L’ami oublié de Malraux en Indochine, Paul...

Dernier ajout : 1er juin 2014.

L’ami oublié de Malraux en Indochine, Paul Monin (1890-1929) Yves Lejariel

Date de parution : Octobre 2013
Éditeur : INDES SAVANTES (LES)
1 vol. (259 p.-[8] p. de pl.) : ill., couv. ill. ; 21 cm
ISBN : 978-2-8465-4327-9 (br.)
EAN : 9782846543279
35 €

Paul Monin fut l’ami du peuple vietnamien, le plus tôt engagé à soutenir sa lutte pour l’indépendance.
Le journal L’Indochine, qu’il codirigea avec Malraux durant quelques mois en 1925, défendait les droits élémentaires des Vietnamiens (liberté de presse, de réunion ou de circulation). A partir de 1926, Paul Monin en soutenant Phan Van Truong, appuya appuya directement son combat pour l’indépendance immédiate du Vietnam.

L’histoire de cet avocat lyonnais qui, à la suite de cruelles blessures de guerre, partit exercer son métier en Indochine, où sans se poser en militant révolutionnaire ou en leader, il combattit fermement les injustices coloniales et découvrit, au fil de sa route, les cultures annamite (on ne disait pas encore vietnamienne) et chinoise, s’associant notamment à Malraux pour publier une Indochine - interdite par le Gouverneur général, elle devint L’Indochine enchaînée -, n’est pas belle seulement parce qu’elle est celle de la défense d’une juste cause mais aussi parce qu’elle décrit un combat qui sut ne pas verser dans l’hystérie, et fit mieux sa part à la raison qu’à la passion.

Paul Monin, d’origine lyonnaise, fut avocat à Saigon (Vietnam). Engagé dans un combat contre les abus de la colonisation, il s’y affirma comme une personnalité marquante, de son arrivée en Indochine, en 1918, à sa mort en 1929.Bien sûr d’autres personnalités progressistes condamnaient à cette époque les abus du colonialisme en Indochine, comme Ernest-Alfred Babut ou Amédée Clémenti. Mais aucune ne s’est placée aussi nettement à côté des patriotes vietnamiens dans leur lutte pour l’indépendance.
Evoluant d’une position de réformiste déterminé réclamant que les Indigènes aient les mêmes droits que les Européens, mais qui ne pas remettait pas en cause la domination française au Vietnam, il en est venu peu à peu à combattre toutes les formes d’impérialisme et à devenir un clair partisan de l’indépendance.
De nos jours Paul Monin est presque un inconnu. Il n’a émergé d’une totale obscurité que grâce à l’amitié qui le lia à André Malraux avec lequel il publia le journal L’Indochine – suivi de L’Indochine enchaînée –, durant quelques semaines, à Saigon, de juillet à décembre 1925. Clara Malraux, la femme d’André Malraux à cette époque, a rappelé dans ses Mémoires le rôle de Paul Monin dans leur aventure indochinoise. Jean Lacouture lui a rendu un hommage mérité dans sa biographie de Malraux Une vie dans le siècle. Mais beaucoup d’obscurité entourait la vie militante de Paul Monin ; on ne savait pas à quel point Paul Monin s’impliqua avec son ami Phan Van Truong dans la revendication de l’indépendance du Vietnam. Ces lacunes sont en partie comblées par les recherches effectuées par l’auteur au Centre des archives d’Outre-mer (CAOM), aux archives du Ministère des Affaires étrangères, et à la grande Loge de France ; des papiers personnels transmis par la famille de Paul Monin, complètent ces sources.
Monin est l’homme qui initia Malraux à la politique en l’associant à la création du journal L’Indochine (devenu plus tard L’Indochine enchaînée) qui se fixa pour objectif de lutter pour un rapprochement des Français et des Vietnamiens en dénonçant les erreurs de la politique coloniale. L’amitié de Malraux et Monin ne dura que quelques mois, mais c’est à partir d’elle que Malraux a pu accumuler l’expérience qui lui permit d’écrire ses plus beaux romans « asiatiques ». Le journal L’Indochine par son audace et son impertinence a contribué à ce que la parole devienne un peu plus libre. Les journaux d’opposition réformiste ou à tendance plus révolutionnaire, dirigée par des hommes comme Nguyen Phan Long, Nguyen An Ninh ou Phan Van Truong ont été stimulés et aidés par l’exemple du journal de Paul Monin et d’André Malraux
Après le départ de Malraux pour l’Europe, au début de 1926, Monin poursuivit son combat en rejoignant Canton, bastion de la révolution chinoise de Sun Yat-sen et de ses successeurs, où il savait qu’il pourrait rencontrer Nguyen Ai Quoc, le futur président Ho Chi Minh. Au contraire de Malraux qui laissa indûment accréditer l’idée qu’il avait eu un rôle politique actif à Canton alors qu’il n’y mit jamais les pieds, Monin résida réellement à plusieurs reprises dans cette ville.Son séjour en Chine, de mars à mai 1926, lui permit de discuter avec le futur Ho Chi Minh, alors que celui-ci ébauchait les premiers pans d’une organisation structurée et efficace de lutte contre la domination française en Indochine. La femme de Paul Monin, Gertrude Monin, qui vécut jusqu’à l’âge de 106 ans, a été la première et seule Française à dialoguer en Chine, à Canton, avec le futur président Ho Chi Minh.
Par ses discussions avec ses amis vietnamiens, Paul Monin comprend qu’il peut les aider dans leur lutte révolutionnaire. Il les soutiendra désormais de toutes ses forces, mettant notamment son talent d’avocat au service des nationalistes soumis à la répression coloniale. Avec son ami Phan Van Truong, avocat comme lui et qui dirige à Saigon le journal L’Annam, il souligne que le Vietnam doit être un pays indépendant et libre. Paul Monins’oppose clairement à certains hommes « modérés » comme Paul Monet qui se proclame lui aussi, l’ami des Vietnamiens, mais qui leur recommande la patience dans la revendication d’une simple autonomie. En 1927, quand Truong est mêlé d’une façon toute artificielle à l’affaire des « anarchistes » où treize jeunes gens se trouvent accusés pour avoir voulu célébrer le mandarin patriote Luong Ngoc Lam, Monin défend son ami devant les juges.
Le pouvoir colonial se raidit, alourdissant les peines qui frappent les journalistes qui s’opposent à lui. Monin est de plus en plus amené à proclamer sa solidarité avec ses amis vietnamiens, notamment lorsque Truong est condamné à deux ans de prison en 1928.
Monin est mort en 1929 à Saigon et non en Chine comme l’écrira plus tard Malraux qui semble avoir quelque peu oublié l’ami qui l’initia à la géopolitique de l’Asie. Une foule immense où l’on comptait très majoritairement des Vietnamiens suit son cortège funèbre.
La courte vie de Paul Monin fut une quête ardente de vérité et de justice. Certes Monin n’est pas Malraux. Il n’en a ni le génie littéraire, ni le destin porté aux plus hauts honneurs de la vie politique. Mais il eut une clairvoyance et un courage politique qui lui ont fait anticiper,plus lucidement que Malraux, les évolutions futures de l’Indochine et de la Chine, et, plus généralement, le déclin de toutes les formes du colonialisme européen. Yves Le Jariel