les 6 tâches les plus urgentes auxquelles le peuple vietnamien devait s’atteler, la lutte pour enrayer la famine en constituait la première ! Toutes les couches de la population furent mises à contribution et tous les espaces cultivables, y compris en ville, furent mis en culture en application du mot d’ordre “Tấc đất, tấc vàng” qu’on pourrait essayer de rendre en français par la formule “chaque parcelle de terre vaut son pesant d’or”… Il n’en demeure pas moins que la collectivisation des terres d’abord dans le Nord puis dans le Sud après la réunification du pays en 1976, entraîna progressivement un désengagement des paysans, devenus de simples exécutants d’une politique purement étatique dont ils ne profitaient guère directement, ainsi qu’une baisse générale de la production, et ce en dépit de la mise en œuvre par les autorités d’investissements considérables dans la rénovation et la modernisation de l’agriculture.
L’instauration du “Đổi mới” (« nouveau cours », c’est-à-dire réforme de l’économie) lors du 6ème plénum du Parti Communiste du Việt Nam, en décembre 1986, aboutit dès 1988 à la décollectivisation des terres et à une rapide relance de la production : d’importateur de riz durant les années « noires » de la collectivisation forcée (450 000 tonnes en 1988), le Viêt Nam redevint très vite exportateur de riz (1,370 million de tonnes dès 1989) et de bien d’autres denrées agricoles !

En dépit d’une urbanisation galopante et d’une industrialisation rapide, l’agriculture reste un secteur économique très important au Việt Nam qui demeure, en ce début du XXIème siècle, un pays rural et une puissance agricole non négligeable : l’agriculture assure la sécurité alimentaire de la nation et les exportations de produits agricoles représentent, en valeur, 30 % du montant total des exportations nationales !
Les résultats de la riziculture sont particulièrement remarquables : avec une production de 43,7 millions de tonnes en 2012, le Viêt Nam se hisse au 5ème rang mondial, et avec 8 millions de tonnes exportées il est désormais le 2nd exportateur mondial de riz, juste après la Thaïlande… Le pays dispose également de fortes positions dans le domaine des cultures commerciales destinées principalement à l’exportation. Il s’agit principalement du café pour lequel il est le 2ème producteur mondial avec 1,3 Mt en 2012 et le 3ème exportateur mondial, mais aussi du caoutchouc naturel dont il est le 5ème producteur (avec 0,8 Mt) et le 4ème exportateur. Il domine la production mondiale de noix de cajou ainsi que celle de poivre. Il est également le 6ème producteur de thé dont les 2/3 de la production est exportée.
Malgré les épidémies, l’élevage porcin enregistre une croissance régulière avec une production de 4,3 millions de tonnes en 2012. La pisciculture et l’élevage des crevettes connaissent également une croissance significative…

En dépit de l’existence d’une concurrence très dure au niveau mondial, les exportations agricoles demeurent à un haut niveau. Le montant total des exportations agricoles a atteint 27,5 milliards de dollars américains en 2012, ce qui a généré un excédent de plus de 9,2 milliards de dollars, contribuant ainsi à réduire le déficit de la balance commerciale du pays…

Les difficultés actuelles de l’agriculture vietnamienne

En dépit de ses résultats tant au niveau de la production qu’à celui des exportations, l’agriculture vietnamienne souffre aujourd’hui de nombreux maux en raison de plusieurs carences :

