Le pont Long Bien - dr Vũ Ngọc Quỳnh - photos dom de miscault 2003-09

Dernier ajout : 3 septembre 2013.

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Ce pont majestueux qui enjambe le Fleuve Rouge tel un dragon avec ses ondulations métalliques, les mêmes petites gens qui font le commerce aux alentours et sous le pont, les mêmes trains qui roulent sur les rails de Ha Noi à Gia Lâm en direction des provinces du Nord Viet Nam depuis tant d’années.

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Que de fois j’ai couru dans mon enfance avec mes cousins et mes cousines le long de la rue Trần Nhật Duật au bord du Fleuve Rouge ! Nous admirions le magnifique pont Paul Doumer appelé depuis 1945 cầu Long Biên, emblème de l’ancienne puissance coloniale française et de son génie scientifique.

Ce pont est aussi le témoin majeur de l’histoire du Viêt Nam, en particulier de ses relations avec la France pendant un siècle.

Paul Doumer, Gouverneur général de l’Indochine (1897-1902)
Brève biographie.

Né à Aurillac dans le Cantal le 22/3/1857, Paul Doumer était d’origine sociale modeste. Son père était cheminot et mourut jeune, laissant une femme sans profession avec leurs trois enfants, deux filles et un garçon, Paul Doumer. La mère emmena ses trois jeunes enfants à Paris.

Paul Doumer dut travailler rapidement pour subvenir à ses besoins et à ses études. Il passa avec succès le baccalauréat scientifique puis suivit les cours du soir au Conservatoire des Arts et Métiers qui le conduisirent à la licence de mathématiques — parcours exceptionnel à son époque pour un jeune homme issu d’un milieu populaire.

Il s’inscrivit au Parti radical, pépinière de bon nombre de dirigeants politiques de l’Indochine.

Le 26 décembre 1896, il fut nommé par le Conseil des ministres au poste de Gouverneur général de l’Indochine pour remplacer Armand Rousseau, son prédécesseur, qui était mort de maladie à Ha Noi le 10 décembre 1896.

À l’âge de 39 ans, Paul Doumer devint l’un des plus jeunes Gouverneurs généraux de l’Indochine française, entité géographique et politique créée par le colonialisme français en 1887, avec Ha Noi comme capitale.
Le programme de Paul Doumer.

Paul Doumer arriva à Ha Noi au début de mars 1897, après un bref passage à Sai Gon et à Phnom-Penh, accueilli par tous les hauts personnages du Tonkin (Nord Viet Nam actuellement).

Homme politique actif, Paul Doumer allait développer pleinement la politique coloniale de la IIIe République. Il fit un tour de reconnaissance du Tonkin et présenta un rapport à son ministre de tutelle, le ministre des Colonies.

Voici les points essentiels de ce rapport :
1) Sur le plan politique :
• continuer à pacifier le Tonkin ;
• assurer un gouvernement central fort ;
• assurer une administration efficace dont les postes clés devaient être tenus par des Français en Indochine.
2) Sur le plan logistique :
• développer l’urbanisation des grandes villes : Ha Noi, Hai Phong, Sai Gon ;
• développer les réseaux de communication : routes, ponts, ports, canaux, lignes de chemin de fer.
3) Sur le plan financier :
Établir un nouveau système fiscal pour assurer le budget de l’Indochine :
• régie du sel (1897) ;
• régie de l’opium (1899) ;
• régie de l’alcool de riz (1902).
Tous ces impôts ont pesé lourdement sur l’économie paysanne vietnamienne.

4) Accroître l’acheminement des ressources naturelles de l’Indochine vers la métropole.

5) Développer la science et la culture occidentales en Indochine :
• création de l’Institut Pasteur de Sai Gon en 1891, trois ans seulement après la création de l’Institut Pasteur de Paris : ce fut le premier Institut Pasteur d’Outremer, dont Albert Calmette fut directeur jusqu’en 1893 ;
• création de la « Mission archéologique permanente en Indo-Chine » en 1896, devenue l’École française d’Extrême-Orient en 1900 ;
• création de l’École de médecine à Ha Noi en 1902 avec Alexandre Yersin comme directeur jusqu’en 1904.

