La Marseillaise du général Giap Claude Blanchemaison

Dernier ajout : 16 octobre 2013.

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La Marseillaise du général Giap
Claude Blanchemaison
Je me souviens
éditions Michel De Maule
ISBN 978-2-87623-525-0
120 pages - 9€

Un petit livre rouge à glisser dans la poche... ainsi en va-t-il des souvenirs de Claude Blanchemaison qui fut l’ambassadeur de l’ouverture entre 1989 et 1992 à Hanoi.
Qui ne connaît pas cet ambassadeur qui débarque, à 45 ans dans la capitale légendaire toujours moite et grise et si froide en hiver, trouée de nombreux lacs verts...

À la fin de la décennie 80 l’horizon s’entrouvre, apaisé, permettant tous les rêves. En contre jour un héros approchant les 80 ans, frêle et subtil, espiègle même, radieux de son aura, le général Giap. Notre ambassadeur ne peut être que fasciné et surtout intrigué puis qu’après plus de 20 ans, il écrit 120 pages émaillées de la présence du vainqueur de Bien Dien Phu. Les quinze ren- contres avec Giap ponctuent le livre en autant de facettes reliant le présent au passé.

Concises, ces courtes pages ont le mérite du recul, Claude Blanchemaison va à l’essentiel : public et intime dynamisés l’un par l’autre, s’entremêlent. DdM

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Claude Blanchemaison feuillette son livre et commente les photos

La photo du 14 juillet ? Elle est très petite, en couleur cela change tout…
Ici, Giap et votre serviteur sommes en train de manger du saucisson. Ces photos sont des photos d’amateurs… Là, le général est en train de me piquer mes livres. On est dans le salon avant le 14 juillet en train de discuter, « est ce que je peux vous emprunter des livres ? » bien sûr, il sont à vous et son aide de camp qui était un jeune capitaine est parti avec une pile de livres sous le bras. C’était très sympathique, enfin nous pouvions donner des livres français ! C’est un hommage que je lui rends. (Un autre 14 juillet), ici, la photo de Giap, est bonne avec les musiciens – on a mis aussi des photos de Chirac, Mitterrand en 1993 et F. Missoffe ...

Les funérailles nationales du général Giap allaient de soi car son personnage est le symbole de l’indépendance de la Nation et de l’unité du pays. Il a, aux yeux de la population cette aura d’icône qu’il gardera.

Vous arrivez à Hanoi en 89 et vous avez 45 ans…

Effectivement lorsqu’on m’a pressenti : on pense à vous pour être ambassadeur au Viet Nam qu’est ce que… au départ, mon entourage, mes amis me mettaient en garde – le Viêt Nam est sous embargo américain, il vit dans une pauvreté extrême… des américains avaient même dit : il faut faire revenir le Viêt Nam à l’âge de pierre… par conséquent ce sera très dur et cela va durer. J’ai hésité, c’est vrai, jusqu’à ce qu’un diplomate ancien me dise : « écoutez, quand même il faut réfléchir, ça bouge. Les vietnamiens ont pris récemment des décisions sur une réforme économique et puis de toutes façons tout le bloc soviétique est en train de basculer, donc il va forcément se passer quelque chose dans la période qui vient et cela sera très intéressant et la France a probablement une carte à jouer. »
Ce collègue ancien, très sage, m’a convaincu et le lendemain j’ai dit d’accord j’y vais et j’ai été nommé ambassadeur. Je suis arrivé à Hanoi en mars 89.

Vos premières impressions ?

En fait j’avais déjà effectué auparavant une première visite, parce que très gentiment on m’avait incorporé dans une mission du ministre de l’agriculture qui avait eu lieu au mois de février et donc je suis allé pour la première fois au Laos et au Viêt Nam dans cette délégation qui faisait une mission de prospection, de prise de contact que guidait monsieur Henri Nallet. J’ai vu le pays … d’abord au Nord, il faisait froid et très humide, on n’était pas chauffé. C’était assez austère, le gens, empilaient des vêtements les uns sur les autres et cette espèce de couleur verdâtre qui dominait partout. Dans le fond c’était un défi à relever et cela m’intéressait.

