Lê Ba Dang est mort à Paris le 7 mars 2015

Dernier ajout : 1er mai 2015.

Le Ba Dang
Je suis un homme qui vit du rêve de son paradis perdu.
Toute mon oeuvre d’artiste n’est que le reflet de cet amour à mille facettes. C’est dans mon pays d’enfance que j’ai appris à découvrir et à aimer l’éternelle jeunesse du monde.
Ce que je traduis dans mon langage de plasticien, c’est le cycle éternel de la lumière et de la vie, dans les choses, autour des choses, au dessus des choses, au delà des choses, au delà du graphisme.

Lê Ba Dang est mort à Paris le 7 mars 2015

Les funérailles du peintre Lê Ba Dang à Paris
13/03/2015 18:14
Les funérailles du peintre Lê Ba Dang ont été organisées le 12 mars au cimetière du Père-Lachaise de Paris, en présence de bon nombre d’amis et de représentants de l’ambassade du Vietnam en France.
Cérémonie en mémoire du peintre Lê Ba Dang à Thua Thiên-Huê

Le ministre conseiller de l’ambassade du Vietnam en France, Dang Giang, a remis à la famille du peintre Lê Ba Dang des messages de condoléances du vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères Vu Hông Nam, président du Comité d’État pour les Vietnamiens à l’étranger, et du président du Comité populaire de la province de Thua Thiên-Huê, Nguyên Van Cao.

Dans sa lettre de condoléances, l’ambassadeur du Vietnam Nguyên Ngoc Son a rappelé les contributions du peintre Lê Ba Dang au Vietnam, en particulier lors des campagnes afin de recueillir le soutien de la communauté internationale pour la lutte contre l’armée américaine.

Les funérailles du peintre Lê Ba Dang ont été organisées le 12 mars au cimetière du Père-Lachaise de Paris, en France.
Photo : Bich Hà/VNA/CVN

Lê Ba Dang était un peintre talentueux ayant beaucoup contribué à l’art vietnamien comme mondial. Avec sa vision poétique, il englobait dans un seul univers fusionnel des influences culturelles de l’Europe et de l’Orient. Ce chant poétique, l’artiste aimait le faire partager aussi bien dans ses sculptures que dans ses lithographies et dans ses œuvres sur papier. La variété des supports répondait à celle des techniques : gravures-reliefs, lithographies double papier… Lê Ba Dang déclinait à l’envi et à l’infini formes et couleurs en un jaillissement, une source qui ne se tarissait jamais.

Né en 1921 dans le district de Triêu Phong, province de Quang Tri (Centre), il arrive en France en 1939 et étudie à l’École des Beaux-Arts de Toulouse. Il reçoit très tôt de nombreux prix pour son œuvre sculptée, sa peinture et ses dessins. Sa première exposition personnelle à Paris en 1950, remarquée et saluée par la presse française, signe sa consécration. Ce premier succès est le premier d’une longue série d’expositions et de coups médiatiques, d’abord en France et en Allemagne, qui jalonnent un parcours bien rempli - on pourrait parler des "Trente Glorieuses" pour cet artiste. Mais à la différence de la crise survenue après ces "Trente Glorieuses" sur la scène économique, le temps a joué en faveur de Lê Ba Dang qui, après l’Europe, a exporté son succès aux États-Unis dès 1966 lorsque le musée d’Art de Cincinnati a accueilli sa première exposition personnelle outre-Atlantique.

Les œuvres de Lê Ba Dang - peintures et estampes - sont présentes dans de nombreuses collections publiques et privées dans le monde entier, notamment la Galerie d’Art de l’Université à Lund (Suède) ; la collection Rockefeller (Etats-Unis) ; la collection Loo (Tokyo) ; le musée d’Art de Phoenix ; Ruud Lighting ; les entreprises Lloyd Baretz, le Centre Médical du Comportement à Seattle….