Ainsi la construction du pont Paul Doumer fit partie de l’ambitieux programme que le Gouverneur se fixa dès son arrivée à Ha Noi et qu’il s’appliqua à réaliser pendant son mandat.

La construction du pont Paul Doumer.

Le pont Paul Doumer relie Ha Noi aux faubourgs de l’autre rive du Fleuve Rouge, Gia Lâm étant le plus proche et le plus connu, d’où son nom populaire Cầu Gia Lâm ou encore Cầu Sông Cái.

Longue de 1668 mètres, reposant sur dix-neuf travées de poutres d’acier et sur des appuis solides implantés dans la roche même au fond du fleuve, cette construction métallique fut une grande réussite technique. Elle reste toujours l’emblème du génie scientifique et de la puissance industrielle de la France, selon les propres dires de Paul Doumer.

Paul Doumer jugeait cette construction indispensable à la communication entre les deux rives de Fleuve Rouge, jusque-là assurée par des barques des indigènes.

Après des études préliminaires, le projet de construction du pont fut mis au concours en 1897. Pas moins de six sociétés se portèrent candidates.

Un comité ad hoc fut constitué pour juger les projets des sociétés. Ce comité a jugé deux projets recevables :
• celui de Levallois-Perret ;
• celui de Daydé & Pillé de Creil (Oise).

Finalement, ce fut le projet de la société Daydé & Pillé qui fut retenu parce que celle-ci avait déjà l’expérience de la construction du pont Mirabeau à Paris, que la structure et l’architecture du futur pont semblèrent élégantes et solides et qu’enfin le coût prévu n’était pas trop supérieur à celui du projet concurrent.

Signalons que la construction métallique triangulaire du pont rappelle la célèbre tour construite par Gustave Eiffel au Champ de Mars pour l’Exposition universelle de 1889à Paris, mais Eiffel ne fut pour rien dans la construction du pont Paul Doumer, qui fut l’œuvre de Daydé & Pillé comme l’atteste une plaque métallique portant leurs noms et la date de construction (1899-1902) rivée sur l’entrée du pont côté Ha Noi et d’autres plaques posées ailleurs sur le pont.

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La société Daydé & Pillé confia à l’ingénieur Saint Fort Mortier la direction des travaux et la représentation de la société du Tonkin (actuellement Nord Viet Nam).

La première pierre fut posée solennellement le 12 septembre 1898 sur une rive du Fleuve Rouge en présence d’une cinquantaine de personnalités françaises. Une fête populaire fut organisée autour du Petit Lac du 11 au 14 septembre 1898.

Saint Fort Mortier dirigea avec diligence l’équipe de techniciens français et la main d’œuvre indigène, et la construction du pont fut réalisée en trois ans. Le coût prévu initialement était de 579 (5,79 ?) millions de francs, le coût final fut de 6,1 millions de francs.

Le 28 février 1902, le pont Paul Doumer fut inauguré en grande pompe. Un train emmena de la gare de Ha Noi au pont le Gouverneur et sa suite, en présence du roi Thành Thái et de Paul Beau, ministre de France à Pékin et futur successeur de Paul Doumer en Indochine. Un millier d’indigènes assistèrent de loin au spectacle, subjugués par le chef-d’œuvre de la France coloniale.

Paul Doumer était sur le point de quitter l’Indochine pour la France où l’attendait une autre destinée, plus glorieuse encore mais aussi plus tragique.