- absence d’un plan d’ensemble d’aménagement territorial, concernant les cultures et les élevages à privilégier, faute de quoi l’agriculture se développe plutôt de façon empirique, au gré d’initiatives individuelles non concertées. Il s’ensuit :
o qu’il est presqu’impossible de créer des zones de production à grande échelle, avec un niveau d’investissement équivalent en moyens financiers, en plan de production adéquat, pour développer des filières avec des produits finaux à haute valeur ajoutée, engendrant des revenus plus importants au profit des agriculteurs tout en formant une main-d’œuvre de haut niveau,
o que des cultures mises en place une année donnée peuvent être remplacées peu de temps après par d’autres, comme nous avons pu l’observer à Bến Tre, où les paysans ont abattu les cacaoyers plantés il y a quelques années, intercalés aux cocotiers sur de grandes superficies, pour les remplacer par les pamplemoussiers ou des citronniers, suite à une chute de prix du cacao. On voit de même apparaître de vastes plantations de jaquiers thaïlandais qui prennent la place des arbres fruitiers classiques de la région du delta du Mékong (longaniers, arbres portant le fruit du dragon…)
o que d’importants investissements financiers dans les infrastructures économiques et sociales dans le programme d’édification de la nouvelle ruralité (travaux hydrauliques, routes, ponts et chaussées, établissements scolaires, réseaux sanitaires…) deviennent du jour au lendemain inutiles ! Ils sont sacrifiées suite à une décision de réquisition du sol pour d’autres projets (création d’une nouvelle zone industrielle, d’une cité urbaine nouvelle ou même d’un terrain de golf…), c’est-à-dire de projets dont on peut trop souvent douter de l’utilité, et qui sont dans tous les cas source de gaspillages de ressources précieuses si difficilement acquises.

- niveau trop faible des investissements par rapport à ceux qui sont réalisés dans d’autres secteurs de production : selon la revue financière “Tạp chí tài chính”, avec une contribution de l’ordre de 22% du PNB, l’agriculture avait sauvé le budget de l’Etat en 2012 ! Pourtant le secteur agricole qui ne bénéficiait déjà que d’une part des investissements publics se montant seulement à 13,85% du total il y a une dizaine d’années, n’en recevait plus que 6,45% en 2010, et qu’à peine plus de 6% en 2011 et en 2012 ! Suite à ce manque d’investissements, on constate que :
o les infrastructures économiques et sociales restent insuffisantes. Font notamment défaut,
- les voies de communication, les réseaux hydrauliques pour l’arrosage et le drainage des plantations,
- les établissements scolaires, les bureaux de poste équipés de bibliothèques, de point de connexion à l’Internet …
- les dispensaires en milieu rural, les centres hospitaliers.
o l’investissement en recherche et développement (R&D) est insuffisant. Il s’agit pourtant là d’une activité indispensable à une relance de l’agriculture
o l’organisation du management de la production, de la vie à la campagne reste peu efficace et aléatoire…

- utilisation d’une masse très importante de la main-d’œuvre nationale mais malheureusement de qualité médiocre. Les données citées par la revue « Économie et Prévisions », organe du ministère du Plan et de l’Investissement, indiquent qu’en 2012, sur une population de 88.780.000 personnes (90 millions au 1/11/2013), on comptait 53.098.000 individus âgés de 15 à 60 ans, tranche d’âge apte au travail, dont 52.114.000 ayant un emploi, près de la moitié de ceux-ci travaillant dans l’agriculture, alors que 9% d’entre eux seulement avaient bénéficié d’une formation (un doute subsistant en outre quant au niveau de cette formation !).

Très fortement tributaire des aléas climatiques, le Việt Nam est en en outre situé dans une zone tropicale fortement affectée par les calamités naturelles – tempêtes, typhons, inondations, sécheresses – Il est aussi l’un de ceux qui sont les plus exposés au changement climatique. Selon les données fournies par le Bureau de l’OMS pour le Pacifique occidental, au cours d’une période de plus de 50 ans (1954-2006), le Việt Nam a supporté plus de 380 tempêtes et basses pressions atmosphériques, chaque année en moyenne de 1989 à 2011 ! Un rapport du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, établit que du 1er janvier au 18 novembre 2013, 15 cyclones et 4 périodes de basses pressions atmosphériques ont affecté la mer Orientale, dont 12 cyclones qui se sont abattus sur le Việt Nam ; 264 personnes en sont mortes ou portées disparues, 800 ont été blessées, près de 12.000 habitations ont été emportées ou détériorées par les crues, plus de 300.000 ha de rizières et de cultures ont été dévastés… En moyenne, les pertes sont évaluées chaque année à environ 1,9 milliard de dollars américains soit 1,3% du PNB.

- Alors que les épidémies sont de plus en plus nombreuses, l’assurance des productions agricoles reste à l’état embryonnaire… La fièvre aphteuse, la maladie du PRRS (Porcine Reproductive & Respiratory Syndrome) détruisent les grands élevages comme ceux des foyers familiaux.

