La patrimonialisation au Vietnam : un état des lieux Journée d’étude (...)

Dernier ajout : 1er avril 2015.

La patrimonialisation au Vietnam : un état des lieux
Journée d’étude organisée par la section d’études vietnamiennes, LCAO, Université Paris 7

 et le Centre Asie du Sud-Est, EHESS-CNRS 18 juin 2015

Appel à communications
En 2001, la notion de "patrimoine culturel" (di sản văn hóa) fait son entrée dans le droit vietnamien avec le vote d’une loi lui étant spécifiquement dédiée. Si une telle notion était déjà présente dans les textes réglementaires, notamment ceux consacrés aux "vestiges" (di tích), elle semble faire l’objet d’une attention particulière de la part des autorités depuis le début des années 2000. Le Conseil National du Patrimoine Culturel (Hội đồng Di sản Văn hóa Quốc gia), chargé de conseiller directement le gouvernement, et le Service du Patrimoine Culturel (Cục Di sản Văn hóa), organe du Ministère de la Culture et des Sports en charge de ces politiques, ont ainsi été formés en 2004.
Cette institutionnalisation progressive est contemporaine du renouvellement de la question patrimoniale au sein des instances internationales, essentiellement marquée par la promotion de la notion de "patrimoine culturel immatériel" par l’Unesco à partir de 2001, aboutissant à la création de la "Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité" (adoption de la convention en 2003, entrée en vigueur en 2006).
L’intérêt porté par l’État à la préservation et à la promotion de diverses formes de patrimoine n’implique pas pour autant une prise en charge exclusivement assurée par les autorités. On peut en effet se demander si la question patrimoniale n’est pas l’un des champs où une société civile naissante déploie sa capacité d’initiative.
Ainsi, un rapide examen des pratiques culturelles reconnues par l’Unesco révèle des enjeux multiples : entre le culte des rois de la dynastie légendaire Hùng, récemment officialisé et approprié par l’État, le ca trù, forme de poésie chantée interdite après la révolution parce que jugée trop élitiste, et les ensembles de gongs des minorités des Hauts Plateaux, les intentions à l’œuvre semblent dessiner des configurations fort différentes, rendant nécessaire un examen précis des acteurs impliqués, de leurs projets et de leurs actions.
Outre la tension qui apparaît entre les discours unificateurs et l’affirmation de singularités au sein de l’espace national, la patrimonialisation paraît occuper une position d’interface entre le local et le global. Elle implique souvent un détour par les instances internationales, qui jouent un rôle important dans la définition et la gestion du patrimoine, mais également par des institutions nationales étrangères, telles que les centres culturels et fondations, liés ou non aux représentations diplomatiques. On pourra ainsi se demander si la patrimonialisation, dans le Vietnam contemporain, s’oppose ou contribue à la globalisation.
L’ambition de cette journée d’étude est d’ébaucher un état des lieux de la question patrimoniale dans le Vietnam contemporain.
Il s’agira de s’interroger sur les politiques et pratiques concrètes qui alimentent la production, la conservation et la promotion du patrimoine (matériel ou immatériel) en cours au Vietnam et ce, en prenant en compte la diversité des acteurs (dirigeants politiques, associations, artistes, publics locaux, touristes, spécialistes rituels, chercheurs...) et des techniques (sanctuarisation, numérisation, organisation de performances...). C’est donc la patrimonialisation comme processus, en tant qu’elle fait l’objet de stratégies, de controverses voire de conflits, qui sera placée au centre de nos interrogations, notamment lorsque le patrimoine est considéré comme étant en contradiction avec les valeurs de la modernité - que celle-ci soit considérée à travers le référent socialiste ou à travers celui de la "civilisation" (văn minh), perçue comme une condition à l’intégration internationale du pays.
Toutes les formes de patrimoine pourront être abordées : le patrimoine culturel matériel (dont le statut est tout sauf évident dans une "civilisation du végétal") et immatériel, évidemment, mais aussi le patrimoine naturel. En effet, plusieurs affaires récentes ont fait de celui-ci un objet de débat, qu’il s’agisse du démantèlement des villages flottants de la baie de Ha Long ou du projet de téléphérique dans la grotte de Sơn Đoòng. Les contributions interrogeant la constitution même de ces différentes catégories de patrimoine sont les bienvenues.
Bien que le contemporain soit privilégié, les approches proposant une perspective historique sont également encouragées, notamment celles prenant en compte la relation entretenue par la puissance coloniale avec le patrimoine vietnamien avant l’indépendance (et ses éventuelles conséquences sur la production des identités locales). On s’interrogera également sur les continuités et les ruptures qui lient les développements récents de la patrimonialisation aux politiques de refondation de la culture vietnamienne mises en œuvre dès les premières années de l’indépendance du pays.
Enfin, un intérêt particulier sera porté aux effets de la patrimonialisation sur les objets qu’elle vise à conserver, et sur les représentations (notamment mémorielles) dont ils sont porteurs : entre vitrification et transformation, purification et marchandisation, invention et oubli. Ainsi, en faisant porter le regard sur les pratiques du patrimoine, cette journée d’étude visera à mieux comprendre comment le Vietnam d’après le "Renouveau" (Đổi mới) produit, regarde et montre son passé.

 Les propositions sont à envoyer aux deux adresses e-mail thi-hiep.nguyen@univ- paris-diderot.fretpaul.sorrentino ehess.frsous la forme d’une présentation de 300 mots assortie d’un titre provisoire, d’une bibliographie indicative, et d’un CV résumé (deux pages maximum) avant le 30 avril 2015. Les communications dureront maximum 30 minutes.

Comité scientifique
Caroline Herbelin (FRAMESPA, Université Toulouse II)
Xuyen Le Thi (LCAO, Université Paris Diderot-Paris 7)
Dana Rappoport (CASE, EHESS-CNRS)
Comité d’organisation
Thi Hiep Nguyen (LCAO, Université Paris Diderot-Paris 7)
Paul Sorrentino (CASE, EHESS-CNRS)