Le pont Paul Doumer marqua l’acmé de la carrière du Gouverneur en Indochine. Il a fait de lui l’homme qui a donné à la colonie un visage moderne et en a fait un joyau de l’Empire français.
L’Indochine change de visage.
Le 9 mars 1945, le coup de force de l’armée japonaise en Indochine avait affaibli considérablement le pouvoir colonial français. En avril 1945, à la demande du « conseiller suprême »Yokoyama, le roi Bảo Đại dénonça les anciens traités avec la France et proclama l’indépendance du Viet Nam. Il confia à Trần Trọng Kim la formation d’un gouvernement dont les ministres étaient des intellectuels non inscrits à un parti politique.
Le maire de Hà Nội, premier vietnamien nommé à ce poste, le docteur Trần Văn Lai, en accord avec ses conseillers, a décidé de changer les noms des rues jusque là en français, des places publiques et des monuments, en noms vietnamiens ( à l’exception des noms de Louis Pasteur, d’Albert Calmette et d’Alexandre Yersin). Le pont Paul Doumer devint cầu Long Biên et l’est resté depuis.
Le mois d’août 1945 fut le mois de la Révolution au Việt Nam. Le gouvernement Trần Trọng Kim donna sa démission le 22 août 1945. Le roi Bảo Đại abdiqua le 25 août 1945 pour céder le pouvoir au mouvement révolutionnaire Việt Minh( Ligue pour l’Indépendance du Việt Nam) sous la direction de Hồ Chí Minh. Les unités du « Groupe de propagande et de libération du Việt Nam », bien entrainées par Võ Nguyên Giáp à la base de Cao Bằng au nord du Tonkin ( région du Việt Bắc) arrivèrent à Gia Lâm- traversèrent le pont Long Biên devant les yeux admiratifs des soldats japonais pour arriver à Hà Nội.

Le 2 septembre, Hồ Chí Minh proclama l’Indépendance à la place Ba Đình à Hà Nội devant une foule immense en liesse dans une capitale pavoisée d’oriflammes et de drapeaux rouges à étoile jaune. L’élection assemblée constituante donna la légitimité à la jeune République démocratique du Việt Nam dont Hồ Chí Minh fut le président.
L’histoire du Việt Nam ne s’arrêta pas là.
La guerre d’Indochine ( 1945-1954)
La France, à peine libérée des Allemands, aidée en cela par le général D. Gracey, représentant du gouvernement britannique à Sài Gòn et Dean Acheson, secrétaire d’Etat qui déclara que les Etats-Unis ne s’opposaient pas au retour de la France en Indochine.
Dès lors La France de la IVe République et la République démocratique du Việt Nam allaient de négociation en négociation. La conférence de Fontainebleau entre la délégation vietnamienne conduite par le ministre Phạm Văn Đồng et la délégation française conduite par Marx André débuta le 6 juillet dans un climat tendu. Les négociations furent un quasi-échec et ce ne fut qu’à la veille de son départ en France que Hồ Chí Minh signa avec Marius Moutet, ministre des Colonies, un modus vivendi où il fut obligé de faire des concessions à la France.