-  La qualité des productions, les produits sains, propres continuent à frayer l’opinion, car les agriculteurs continuent à appliquer les méthodes ancestrales, intercalées de connaissances apprises lors des campagnes de vulgarisation de nouvelles méthodes sur les soins à prodiguer aux cultures, aux élevages… Ainsi l’agriculture vietnamienne n’a que très peu bénéficié des bienfaits des progrès qui ont révolutionné l’agriculture mondiale. Aussi, conserve-t-on toujours l’image vétuste du “một nắng hai sương” – littéralement “supporter un ensoleillement, deux rosées”, qui signifie “trimer très dur” depuis bien avant le lever du soleil jusqu’à très tard dans la nuit, une image ancienne, combien attachante mais très peu efficace. D’autre part, la faible gestion de la qualité des engrais, les insecticides entrés en fraude, ont permis la circulation sur le marché national de produits de qualité médiocre, voire dangereux y compris pour l’environnement, et sont à l’origine d’accidents regrettables…
o La création de marques propres est un grand problème pour les produits agricoles vietnamiens. Quoique nombreuses et bien appréciées par les consommateurs outre-mer, les marques ne sont pas reconnues comme produits vietnamiens. Le riz, le café, le poivre… par exemple. C’est un grand tort aux paysans, leurs revenus en souffrent pour avoir été obligés d’emprunter des marques étrangères.
• Par l’expérience et afin de pouvoir écouler leurs fruits sur les marchés étrangers, peu à peu, les paysans du Delta du Mékong ont appris à accepter les règles et à suivre les directives strictes de la production des fruits selon les normes GAP – Good Agricultural Practices –
• De même, cela a été fait pour le riz de grande qualité aux normes GAP ou VietGAP cultivé à Cần Thơ, An Giang, Kiên Giang… Mais comme la qualité du riz vietnamien n’est pas encore bien stable, il perd ses parts de marché même dans son propre fief alors que, pourtant, la majorité des consommateurs locaux affichent leur préférence des productions nationales.
o De même il y a le problème l’appellation d’origine. Un nombre encore bien modeste de produits en sont pourvus dont le “nước mắm” Phú Quốc, le thé vert de Mộc Châu, le café de Buôn Ma Thuột, l’anis étoilé de Lạng Sơn, le riz parfumé de Hải Hậu, la pamplemousse de Đoan Hùng…

-  Les activités de recherche et développement – la R&D – restent bien peu développées : certains affirment que notre pays semble dépendre de l’étranger en semence pour les cultures (cette dépendance serait au niveau de 70% pour le riz !), pour les élevages aussi. Dans la lutte contre les effets du réchauffement climatique, quelle culture pratiquer pour répondre aux besoins nationaux si, à la fin de ce siècle 40% de la superficie du grenier de riz du Delta du Mékong, 11% de celui du Fleuve Rouge seront sous les eaux marines ? Ces informations, bien ou mal étayées, nous obligent à réfléchir car elles pourraient affecter directement les paysans, mais aussi le peuple vietnamien tout entier.

-  Des débouchés instables, tant sur le marché national que sur les marchés internationaux. Pour les grands produits comme le riz, le café, le poivre, le pangasius (poisson-chat), les crevettes… le producteur dépend des commerçants, des colporteurs qui font le ramassage, plus en amont, il dépend des entreprises exportatrices. Il manque une politique d’ensemble, d’études de marché, afin de définir un programme de développement d’une agriculture durable. Notre agriculture reste une activité d’“amateurs”, les produits exportés sont essentiellement des produits bruts, sans transformation, sans marque, en petites quantités. Aussi, y a-t-il ici un besoin urgent du rôle de “guide” tenu par des organismes responsables du gouvernement afin de garantir aux paysans des revenus décents. L’État a bien avancé l’objectif d’assurer aux agriculteurs des rentrées avec 30% de bénéfices. Cependant, il ne suffit pas de lancer l’idée, le plus important c’est d’organiser la production, la vente pour arriver aux objectifs visés. Dans la situation actuelle, si on fait entrer tous les frais dans le prix de revient, le paysan vietnamien, dans beaucoup de ses productions, vendrait à perte. C’est sur le dos du paysan que se sont créés les prodigieux records nationaux, tant dans les productions que dans les exportations.