En 1985, Lê Ba Dang crée sa série "Espaces", un concept artistique qui emprunte à la sculpture, au collage et à la peinture pour élaborer un OANI (Objet artistique Non Identifié). Il entreprend, autour de ce thème, une série d’expositions aux États-Unis et au Japon qui soulèvent l’enthousiasme. Parmi ses nombreuses distinctions honorifiques, en 1991 il lui a été fait l’honneur suprême de réaliser l’Epée d’Académicien du Professeur Jacques Ruffié.

En 1989, il a été lauréat du Prix de l’Institut International de Saint-Louis, aux Etats-Unis, puis a reçu en 1994 l’Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français.

Le Ba Dang était un patriote. Il a créé de nombreuses œuvres sur le thème du Vietnam, notamment "De l’époque des rois Hung à celle du Président Hô Chi Minh", les collections "Mon pays", "Génie Giong", "Nuitée à Truong Son", "La victoire de Diên Biên Phu"...

En 2006, il est retourné au Vietnam où il a créé un centre artistique portant son nom à côté de la rivière Huong à Huê, sous l’égide du Comité populaire de la province de Thua Thiên-Huê, et où sont exposés 349 œuvres et 45 documents précieux.

Avec ses grandes contributions à la libération et au développement du Vietnam, il s’est vu décerner plusieurs distinctions honorifiques par le gouvernement vietnamien.

Avec 19 750 autres Vietnamiens, l’artiste a fait partie des linh tho (« travailleurs soldats »), ouvriers « indigènes » réquisitionnés par l’État français au début de la Seconde Guerre mondiale. A peine une cinquantaine de ces hommes sont encore en vie, dont un livre retrace aujourd’hui l’histoire méconnue.
Recrutés pour la plupart de force, ces jeunes Indochinois devaient remplacer dans les usines de la « mère patrie » les Français mobilisés. Ils sont en principe destinés à travailler comme civils dans des entreprises relevant de la Défense nationale, et seulement pour « la durée des hostilités ». En fait, bien des linh tho ne pourront rentrer au pays avant le début des années 1950, durablement marqués par le calvaire d’un exil imposé par la puissance coloniale.
Lê Bá Dang fut un des très rares jeunes à se porter volontaire auprès de la main-d’œuvre indigène, nord-africaine et coloniale (MOI) :
À 18 ans, je rêvais d’aventure et ne pensais qu’à m’évader de mon village perdu au fond de l’Annam, raconte-t-il aujourd’hui. Mais 96 % de ses camarades, pour la plupart des paysans illettrés arrachés à leurs champs et à leurs rizières, furent, eux, recrutés de force, Des paysans contraints à devenir ouvriers.

Je suis un homme qui vit du rêve de son paradis perdu.
Toute mon oeuvre d’artiste n’est que le reflet de cet amour à mille facettes. c’est dans mon pays d’enfance que j’ai appris à découvrir et à aimer l’éternelle jeunesse du monde.
Ce que je traduis dans mon langage de plasticien, c’est le cycle éternel de la lumière et de la vie, dans les choses, autour des choses, au dessus des choses, au delà des choses, au delà du graphisme.
Lebadang
Le Ba Dang N°92 page 12