Le 16 septembre 1946, Hồ Chí Minh quitta Toulon à bord de l’aviso Dumont d’Urville pour arriver à Hải Phòng le 5 octobre 1946. Le 21 octobre 1946, un train spécial transporta le président Hồ Chí Minh de Hải Phòng à Hà Nội.
Un souvenir me revient :
J’étais alors élève dans une école élémentaire rue Hàng Vôi(rue de la Chaux), tout près du pont Long Biên. Au passage du train présidentiel, tous les élèves étaient dans la rue avec leurs maîtres pour chanter en chœur :
Notre Oncle est revenu, ah, ah,
Notre Oncle est arrivé, ah, ah,
Il est parti pour sauver la patrie,
Il est parti pour l’avenir de ses petits-enfants
Maintenant qu’il est là, nous débordons de joie.
Dans notre cœur d’enfant, nous ne savions pas que la guerre d’Indochine allait se déclencher bientôt.
Le 29 décembre 1946, le président Hồ Chí Minh lança l’appel à la résistance nationale par la Voix du Việt Nam. Il gagna le maquis du Việt Bắc à l’âge de cinquante-six ans. Les soldats de l’armée vietnamienne profitèrent de la nuit pour s’infiltrer sous le pont Long Biên, bien gardé par les soldats français, pour gagner le maquis.
La guerre d’Indochine venait de commencer. Elle allait durer de 1946 à 1954 et se termina avec la bataille de Điện Biên Phủ le7 mai 1954. Le 21 juillet 1954 les Accords de Genève reconnurent l’indépendance du Việt Nam et envisagèrent la réunification du pays en 1956. En attendant le Việt Nam est scindé en deux de part et d’autre du 17ème parallèle. Les derniers soldats quittèrent Hà Nội le 10 octobre 1954. Ce fut la dernière fois qu’ils franchirent le pont Paul Doumer.
La seconde guerre au Viet Nam.
Lé bombardements intensifs sous la présidence de Richard Nixon en décembre 1972 à Hải Phòng et à Hà Nội firent souffrir la population de la capitale et du port. Le pont Long Biên subit des dégâts considérables dont il reste toujours des traces. Depuis 1976 le Viet Nam est de nouveau réuni, soit vingt ans après ce qui a été prévu par les Accords de Genève. Ha Noi redevient la capitale du Viet Nam réunifié.
Perspective d’avenir
Le pont Long Biên a subi bien des avanies pendant un siècle d’existence et une trentaine d’années de guerre. Bien peu de piliers et de structures métalliques sont d’origine. Sa restauration est indispensable pour qu’il supporte le passage des trains, des deux-roues et des piétons.
L’ouverture du Viet Nam amorcé dès les années 86 progresse beaucoup depuis les années 90. La France, qui a un passé près de cent ans avec le Viet Nam, y reste un pays apprécié pour sa culture et sa technologie. Dès lors, un projet de rénovation du pont financé conjointement par le Viet Nam et par la France est envisageable. Et que le pont Paul Doumer- cầu Long Biên devienne le symbole d’amitié retrouvée entre lé deux peuples !
Paris, avril 2010

Vũ Ngọc Quỳnh


Pont Long-Bien

Construit : 1898 - 1903
État : en service
Lieu : Hanoi, Viêt Nam
Franchit le : fleuve Rouge

Pont Long-Bien
Type de construction :
Pont à poutres cantilever

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Le Pont Long Bien

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Fonction / usage :
Pont-rail (viaduc ferroviaire)

Construction
Daydé & Pillé

Informations techniques
Matériaux de construction :
treillis acier
Dimensions : portée principale 106.20 m
longueur totale 1 682.60 m

Un pont sur le Fleuve Rouge, une ambition coloniale française.
Une voie ferrée ouverte vers la Chine, après la guerre de 1885.

Un pont, pourquoi et pour qui ? Sur le Fleuve Rouge…
Plus de 120 ans plus tard, on est loin de pouvoir apprécier les motivations qui ont participé à la construction de ce pont devenu légendaire.

Pont des soupirs et des lamentations et des offrandes.
Songeons au Pont Long Bien, objet encore aujourd’hui
et malgré sa décrépitude, de toutes les convoitises…
Il abrite toutes les pauvretés et cela crève les yeux…