Le pays s’est ouvert assez vite sur le plan économique, encore plus vite au Sud qu’au Nord. La première année on achetait beaucoup de choses à Bangkok, y compris les tubes dentifrices. Il y avait des missions d’approvisionnement, les ambassades s’organisaient. Après, cela s’est très vite ralenti car on trouvait, sur place les produits de premières nécessités, mais on a quand même continué à faire des missions d’approvisionnement pour l’alimentation.
Pour les gens de la rue (dont moi et encore au début de 1992), il y en allait tout autrement, même si on trouvait de plus en plus de choses surtout des produits provenant ou via l’ex URSS, j’en veux pour exemple les fers à repasser ou le champagne russe. Il était surprenant d’acheter des objets ou autres à moins de 1ct de F… un autre détail, pour les non-diplomates : l’entrée à l’ambassade était accessible aux occidentaux et ce, sans passeport ! Les deux chinois dont les faits sont relatés dans le livre ont du escalader le mur d’enceinte de l’ambassade.

Ce passage par le Viet Nam ?

Ce qui est sûr c’est que j’ai eu de la chance d’y être à cette période là. C’est une époque où il s’est passé énormément de choses, à commencer par la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc soviétique. Or, les premières coopérations au Viêt Nam étaient : celle l’Union soviétique et de l’Allemagne de l’Est.

En 1989 les autorités vietnamiennes ont constaté que sur le plan financier ces coopérations non seulement diminuaient très rapidement. C’était l’élément majeur. Par ailleurs les américains maintenaient le boycott en dépit du fait qu’il était totalement anachronique comme le disait certains sénateurs américains qui venaient en mission. J’ai rencontré Monsieur J. F. Kerry parce qu’évidemment les congress men américains voulaient prendre l’avis des ambassadeurs occidentaux sur place pour savoir ce qu’ils pensaient de la situation. Tout le monde trouvait que le l’embargo était totalement absurde. Au même moment les vietnamiens ont fait des ouvertures et le gouvernement français y a répondu positivement.

On a engagé une coopération assez importante sur divers plans : d’abord pour moderniser le Viêt Nam, y compris son Ministère de l’Economie et des Finances. Des fonctionnaires du Ministère venaient leurs expliquer comment créer un véritable Trésor Public… Monsieur de Chalendar [1] était très actif, il était à l’époque le responsable de l’ADETEF , qui est le bras armé de la coopération du Ministère des Finances. Il s’était beaucoup engagé dans cette coopération avec le Viêt Nam, et il a été actif avec d’autres pays comme la Pologne et les pays d’Europe centrale. A l’époque, il venait fréquemment. Je crois que cela a contribué à une réelle modernisation. De plus, Monsieur de Chalendar avait trouvé un interlocuteur en la personne de Monsieur Khué qui était un ancien inspecteur des finances vietnamien qui avait été formé à la française et qui servait d’intermédiaire. avec le Ministère des Finances. On a eu un peu la même chose dans le domaine juridique où un président de Chambre de la Cour de Cassation, le président Bézard, qui était né à Hanoi, est venu mener des missions de coopérations juridiques... Il a beaucoup travaillé avec le Ministre de la Justice de l’époque sur les éléments du Code de Commerce puis du Code Civil vietnamien, ensuite tout cela a débouché sur la création d’une Maison du Droit avec l’intervention de membres du Barreau de Paris qui sont venus faire plusieurs missions. Tout cela a ouvert la porte à des installations de bureaux d’avocats.

En ce qui concerne la Formation, nous avons sélectionné des jeunes vietnamiens, pour les Grandes Ecoles : Polytechnique, l’ENA, HEC et des scientifiques pour l’Université.
On a également créé des formations sur place telle que le Centre franco vietnamien de formation à la gestion.