-  Pour un paysan, la terre représente le moyen de production de première importance, pourtant le paysan vietnamien manque de terre. Sa vie est rendue plus difficile. Le paysan vietnamien, selon les rapports établis par la Banque Mondiale en 2009, ne dispose, en moyenne que de 1560 m2 de terre agricole, moins du tiers de la superficie exploitée par les paysans thaïlandais et cambodgiens. Alors que le sol des projets demeure souvent inexploité, ou les superficies allouées aux fermes d’État, aux entreprises d’État d’exploitation forestière sont laissées en friches.
-  Manque de fonds d’investissement : afin de maintenir leurs activités, les agriculteurs, dans l’ensemble, sont obligés de vendre leurs productions, riz et/ou autres produits agricoles, dès après la récolte, afin de régler leurs dettes. La grande majorité des paysans ne possèdent pas de capitaux et ont dû recourir à l’emprunt. Et comme en général, ils ne pouvaient pas s’adresser aux banques, faute de pouvoir produire les preuves de solvabilité exigées, ils se tournent vers les particuliers, en majorité des usuriers.
-  La valeur ajoutée ne provient que de l’exploitation des ressources existantes et de la main-d’œuvre à bon marché, ressources bientôt taries, il manque pratiquement les transformations industrielles avec des produits finaux à valeur ajoutée plus grande.
-  En dehors de l’agriculture proprement dite, nous avons aussi toute la branche de la sylviculture et celle de la pêche, deux branches aux forts potentiels que nos ancêtres ont qualifié de “rừng vàng, biển bạc” – “forêts d’or, mer d’argent”. Le Việt Nam, grâce à la multiplicité de son relief, de ses sols, à son climat, possède une grande richesse en ressources vivantes et en paysages naturels. Le tapis végétal de la forêt recèle une grande variété.
Il en est de même pour la mer vietnamienne - ressources vivantes, minérales, énergétiques...
Cependant, à part le pétrole dont l’exploitation est récente, la forêt comme la mer vietnamiennes n’ont pas encore reçu toutes les attentions qu’elles méritaient d’avoir. Tout reste encore assez rudimentaire. Aussi faut-il penser à s’organiser afin par exemple, d’encourager des investisseurs étrangers, en particulier français, réputés expérimentés dans l’élevage comme dans la pêche, à s’implanter au Vietnam, pour profiter des ressources locales, mais surtout pour partager leurs expériences, former la jeunesse locale notamment dans :
• l’élevage des huîtres, des moules, la pêche, surtout celle en haute mer ;
• la transformation des produits de l’aquaculture, de la pêche

De ce survol, nous avons pu constater que dans le développement du Vietnam, l’Agriculture joue encore un rôle très important, pour encore longtemps. Pour assurer un bon développement global, il importe de prendre de bonnes mesures :
1. traiter à égalité les branches afin que l’Agriculture ait le rang qui lui revient dans l’économie, que son industrialisation se fasse rapidement tout en modernisant la campagne,
a. ce qui va améliorer le niveau de vie des agriculteurs,
b. la campagne changera de visage, elle sera moderne, verte, conviviale, l’environnement sera respecté, protégé, relevé,
c. les travailleurs de la campagne auront un niveau professionnel relevé, ils auront une vie saine, propre, en sécurité,
d. une partie de la main-d’œuvre des zones rurales va exercer des métiers non agricoles, allant vers des secteurs industriels, de services ;
2. l’Agriculture devient apte à offrir aux consommateurs des produits propres, des produits à plus grande valeur ajoutée, tout en assurant aux Vietnamiens la sécurité alimentaire, chassant du pays l’invasion des produits étrangers de moindre qualité, tout en proposant au marché mondial des produits de valeur ; nous aurons élevé le niveau du PNB, éradiqué la pauvreté, participé à assurer la sécurité alimentaire mondiale ;
3. l’Agriculture vietnamienne sera apte à faire valoir des produits originaux, purement vietnamiens – à l’instar des produits provenant de la cuisine vietnamienne, bien appréciés des gourmets étrangers, partageant ainsi avec tout le monde le trésor culinaire des diverses régions vietnamiennes tout en préservant un patrimoine national.