La voix de l’ambassade du Viet Nam à Paris

Dernier ajout : 22 juin 2015.

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lettre de remerciement de l’ambassadeur du Viet Nam à Paris
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réponse de Gérard Daviot à l’ambassadeur du Viet Nam à Paris


Deux débats le 6 juin

Dans le cadre de la journée du 6 juin 2015 des associations d’amitié et de solidarité avec le Vietnam, deux débats ont eu lieu, réunissant un public nombreux et intéressé et donnant lieu à de riches échanges.

Le premier portait sur le Vietnam d’aujourd’hui « 40 ans après la libération du pays en 1975, où en est le Vietnam en 2015 ? ». Animé par Jean-Pierre Archambault, secrétaire général de l’AAFV, il réunissait Nguyen Bich Hue, ministre-conseillère de l’ambassade de la République socialiste du Vietnam en France, Daniel Roussel, journaliste et cinéaste membre du CN de l’AAFV et Henri Dang, membre du bureau permanent de l’UGVF, chargé des relations extérieures.

Un pays émergent à revenu intermédiaire
Si le Vietnam a fait la une de l’actualité pendant des décennies, ce fut pour les guerres française et américaine et leurs atrocités, pour son combat héroïque et victorieux. Aujourd’hui, la paix chèrement conquise, pays émergent à revenu intermédiaire, le Vietnam connaît un développement considéré comme exemplaire par les Nations-Unies. Quelques chiffres : son PIB est de 184 milliards USD en 2014. Il a connu une croissance annuelle moyenne de 7,2% pour la période 2000-2010, 5,98 % en 2014. La France est son 5ème partenaire commercial européen et le 2ème investisseur européen. Le revenu annuel par habitant a été multiplié par 11 de 1986 à 2013. Son PIB/habitant est de 2030 USD contre 400 dollars en 2000. La grande pauvreté qui frappait 58 % de la population en 1993, n’en affectait plus que 22 % en 2003 et 6% en 2014. Les réalisations en matière de santé publique et d’éducation sont importantes.

Le Vietnam comptait environ 90 millions d’habitants en 2014. C’est un pays à démographie jeune, plus de 60 % de la population active ayant entre 20 et 40 ans. Il est attaché à son identité culturelle tout en étant ouvert sur la modernité. 54 ethnies et 13 religions (30 millions de croyants) cohabitent pacifiquement.

Le Vietnam entretient des relations diplomatiques avec 180 pays. Il a signé un partenariat stratégique avec la France. Il connaît une intégration mondiale et joue un rôle actif dans l’ASEAN. Il commerce avec plus de 200 pays et territoires et sa balance commerciale est excédentaire. Le français est parlé par 600 000 Vietnamiens. Le tourisme se développe : 7,8 millions de voyageurs étrangers en 2014 sans compter le tourisme local en plein essor.

Le pays se modernise avec l’ambition de devenir un pays industrialisé en 2020. L’industrie et la construction représentent 38,5 % du PIB, les services 43,3 % et l’agriculture 18,2 % (avec 60 % de la population active). Le Vietnam est 1er exportateur mondial de poivre et de cajou, 2ème de riz, 3ème de café, 4ème de caoutchouc... Grand producteur de thé et de fruits, il éprouve des difficultés à exporter. Il est un pays maritime à grande potentialité économique.

Le changement se voit très concrètement. Le développement des infrastructures (autoroutes, ponts…) est manifeste. Ainsi, en 1993, l’aéroport Tan son Nhut à Ho Chi Minh Ville était désert : un seul avion sur le tarmac. En 2015 les avions font la queue pour décoller.

Il reste des problèmes à résoudre comme la dépendance aux investissements étrangers, une demande immense en matière de nourriture, l’éducation et la formation notamment des paysans. Le Vietnam figure parmi les pays les plus touchés par le réchauffement climatique. Une hausse de 3 degrés entraînerait une montée du niveau de la mer d’un mètre d’ici 2100. La sécurité alimentaire serait menacée. Le Vietnam agit pour un règlement pacifique de la question des archipels de la Mer orientale. Et Monsanto veut implanter ses semences OGM, ce qui provoque de vifs débats dans la société vietnamienne.

Un passé qui pèse encore
Mais l’on peut se montrer optimiste quand on se souvient de l’état dans lequel se trouvait le Vietnam après un siècle de colonisation et des décennies de guerres en regard de ce qu’il est aujourd’hui. Après aussi l’embargo des Etats-Unis et des pays occidentaux qui n’a pris fin qu’en 1994. Comprendre le Vietnam suppose de connaître son passé, son histoire.