Long Bien ou le pont de tous les songes
Ou Les songes d’un Pont
Ou Le grand pont solitaire
Magnifique, écorché mais splendide de vie.
Souffrances ou lassitude du peuple qui habite ses berges endolories et mollement découvertes
à la saison sèche.
Il en est passé des gens,
il s’en est passé des choses,
il a vu courir du monde,
il en a vu doucement s’éteindre des nuits
et s’allumer des jours ce pont Doumer ajouré.
Le fer irisé, grignoté par le temps à l’épreuve des jours
inondé de pluies,
balayé de vents planant ou s’engouffrant sur le fleuve rouge.
Ils glissent entre les filets de fer rougis.
Quand les bombes le brisaient de quelles couleurs était-il ?
Quelles ombres lumineuses envahissaient le ciel ?
Quelles rumeurs résonnent encore dans ses entrailles ?
Quels cris, de quels rires regorge-t-il ?
Couleur des jours et des nuits, couleur des pleurs, douceur de l’air.
De long comme en large arpenté sans cesse
Traversé, tagué,
il fait l’objet de tous les regards,
les songes et les détresses et les sourires
s’encombrant de toutes les pauvretés
des brisures et sutures sous les brumes ou les étoiles,
sous la froidure de l’hiver
ou sous le soleil narquoisement ardent.
Couleur des jours, couleur des pleurs, douceur de l’air.
Tout ce monde doit-il passer au pas ?
À la queue Leleu ou le traverser pour en vivre
ou le temps d’une photo ?
Pour palper ou par dérision ?
Sens unique, avec ses trains verts ou rouges et gris
Le fleuve est brun ou rosé d’aventures.
Les bateaux se jouent des fermes flottantes
Rumeurs des saisons, rigueurs de janvier
Chaleurs de juillet
Douceurs des maïs de novembre
De la terre labourées
Couleur des jours, couleur des pleurs, douceur de l’air.
D’ici et là encore
Symbole d’une Histoire il reste brisé de langueurs
Assombri des peurs éclatées sous le soleil pénétrant ou évanescent
De jour comme de nuit, ça roule, ils roulaient et rouleront
les vélos encombrés de papiers, cartons, poissons, violons ou fruits
Paperasses compilées, salies ou fraîches
ustensiles en tous genres aluminium ou polychrome
De jour comme de nuit, ça roule, roulaient et rouleront
Les motos chargées de familles parfois même avec un nourrisson
Murs de raves, zinc ondulé, couvertures ou paniers entassés sur les toits de tôles… survie
Brins de fer, murs ajourés, boulons, écrous…
architecture en quinconce
Foret métallique
Pattes d’insectes géants s’enfonçant dans la terre ou l’eau rouge du soir, l’encrage est insolite,
plein d’histoire et encore d’À venir…

Le pont Long Bien, le vieux pont Paul-Doumer des Français, « étire sa carcasse métallique » au-dessus du fleuve Rouge. Il a été brisé par les bombardements entre 1954 et 1972. Reconstruit plutôt rafistolé, il a été doublé à quelques kilomètres à l’Est, par un ouvrage commencé par les Chinois et achevé par les Soviétiques le pont Chuong Duong.

Le pont Long Biên a été ouvert aux motos et interdit aux piétons au début 2006 :
La décision a été prise par la Compagnie générale des chemins de fer du Vietnam.
Pour assurer la sécurité de ce pont centenaire, d’une capacité de 300 kg/m². Aux heures de pointe, en principe, sa traversée est interdite aux vélos transportant des marchandises. Il est aussi interdit aux piétons… Cette mesure devait contribuer pour une part importante à lutter contre les embouteillages sur le pont Chuong Duong, toujours surchargé.

Est ce à dire que le pont Long Bien est le pont de tous les recours ?
Celui de la Réconciliation ? En tout cas il laisse la place à tout ceux qui la perde ou ne la trouve pas ou plus. Même les piétons y passent et y repassent et y font toutes sortes de trafics et marchandages… Ils y prennent même des photos, dessus, dessous, et de travers et en travers et à travers. Des photos de mariage, pour le moins risquées, à même la voie ferrée. Mais pas seulement, il est l’objet de tous les transports, des ballons de baudruches aux cartons de récupération, en passant par les poissons rouges et autres objets ou fruits et même d’imposants tableaux de laque.
La mémoire du pont, celui que nous traversons aujourd’hui est purement vietnamienne.
Quant à l’Art là dedans qu’en est-il vraiment ?
Le reconnaître, lui le pont des ancêtres, comme un ultime recours, une structure à bout de souffle et vivant encore pour ouvrir les passages. L’art n’est ni de la décoration, ni du jeu, il sert, il ouvre sur le vent du large, danse la vie et chante le peuple.
Et si l’art était simplement d’être à l’écoute de la respiration du Pont, à l’écoute des besoins de ceux qui l’arpentent et avec eux et pour eux pour de nouvelles germinations…