Que s’est il passé après ? D’autres pays sont venus, bien sûr, ils ont fait la même chose, que ce soit nos amis allemands notamment après la réunification de l’Allemagne. Il y avait un fond commun, puisque beaucoup de vietnamiens étaient allés en Allemagne de l’Est. Mais les Australiens qui étaient aussi très actifs à l’époque ainsi que les japonais. Bien entendu, après la levée de l’embargo, les américains sont venus massivement ouvrir des champs de coopérations et donc, il y a eu une concurrence très légitime. Notre fierté c’est d’avoir ouvert la voie et par la suite, notre place relative s’est restreinte en fonction de la concurrence qui s’est exercée dans tous ces domaines de coopération.

Les vietnamiens ont tendance à dire et le disaient : les français n’ont pas su prendre leur place ?

A l’époque où j’y étais, les Français ont pris leur place : Les quatre plus grandes banques françaises ont ouvert des bureaux de représentation et elles étaient parmi les premières, même si par la suite, les crises économiques et financières mondiales ont rendu le contexte extérieur encore plus concurrentiel. Les entreprises se sont redéployées, déterminant leurs stratégies comme elles l’entendaient.
Il y a eu malheureusement un rétrécissement de nos parts de marché. Aujourd’hui, l’objectif du gouvernement français est de doubler la part du marché français qui est au demeurant très faible

Est ce que vous pensez que la mort de Giap et les cérémonies dont il a fait l’objet vont changer quelque chose dans la politique vietnamienne ?

Il n’y a pas de raison, Giap n’avait plus de rôle actif et finalement sa mort clôt un chapitre de l’histoire qu’il a largement contribué à écrire puisqu’encore une fois, la population vietnamienne, les anciens comme les jeunes considèrent qu’il est le symbole, avec Ho Chi Minh bien sûr, de l’Indépendance et de l’Unité du pays.

Qu’en est-il, à votre avis, du développement du Vêt Nam y compris par rapport à la Chine ?

Le Viêt Nam est très dynamique.
On a beaucoup poussé à l’époque, au regroupement des pays de l’Asie du Sud-est, et ce n’était pas facile. A l’origine l’ASEAN [2] n’était pas favorable aux pays communistes mais cela s’est fait à peu près au moment où les américains ont levé l’embargo en 1995. Et le Viêt Nam a maintenant un rôle très actif au sein des 10 pays de l’ASEAN, son économie est forte croissance. Bien sûr, son principal partenaire économique, c’est son grand voisin, la Chine, mais c’est aussi le cas des autres pays de la région. C’est logique puisqu’il y a un marché extrêmement concurrentiel sur lequel s’affrontent la plupart des grands pays.

Le conflit en mer de Chine ?

Je fais confiance dans la sagesse des asiatiques pour qu’il n’y ait jamais de conflit ouvert. Chacun reste sur ses positions bien sûr, mais la sagesse consiste à imaginer des procédures de dialogue entre les pays concernés. La Chine comme les autres pays concernés fait en sorte que, que le conflit ne dégénère pas.

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Notes

[1Jacques de Chalendar, président d’Adetef de 1984 à 1989

[2L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) est une organisation politique, économique et culturelle regroupant dix pays d’Asie du Sud-Est. Elle a été fondée en 1967 à Bangkok par cinq pays dans le contexte de la guerre froide pour faire barrage aux mouvements communistes, développer la croissance et le développement et assurer la stabilité dans la région. Le Viet Nam y a fait son entrée en 1995. Aujourd’hui, l’association a pour but de renforcer la coopération et l’assistance mutuelle entre ses membres, d’offrir un espace pour régler les problèmes régionaux et peser en commun dans les négociations internationales. Un sommet est organisé chaque année au mois de novembre. Son secrétariat général est installé à Jakarta.

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