Les Assises de Brest 9-14 juin 2013

Dernier ajout : 16 juin 2013.

INTERVENTION AUX ASSISES DE LA COOPERATION DECENTRALISEE

BREST

JUIN 2013

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Mesdames, Messieurs,

Merci de m’avoir donné la parole pour l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne. Née en 1961, il y a donc plus de cinquante ans, l’AAFV suit trois axes : œuvrer pour le déploiement de relations franco-vietnamiennes au plus haut niveau, pour des relations larges, profondes, confiantes et mutuellement avantageuses ; faire mieux connaître le Vietnam en France, son histoire, sa culture, ses réalisations, ses projets et les difficultés auxquelles il reste confronté ; être solidaires du peuple vietnamien, dont les épreuves ont été si lourdes au cours du siècle dernier. Aujourd’hui, cela signifie aider les millions de victimes des épandages chimiques, ce que l’on appelle l’Agent orange, et nous en sommes à la troisième génération. Cela signifie aider les familles les plus pauvres et les villages excentrés à acquérir les capacités productives d’une autonomie.
Pour toutes ces raisons, notre association attache le plus vif intérêt à la coopération décentralisée et se réjouit de ce que tant de collectivités territoriales françaises et vietnamiennes se soient engagées dans de telles relations. Nous étions aux assises de Montreuil et à celles de Haiphong, où il nous a été donnée d’exposer notre conception et notre pratique de la solidarité.
Je voudrais me limiter ici à la culture, prise au sens de Marcel Mauss, c’est-à-dire ce qui permet à un groupe humain de se connaître. Cela inclut donc à nos yeux aussi bien les mathématiques, les sciences dites dures, les sciences humaines et sociales, l’artisanat, le design, la cuisine, les arts de la table et de la mode, la création artistique dans toutes ses expressions. Aussi regrettons-nous que les projets que nous avons soutenus pour qu’autour de Ngô Bao Châu, récipiendaire de la médaille Fields 2010, les relations entre les deux grandes écoles mathématiques française et vietnamienne soient célébrées et pour qu’un colloque bilatéral soit consacré à l’enseignement de l’informatique à l’école, domaine dans lequel le Vietnam n’a pas pris de retard, c’est le moins que l’on puisse dire, regret que ces projets n’aient pas à ce jour retenu l’attention des organisateurs de l’année croisée France-Vietnam.
La coopération décentralisée franco-vietnamienne accorde une place de choix à la culture et nous nous en réjouissons. Deux remarques toutefois et autant de propositions. Premièrement, de ce qui se fait, nous en tant qu’association et, avec nous, bien des amis du Vietnam, ne sommes pas véritablement informés. Nous n’entendons pas mettre notre grain de sel partout et à tout propos, mais il est possible que parfois, dans certains domaines, de façon précautionneuse, nous soyons en mesure d’apporter une modeste contribution. Et, en tout état de cause, nous sommes désireux de diffuser, dans nos rangs comme au-delà, les informations que nous pourrions recevoir. Ne serait-il pas possible de concevoir un portail commun sur lequel les collectivités territoriales feraient connaître leurs actions culturelles ? Certaines d’entre elles se déroulent si l’on peut dire en interne, à savoir dans le cadre d’un établissement (conservatoire, école, etc.), mais la plupart sont publiques. Sans doute celles-ci font–elles l’objet d’une communication à l’échelle de la collectivité directement impliquée, il n’en demeure pas moins qu’il y a ici, à nos yeux, un manque à gagner.
Le regret que je viens d’exprimer est encore plus vif à propos des manifestations culturelles franco-vietnamiennes qui se déroulent dans notre pays ami. Le deuxième point que je voudrais aborder porte justement sur la culture vietnamienne. Nous avons tout à gagner à la faire connaître, à en assurer ce que l’on appelle la réception. Ce serait certes un non sens que de vouloir établir une hiérarchie des cultures, les grandes, les pittoresques, les marginales, les dans le vent et les contre le vent, mais je crois pouvoir dire qu’un déficit persiste concernant la culture vietnamienne. Recevoir une culture, c’est tenter de la comprendre sans imposer nos modes et nos cadres, par exemple les installations et les performances ou l’art conceptuel, au-delà desquelles, selon certains, il n’y a rien de valable, c’est donner la parole au scientifiques, chercheurs, artisans et artistes, bref aux acteurs de la culture que l’on souhaite recevoir, sans chercher à politiser cette parole. Je ne prendrai qu’un exemple, celui des arts plastiques qui, dans le cas du Vietnam contemporain, s’inscrivent de surcroît dans la tradition occidentale, française en premier lieu. On ne peut cependant en rester à l’Ecole des Beaux-Arts de l’Indochine, comme cela reste la tendance dominante. Quatre générations se sont succédées depuis sa fondation, générations que l’on ignore puisque, depuis l’exposition « Paris, Hanoi, Saigon » de 1998, au Pavillon des Arts de Paris, rien de substantiel n’a été à notre connaissance monté. En tant qu’association, et en coopération avec l’Union générale des Vietnamiens de France, nous préparons une exposition sur la diversité ethnoculturelle du Vietnam avec un ensemble de photographies réalisées par deux artistes, un Français et un Vietnamien, et la collection de vêtements qu’un de nos amis a constituée au cours de se voyages annuels au Vietnam. Elle devrait se tenir au cours de la première quinzaine de juillet 2014 à l’Orangerie du Sénat. Ce sera l’une de nos contributions à l’Année croisée et elle constituera un humble élément de réponse à ce deuxième regret. La proposition que je voudrais faire l’amplifierait considérablement. La France présente en effet cette particularité remarquable d’organiser chaque année, et pour ainsi dire dans chaque chef-lieu de canton, un ou des festivals, de cinéma, de danse, de musique classique ou populaire, de conte, d’arts de la rue, de poésie, de peinture, la liste n’est pas limitative. Je forme le vœu que le Vietnam ne soit pas oublié et que l’été 2014 soit l’occasion de recevoir largement sa culture lors de ces manifestations. Il est vrai que la plupart de ces festivals se déroulent l’été, mais l’année croisée devrait aller jusqu’en septembre 2014 et, en matière de culture, il n’y a pas, à ma connaissance, de date de péremption.

Merci de votre attention.

(Texte rédigé par Patrice JORLAND, Président)