LEBADANG (Leba Dang) est né au Viêt Nam en 1921, immigré volontaire en France en 1939 pour étudier à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse. Sa première exposition personnelle a eu lieu à Paris en 1950. Lebadang est reconnu internationalement pour sa fusion des influences culturelles de l’Europe et de l’Orient à travers une vision poétique personnelle décliné en peinture, aquarelle, sculpture et gravures. Lebadang est reconnu comme l’un des graveurs les plus talentueux du monde. Il utilise le papier pour communiquer sa vision artistique. De nombreuses oeuvres combinent les techniques de gravure, gaufrage, la lithographie et la sérigraphie. Il a pratiquement réinventé ces processus pour obtenir une grâce et une simplicité de l’oeuvre exécutée en d’infinies variations de la ligne, de formes et de couleurs. Ces œuvres combinent les essences de la sculpture, la peinture et le gaufrage en une forme d’art. Lebadang a exposé dans de nombreuses expositions personnelles à travers le monde. Son travail est devenu largement exposé aux Etats-Unis après son exposition personnelle au Musée d’art de Cincinnati en 1966. Il a reçu de nombreux prix internationaux. Un prix international a été nommé en l’honneur de Lebadang pour les personnes à travers le monde qui ont atteint un niveau de paix au sein de leurs réalisations personnelles et professionnelles.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’État français recrute de force des travailleurs indochinois pour remplacer les Français mobilisés. Récit d’un des derniers survivants.
Par Nathalie Dubois
Deux, quatre, huit, quinze… Par brassées, Lê Bá Dang sort du fond de son atelier parisien ses toutes dernières toiles, grands espaces mouchetés de mille nuances de bleu. Le visage lunaire du peintre de 89 ans est parcheminé de rides souriantes. Le rire, secret de cette increvable vitalité ? Rire et ne jamais douter que « dans n’importe quelle situation, on peut se débrouiller », dit-il pour résumer les péripéties de sa vie. Les plus sombres années de sa jeunesse, à son arrivée en France en 1940, Lê Bá Dang les a longtemps occultées, « tellement c’était horrible ». Avec 19 750 autres Vietnamiens, l’artiste a fait partie des linh tho (« travailleurs soldats »), ouvriers « indigènes » réquisitionnés par l’État français au début de la Seconde Guerre mondiale. A peine une cinquantaine de ces hommes sont encore en vie, dont un livre retrace aujourd’hui l’histoire méconnue.
Recrutés pour la plupart de force, ces jeunes Indochinois devaient remplacer dans les usines de la « mère patrie » les Français mobilisés. Ils sont en principe destinés à travailler comme civils dans des entreprises relevant de la Défense nationale, et seulement pour « la durée des hostilités ». En fait, bien des linh tho ne pourront rentrer au pays avant le début des années 1950, durablement marqués par le calvaire d’un exil imposé par la puissance coloniale.
Lê Bá Dang fut un des très rares jeunes à se porter volontaire auprès de la main-d’œuvre indigène, nord-africaine et coloniale (MOI) :
À 18 ans, je rêvais d’aventure et ne pensais qu’à m’évader de mon village perdu au fond de l’Annam, raconte-t-il aujourd’hui.
Mais 96 % de ses camarades, pour la plupart des paysans illettrés arrachés à leurs champs et à leurs rizières, furent, eux, recrutés de force, souligne Pierre Daum, ancien journaliste à Libération, dans son livre d’enquête.
Des paysans contraints à devenir ouvriers.
En septembre 1939, Georges Mandel, le ministre des Colonies, ambitionne de faire venir 500 000 travailleurs de l’empire d’outre-mer, pour l’effort de guerre contre l’Allemagne. En fait, à peine 10 % de ces effectifs seront réunis, dont les Indochinois vont constituer le plus gros contingent, loin devant les Marocains ou les Algériens.
L’expérience de 1914-1918 a montré que les tirailleurs africains et maghrébins font de la bonne chair à canon, tandis que les Indochinois - 50 000 amenés en métropole à l’époque - s’avèrent une main-d’œuvre habile et docile. Lê Bá Dang se souvient encore du passage du recruteur français, en 1939, dans son village de Bich-la-Dong, au centre de l’Annam. Ordre a été donné à toutes les familles ayant au moins deux fils d’en offrir un à la mère patrie. Lê Bá Dang signe. Il n’a que 18 ans et s’est inscrit en cachette de ses parents : Ma mère a suivi le camion en pleurant. Mon père n’a pas réussi à faire annuler mon engagement.
