Le Viet Nam du XVIIe siècle- Nguyen Tan Hung

Dernier ajout : 23 avril 2012.

Le Viet Nam du XVIIe siècle Un tableau socioculturel Nguyen Tan Hung


Édition Les Indes savantes, 2011
Broché : 245 pages-26 euros

JPEG - 920.5 ko

De 1624 à 1645 le Jésuite avignonnais
Alexandre de Rhodes tenta d’évangéliser le Dai Viêt que les Occidentaux appelaient alors Royaume d’An Nam, territoire qui allait des frontières chinoises au 17e parallèle environ, et qui vivait sous la dynastie des Lê postérieurs (1428-1788). Une série de sécessions venaient de partager le pays en trois seigneuries rivales : le Tonkin des Trinh au nord, la Cochinchine des Nguyen au sud et le Cao Bang des Mac dans les montagnes avoisinant la Chine, initiant des temps particulièrement troublés et des rivalités sanglantes.

JPEG - 1.1 Mo

Plongé avec délice ! – dans cette tourmente, le missionnaire
qu’était Alexandre de Rhodes se heurtait évidemment à l’obstacle de la langue. Il eut le don d’apprendre en six mois le vietnamien du peuple et le génie de le transcrire dans l’écriture latine qui deviendrait le quôc ngu. De retour en Europe, il rédigea son Dictionarium Annamiticum (1651) en faisant appel au grec, au latin, au portugais et à l’italien pour figurer
avec précision la difficile prononciation de cette langue à tons.

JPEG - 140.1 ko

L’auteur « Le Vietnam au XVIIe siècle », Nguyen Tan
Hung, a non seulement fait lui-même un immense
travail de linguiste sur ce dictionnaire, mais il a fort
bien vu que le Jésuite, en expliquant avec soin les
nuances de la langue et en précisant le contexte de
l’emploi des mots étudiés, nous laissait une trace vivante
de la culture et de l’organisation sociale d’un
Vietnam aujourd’hui disparu.
Complétant son étude par celle des ouvrages de voyageurs
contemporains du Père Alexandre de Rhodes,
Nguyen Tan Hung reconstitue ainsi dans son mémoire
un tableau cohérent et clair de ce que pouvaient être
la vie, les pensées, les mœurs des vietnamiens de
cette période troublée et passionnante.
Le plan de l’ouvrage permet de brosser un tableau
systématique de l’état des trois royaumes : organisation
politique, armée, justice, religions et croyances,
structure de la famille, vie quotidienne à travers le
travail, l’alimentation… Mais chacun de ces chapitres
est construit à partir d’une fine analyse des mots qui
désignent le pouvoir, les hiérarchies sociales, les relations
familiales, les instances judiciaires, les moyens
du châtiment ou les aliments et la façon de les accommoder.
Si bien que dans le va-et-vient entre les nuances du
vocabulaire, les remarques et références érudites et
les développements qui déduisent des faits de langage
l’ordre et les désordres de cette société, le lecteur en
apprend beaucoup et avec grand plaisir.
La conclusion résume habilement les traits essentiels
du tableau qu’il nous incombe de mettre en regard
des sources officielles, annales de cour ou « roman national ». Elle en signale aussi l’occulté, les zones d’ombre, en rappelant d’où parlent les témoins du XVIIe siècle.

JPEG - 643.5 ko
PDF - 625.4 ko

On peut faire hommage à Nguyen Tan Hung de la
dernière phrase de sa dédicace : « Derrière les mots,
une histoire ».
Françoise Paradis

JPEG - 365.5 ko