40 ans après la fin de la guerre, l’Agent Orange tue encore. Il y a 4 millions de personnes contaminées. Le général Westmoreland, commandant des opérations militaires avait déclaré que les Etats-Unis ramèneraient le Vietnam à l’âge de pierre (c’est beau les droits de l’homme...). Ils s’y sont employés entraînant une catastrophe humanitaire, des millions de victimes, le plus grand désastre écologique de tous les temps, un écocide, une nature dévastée. Crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Des destructions et des souffrances à n’en plus finir. L’après 1975 ce sont des bâtiments, hôpitaux et écoles notamment, et des maisons en ruine. Pas de voitures privées dans les rues, quelques motos et des vélos. L’eau et l’électricité dans les villes rationnées et coupées, des routes défoncées, la faune et la flore décimées, la forêt tropicale disparue... on n’en finirait pas d’énoncer les conséquences de la guerre dans la chair des Vietnamiens et dans leur pays.

Des questions et des réponses
Le débat avec la salle fut riche et sans tabou. Ainsi à la question de savoir si, constatant le fossé existant entre les privilégiés et le reste de la population, le Vietnam était toujours socialiste, il fut répondu que toute croissance économique induit des inégalités dans un premiers temps. Les entrepreneurs sont ainsi favorisés et Il incombe à l’Etat de redistribuer la richesse produite. Or la politique de l’Etat pour réduire les inégalités porte ses fruits même s’il existe encore des poches de pauvreté. Des efforts notables sont faits dans le système éducatif notamment avec la construction d’écoles jusque dans le plus petit village. Il fut mentionné la diminution des superficies cultivables et donc un problème concernant la sécurité alimentaire. En effet, il y a des abus dans la construction de terrains de golf. L’Etat a pris des mesures pour limiter ces pratiques. Concernant la sécurité alimentaire, les organismes de contrôle ne peuvent pas être aussi structurés comme dans les pays développés comme la France. D’une façon plus globale, on ne peut comparer le Vietnam avec les pays développés dans la mesure où l’industrialisation y a débuté il y a 3 siècles. Pour le Vietnam les débuts datent d’une trentaine d’années. Et il fut rappelé que le PIB du Vietnam représente environ 6 % du PIB de la France. La question fut posée de savoir s’il existe un droit du travail au Vietnam. Oui, avec un salaire minimum, un âge légal pour la retraite, un SMIC etc…

Le temps imparti au débat arrivant à son terme, il a bien fallu interrompre les échanges qui ne demandaient qu’à se poursuivre. En guide conclusion de ce passionnant débat : le Vietnam va de l’avant, la tendance est bonne, la population est dynamique...

Jean-Pierre Archambault, Henri Dang, Nguyen Bich Hue, Daniel Roussel

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Le second débat était intitulé « Vietnam, Algérie, guerres coloniales, quels enseignements ? », avec Alain Ruscio, historien spécialiste de la décolonisation, membre du CN de l’AAFV.

Le 20 juillet 1954, à Genève, négociateurs français et vietnamiens signaient les accords de cessez-le-feu, couverts de son autorité par la communauté internationale. Quelques semaines auparavant, le 7 mai 1954, les derniers défenseurs du camp de Dien Bien Phu, harassés, avaient reconnu, la mort dans l’âme, la supériorité de l’adversaire. Une guerre s’achevait. Ainsi donc, des combattants de ce que l’on commençait à appeler le Tiers-monde étaient venus à bout de l’une des principales armées occidentales, soutenue par le puissant allié américain.

On imagine mal l’écho que put avoir cet événement dans le monde colonisé ou dominé, en particulier dans l’outre-mer français : les colonialistes avaient été vaincus, une armée régulière défaite.

Mais, bien avant Dien Bien Phu, la lutte politico-militaire menée par le Viet Minh, l’organisation politico militaire créée par Ho Chi Minh, a considérablement influencé les colonisés nationalistes, mais aussi certains éléments des populations misérables. Et ce, dès le début.

L’écho de la proclamation de l’indépendance par Ho Chi Minh, le 2 septembre 1945, parvint dans tout le monde colonisé : un « petit homme », frêle, un « petit peuple », défiaient le colonialisme tout puissant. La contagion ne s’arrêtera plus : le Vietnam devint, pour de nombreux colonisés, un modèle.

En 1962, dans la préface de La Nuit coloniale, le leader nationaliste algérien Ferhat Abbas écrit : « Dien Bien Phu ne fut pas seulement une victoire militaire. Cette bataille reste un symbole. Elle est le Valmy des peuples colonisés. C’est l’affirmation de l’homme asiatique et africain face à l’homme de l’Europe. C’est la confirmation des droits de l’homme à l’échelle universelle. A Dien Bien Phu, la France a perdu la seule légitimation de sa présence, c’est-à-dire le droit du plus fort ».

Alain Ruscio