Lorsque je suis parti, il pleurait lui aussi, mais en retrait, caché derrière un arbre.
Le futur peintre ne les reverra jamais. Lui rêve de la France, d’autres veulent surtout fuir le joug humiliant du système colonial, mais la grande masse part à contrecœur pour un pays et un conflit dont ils ignorent à peu près tout. Hormis une prime de départ de 10 piastres (100 francs de l’époque), ces jeunes hommes ne savent ni quand ils rentreront ni de combien sera le pécule qu’on leur fait miroiter.
La traversée augure mal du sort qui les attend : trente à quarante jours à fond de cale, le mal de mer, la promiscuité des châlits de deux ou trois étages, la nourriture infecte, la pluie de coups et de brimades. Cité dans le livre de Pierre Daum, le témoignage d’un commandant français corrobore que les « Nha qué », ainsi que les colons désignent avec mépris les autochtones, sont traités sur ces bateaux « comme autrefois les esclaves sur les négriers ». L’arrivée en mars 1940 au pays de la liberté et de l’égalité n’a laissé que des souvenirs glacés à Lê Bá Dang : « Un froid horrible, pas de feuilles aux arbres, pas d’oiseaux. Je me suis dit : "C’est impossible de vivre dans un tel pays !" ».
Tous les travailleurs vietnamiens sont parqués à leur arrivée à Marseille dans un bâtiment à peine achevé : la nouvelle prison des Baumettes. Bien que civile, la « main-d’œuvre indigène » est menée à la trique par d’anciens militaires de la coloniale. Répartis en compagnies d’environ 250 hommes, ils vont être dispersés dans les principales poudreries du pays, où, à côté d’ouvrières françaises, ils ont la tâche pénible et dangereuse de remplir les obus et autres munitions. De paysans, ils deviennent des « ouvriers non spécialisés » (ONS, leur dénomination officielle) astreints aux 3 x 8 et à la manipulation de produits toxiques.
Nous travaillons sans gants. Le travail consiste à fabriquer les amorces des cartouches des canons de 75 à partir de cartes de poudre jaune. Cette poudre jaune nous entre dans les cheveux, les yeux, les dents, les narines, les lèvres… De retour au camp, on n’arrive pas à manger, tout est amer. […] Le danger, c’est l’incendie. Toute la tête peut brûler d’un coup, se souvient Le Van Phu, l’un des vingt-cinq anciens ONS qu’a retrouvés Pierre Daum.
Sous-alimentés, mal chaussés, pas assez vêtus
Leur travail n’est presque pas rémunéré : 1 à 2 francs par jour pour les ouvriers de base, « soit même pas le dixième du salaire d’un ouvrier de cette époque », démontre Pierre Daum, documents comptables à l’appui. Les seuls à s’en sortir un petit peu mieux - avec 5 à 10 francs par jour -, ce sont les rares ONS promus surveillants ou interprètes parce qu’ils parlent français et ont le certificat d’études.
Mais très vite, dès juin 1940, c’est la débâcle de l’armée française. Avec la signature de l’armistice, la France aurait dû organiser le retour des linh tho. En fait, les trois quarts d’entre eux vont devoir attendre huit à douze ans ce rapatriement. D’abord, à partir de l’hiver 1941, la Grande-Bretagne exerce un blocus maritime entre la France occupée et l’Extrême-Orient. Moins de 5 000 ONS peuvent rentrer à la fin de la « drôle de guerre ». Tous les autres restent coincés en métropole, contraints de besogner désormais pour la France de Vichy, et certains même pour l’occupant allemand.
Cahin-caha, les compagnies d’ONS se sont repliées en zone libre, où on les maintient dans des camps misérables. A quoi employer ces milliers d’Indochinois maintenant que les usines françaises d’armement sont à l’arrêt ? Après des semaines de désœuvrement, ils sont affectés à des travaux forestiers et agricoles, car les campagnes manquent de bras. Sous-alimentés, mal chaussés, pas assez vêtus, les linh tho s’épuisent à abattre des arbres au fond des Cévennes, assécher des marais en Dordogne ou trimer dans les salines du delta du Rhône.