Dominique de Miscault, mars 2009


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La Galerie Librairie IMPRESSIONS vous invite :

The Gallery IMPRESSIONS invites you :


Exposition "Le pont Long Bien", peintures de Nguyen Quy Kien Henri
Exposition du jeudi 5 septembre au samedi 28 septembre 2013
Vernissage le jeudi 5 septembre à partir de 19 heures

Exhibition " Le pont Long Bien ", paintings of Nguyen Quy Kien Henri
Exhibition from Thursday, September 5th till Saturday, September 28th, 2013
Opening on Thursday, September 5th from 7 PM

Exposition "Le Pont Long Bien", peintures de Nguyen Quy Kien Henri

Il enjambe toujours, en dix-neuf pas égaux, le Fleuve que l’on dit Rouge, prenant appui au passage sur la pointe sableuse de l’île Phu Xua. Il fut le premier pont à franchir le grand fleuve, vers le faubourg de Long Bien, vers Haiphong et la mer, vers le nord et la Chine : un long serpent d’acier, un mille-pattes géant, un étonnant dragon qui stupéfia jadis les riverains du fleuve, et dont l’ombre mordorée domine toujours la ville.

Les poutres métalliques venues d’une lointaine France, il y a cent dix ans, se sont assemblées en porte-à-faux pour constituer un colosse au dos hérissé, à la crête rythmée de vagues rousses. Le profil aujourd’hui en est ébréché par le temps, les profondes blessures de la guerre et la négligence des hommes. Ses travées interrompues, comme une mélodie qui de temps en temps trébuche et rompt la mesure, évoquent les bégaiements de l’Histoire ; le vent y fait claudiquer les fantômes d’un passé douloureux. Pourtant, pour les hanoïens, sa silhouette irrégulière est celle d’un ancêtre bienveillant.

Mais le Pont n’est pas seulement un marquage du temps. Il est aussi un espace de métamorphoses. Il offre aux yeux du promeneur-des-deux-rives des perspectives en abîme, des chemins qui se perdent, des chambres à l’obscurité bleutée et de vastes salles de palais ruinés aux colonnes rougeoyantes. Apparaît soudain au détour d’un longeron la rue patinée d’un village. Des personnages s’y tiennent immobiles, qui gardent leur mystère. Des passagers au visage indéchiffrable prennent un train vaporeux pour une destination inconnue. Et bientôt, le paysage se transfigure. Les poutrelles se tordent, le Pont se met à hurler vers le ciel ; le Fleuve est agité d’une tempête inouïe ; des cavernes étranges s’ouvrent entre les tasseaux désarticulés…Mais enfin, dans la sérénité de paludes apaisées, demeure victorieux le Sage de métal.

Kien a choisi de fixer son regard sur le vieux monstre balafré, de le traquer jusque dans ses entrailles, de l’observer attentivement depuis les brumes du matin jusqu’aux embrasements du soir, de guetter dans ses espaces déserts l’écho des voix qui s’éloignent, et de peindre aussi la vie qui le parcourt : celle du quotidien qui passe, et celle des jours de fête, qui célèbrent le Pont comme une ancienne idole chargée de guirlandes nouvelles.

C’est ce regard multiple que le peintre vous propose de partager dans l’exposition qui s’ouvre à vous. A la fin du parcours, on a l’étrange sensation d’avoir rencontré un être vivant, qui vous parle toujours et ne révèle rien…

H.B.


Galerie Librairie IMPRESSIONS - 98, rue Quincampoix - 75003 Paris - France - 01 42 76 01 04
Ouvert mercredi de 18 heures à 21 heures et samedi de 14 heures à 20 heures


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