Léo Figuères, un homme debout

Dernier ajout : 9 novembre 2013.

Léo Figuères, un homme debout

aux éditions Le Temps des Cerises 01/04/2013

240 p
12€

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Paru cette année 2013 aux éditions le Temps des Cerises, Léo Figuères, un homme debout est un livre au joli format carré, à l’illustration abondante et intéressante, agréable à feuilleter, un hommage plein d’informations précieuses dans une première partie sur l’histoire de la gauche communiste du Front populaire à nos jours, dans une deuxième, sur la gestion de la mairie de Malakoff de 1965 à 1996, la troisième partie permettant de suivre la réflexion de Léo Figuères sur la situation la plus actuelle.
Mais on n’a pas affaire ici à un hommage ordinaire. Il y a plus dans ce livre, et sa première originalité est de confier le récit d’une bonne partie de cette longue vie généreuse à Léo Figuères lui-même, puisque ce sont des extraits de ses propres ouvrages qui sont montés d’abord par Gilles Figuères, et constituent une sorte d’autobiographie, depuis sa jeunesse et ses premiers engagements jusqu’aux années soixante-dix.
S’y ajoutent les photos prêtées par André Figuères, documents précieux et émouvants.
Il nous touche, évidemment, qu’au centre géométrique et chronologique de cette aventure, le Vietnam tienne une large place.
Alors directeur de L’Avant-Garde, premier communiste français à reprendre des contacts directs avec les dirigeants révolutionnaires vietnamiens depuis 1947, Léo Figuères narre à son retour en France dans « Je reviens du Vietnam libre » son voyage de 1950 en Chine et en Indochine, sa rencontre avec Ho Chi Minh. Ce livre dont de larges passages sont cités ici, rend compte de ses discussions avec le grand dirigeant ainsi qu’avec le Général Giap, expose aux Français la lutte de ces patriotes et de leur peuple pour l’indépendance. Il vaudra à son retour en France à Léo Figuères une condamnation par contumace à quinze ans de réclusion pour atteinte au moral de l’armée... et le retour à la clandestinité qu’il avait connue dans la Résistance.
Mais c’est ensuite partout dans le monde que ce grand internationaliste représentera le PCF, de la Guinée au Pérou, de l’URSS ou la Chine à la Corée ou Israël, toujours chargé de délicates missions diplomatiques – particulièrement au temps des difficiles relations sino-soviétiques.
Lorsque Dominique Cordesse aborde l’autre face – mais combien complémentaire — de Léo Figuères, c’est le maire de Malakoff qu’elle décrit, pour la période 1965-1996. Là encore, l’illustration soutenant le texte composé de témoignages est très utile et donne une bonne idée de l’humanité du travailleur infatigable que fut en ce poste Léo Figuères.
La troisième et dernière partie de l’ouvrage est particulièrement intéressante. Francis Combes redonne la parole à Léo Figuères à travers des passages d’œuvres écrites entre 1995 et 2011. L’analyse qu’y fait celui qui fut un temps responsable des relations du parti communiste avec les intellectuels, des mutations de nos sociétés, il la fait dans une fidélité au marxisme intelligente - c’est-à-dire capable d’évolution. Ainsi éclaire-t-il bien des grands débats de l’époque, de la réflexion sur le signe d’égalité que certains voudraient voir entre fascismes et communisme aux bouleversements de l’Europe de l’Est ou des pays en voie de développement, de la crise du capitalisme aux propositions à faire pour un « socialisme nouveau » propositions qu’il voudrait parfois voir son propre parti concevoir et exposer plus clairement.
Léo Figuères, « homme debout » méritait cet hommage bien conçu et bien réalisé à un militant exceptionnel, passeur d’idéal, lutteur généreux à la fidélité toujours en recherche.
Françoise Paradis