En Camargue, les ONS ont ainsi laissé deux souvenirs. Leur révolte, à Salin-de-Giraud, contre la société Pechiney qui leur refuse les bottes en caoutchouc et les paie vingt fois moins que les ouvriers français. Et, surtout, legs toujours vivant : la riziculture. En pleine époque de pénurie alimentaire, Vichy a en effet l’idée d’utiliser le savoir-faire des paysans annamites pour faire pousser du riz en Camargue. C’est donc à ces ONS que l’on doit l’essor de cette culture dans le Sud-Est français. Le peintre Lê Bá Dang a participé aux premiers essais près d’Arles : il se revoit, lui et vingt camarades, dévorés par les moustiques, reclus dans une cabane en bois, au milieu de la boue, sans toilettes…
De retour au camp marseillais de la MOI, il insulte un sous-officier qui l’expédie vers un camp disciplinaire à Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées. Son évasion en 1942 - « j’ai réussi à me cacher dans la charrette qui amenait les vivres une fois par semaine » - marque le début d’une incroyable spirale de chance : « Je ne connais aucun ONS qui s’en soit aussi bien sorti », avoue l’artiste au soir d’une très prospère carrière internationale. Dans le chaos de l’Occupation, il atterrit à Toulouse :
Personne ne me demandant mes papiers, j’ai trouvé un boulot de balayeur en usine. Je voulais faire des études mais parlais trop mal le français. Un jour, j’ai suivi un ami vietnamien aux cours du soir de l’école des beaux-arts. Je ne savais même pas ce que c’était qu’un dessin, rit Lê Bá Dang.
Son diplôme décroché en 1948, il remporte le premier prix d’un concours d’affiches agricoles : « 70 francs, une fortune grâce à laquelle j’ai pu monter à Paris. » Après des années à tirer le diable par la queue au quartier Latin, à peindre à la chaîne des esquisses pour touristes devant Le Chat qui pêche, Lê Bá Dang a fini par percer sur le marché de l’art américain et japonais. Aujourd’hui, l’ex-ONS n’est pas peu fier d’avoir même un musée consacré à son œuvre à Hué, au Vietnam.
Le tapis rouge, un de ses camarades n’y a jamais eu droit : Hoáng Khoa Khôi, mort le mois dernier à Paris, à 91 ans. Le vieil homme n’a pu retourner qu’une seule fois, et clandestinement - car persona non grata du régime communiste -, dans le pays natal qu’il avait quitté cinquante-six ans plus tôt. À ses funérailles, au Père-Lachaise, assistaient Alain Krivine et nombre de militants du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), venus rendre hommage au « plus vieux trotskiste vietnamien ».
Rapatriés après douze ans d’exil.
Dès la Libération, Hoáng Khoa Khôi joue les agitateurs dans les camps d’ONS : tracts, manifestations, grèves du travail et de la faim, il organise la lutte pour l’indépendance du Vietnam. À Hanoi, Hô Chi Minh vient de créer une « république démocratique ». En métropole, tous les Indochinois veulent mettre à bas le colonialisme. Mais ils se rebellent aussi contre l’escroquerie de la MOI, le service de la main-d’œuvre indigène rattaché au ministère du Travail, qui, durant toute la guerre, a retenu les trois quarts de leur paye, pour soi-disant les nourrir et les loger. Les ONS réclament les mêmes droits que les travailleurs français. Si un millier d’entre eux font le choix de rester vivre dans l’Hexagone, tous les autres - encore 12 000 hommes en 1947 - s’exaspèrent de n’être toujours pas rapatriés.
C’est que la France, refusant l’indépendance du Vietnam, s’est engagée dans la guerre d’Indochine. Les bateaux servent d’abord au transport de troupes et Paris n’a aucune envie que les ONS aillent grossir les rangs du Viêtminh. C’est seulement en 1952 que sera rapatrié le dernier groupe de ces immigrés de force. Après douze ans d’exil, ils rentrent les mains presque vides, victimes, conclut Pierre Daum, d’une « exploitation organisée par la France républicaine, perpétrée par l’État pétainiste et poursuivie par la France libérée ».
Aucun n’aura les moyens comme l’a fait Lê Bá Dang d’offrir une école neuve à son village, ravagé par la guerre du Vietnam qui fit bientôt suite à celle d’Indochine.